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Italie : tir groupé contre le chapelet de Salvini en pleine crise politique

Matteo Salvini a émis des signes de religiosité catholique au Sénat, dans les derniers instants du gouvernement Conte. Une pluie de réprobations s’abat sur le chef de la Ligue.

Matteo Salvini a l'habitude de donner des marques de ferveur catholique en politique, comme ici au Sénat juste avant la fin du gouvernement Conte, le 21 août 2019 à Rome. / DR
Matteo Salvini a l’habitude de donner des marques de ferveur catholique en politique, comme ici au Sénat juste avant la fin du gouvernement Conte, le 21 août 2019 à Rome. / DR

Le chef de la Ligue Matteo Salvini s’est attiré mercredi une avalanche de critiques, y compris d’un ami du pape, en embrassant son chapelet et en invoquant la Vierge Marie sur les bancs même du Sénat, juste avant la fin du gouvernement de Giuseppe Conte. « Nous avons assisté à une instrumentalisation des chapelets, des crucifix, images chères à la dévotion des croyants, qui sont détachés de leur contexte pour être asservies à la propagande », s’est emporté mercredi le père Antonio Spadaro. Directeur de la revue jésuite La Civiltà Cattolica, il fait partie de la garde rapprochée du pape François et c’est toujours lui qui répond aux coups de canif du ministre de l’Intérieur sortant.

« Qui a des responsabilités devrait éviter d’attacher les symboles religieux à des slogans politiques », a aussi asséné dans son discours d’adieu Giuseppe Conte, un catholique qui venait d’annoncer la fin d’un gouvernement populiste inédit composé par La Ligue (nationaliste) et le Mouvement cinq étoiles (M5S, gauche anti-système). « Ce sont des épisodes d’inconscience religieuse qui risquent de heurter le sentiment des chrétiens et d’obscurcir le principe de laïcité qui est à la base de l’État moderne », a lancé le président du Conseil des ministres. Des paroles approuvées mercredi par le père Spadaro. « Aujourd’hui nous voyons que les forces souverainistes ont besoin de se fonder aussi sur la religion pour s’imposer », a-t-il déclaré au journal La Stampa.

Au Sénat, Matteo Salvini s’était livré à l’un de ses pêchés mignons, invoquant « la protection du cœur immaculé de Marie pour l’Italie ». Il a aussi embrassé ostensiblement un chapelet, malgré un rappel à l’ordre de Maria Elisabetta Alberti Casellati (Forza Italia, centre-droit), la présidente de l’hémicycle où les symboles religieux sont interdits. Nicola Morra, sénateur M5S et président de la Commission parlementaire anti-mafia, l’a accusé d’ignorance, lui rappelant qu’en Calabre, brandir un chapelet et se tourner vers la Madone était un signe distinctif de la mafia calabraise ‘Ndrangheta quand elle menace les hommes d’État.

Migrants : le pape et Salvini aux antipodes

L’allié de Marine Le Pen au Parlement européen brandit régulièrement un chapelet lors des meetings politiques et aime se présenter comme « le père de 60 millions d’Italiens ». Il affirme refuser les débarquements de migrants dans les ports italiens au nom de la défense de la sécurité et des racines chrétiennes du pays, et vouloir aussi réduire ainsi le nombre de morts en Méditerranée. Une façon de défier le pape François, qui dénonce sans cesse l’indifférence de la vieille Europe face aux migrants.

Durant une réunion de campagne pour les législatives du printemps 2018 à Milan, le pape, cité dans un discours par Salvini, avait essuyé des sifflets. Une fois élu, le chef de la Ligue avait prêté serment sur l’Évangile en même temps que la Constitution italienne. « Se mesurer à une figure internationale comme celle de François est pour Matteo Salvini une manière d’accroître son prestige en se hissant à son niveau. Et pourquoi pas le dépasser en se montrant plus catholique que lui », analyse Marie-Lucie Kubacki, dans une enquête sur ce sujet pour l’hebdomadaire français La Vie. Il espère au passage rallier les nombreux catholiques qui jugent trop naïf le leitmotiv du pape sur l’accueil des migrants.

Le pape François rencontre un groupe de migrants arrivés récemment de Libye, le mercredi 15 mai 2019 place Saint-Pierre au Vatican. © Andrew Medichini / AP Photo
Le pape François rencontre un groupe de migrants arrivés récemment de Libye mercredi 15 mai 2019, place Saint-Pierre (Vatican). © Andrew Medichini / AP Photo

François lui répond à mots couverts, sans jamais le nommer. Le 9 août, au lendemain du dynamitage de la coalition au pouvoir par Matteo Salvini, le pape a fustigé « le souverainisme », évoquant des « discours qui ressemblent à ceux d’Hitler en 1934 ». Un mois plus tôt, le pape argentin avait présidé une messe en la basilique Saint-Pierre marquant le sixième anniversaire de sa visite sur l’île italienne de Lampedusa, lieu de débarquement à grande échelle au début de son pontificat. « Les migrants sont avant tout des personnes humaines », avait-il plaidé.

Le pape tiendrait-il cette semaine sa revanche ? Des discussions sont en cours entre le M5S et le Parti démocrate (PD, centre-gauche) pour former un nouveau gouvernement qui évincerait La Ligue. Et l’une des conditions posées par le PD est un changement de cap radical sur la politique migratoire.

Avec Catherine Marciano de l’Agence France Presse

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