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Le Carême, un temps pour sortir de notre esclavagisme !

Les Chrétiens entrent dans la période du Carême qui précède la fête de Pâques. Le père Christian Maheas nous éclaire sur la signification du Carême en 2018.

Avec Marguerite du Chaffaut

Période de privation et de jeûne avant de célébrer Pâques, le Carême constitue un événement central pour les chrétiens. Du latin « quadragesima » ou quarantième, il désigne la période de quarante jours pendant laquelle l’Église « s’unit chaque année au mystère de Jésus au désert » (catéchisme de l’Église catholique n°540).

Pour le père Maheas, le Carême c’est d’abord « une joie de redécouvrir le Christ. Qui est-il ? Quarante jours pour revenir et donc il faut commencer par une dimension communautaire, le mercredi des cendres. On se met des cendres sur la tête pour se dire « je veux revenir au Christ », je veux me convertir, je sais que je suis esclave de pleins de choses comme le peuple hébreu et que je dois sortir de cet esclavage pour devenir libre, pleinement libre et donc je commence par aller à la messe des cendres pour qu’ensemble, avec mes frères, avec d’autres, je puisse me préparer à ce jour de Pâques. »

Ne pas être seul « et ce n’est pas une ascèse à la force du poignet, poursuit l’aumônier national de l’OCH,  mais c’est vraiment découvrir là où le Christ, là où l’Esprit saint m’appelle à grandir, à sortir de mes esclavages, à aimer davantage. »

Revenir au Christ, c’est pour découvrir « qu’Il est vivant, que c’est l’expérience d’une rencontre véritable, que je peux le rencontrer à travers la prière, à travers l’aumône. Nos esclavages, c’est souvent un individualisme forcené et l’aumône, c’est « je partage ce que j’ai reçu, je n’en suis pas maître. » Partager, c’est sortir de nous-même pour aller vers les autres. C’est en donnant que l’on devient soi. »

Quant aux jeûnes, il n’est pas question seulement de nourriture. « Je vais  jeûner en nourriture pour être en communion avec d’autres et partager peut-être le fruit de ce jeûne. On peut jeûner d’internet, de portables, l’important c’est de se dire qu’on le fait pour être moins esclave« , conclut le père Maheas.

Origines bibliques

D’après le calendrier liturgique de l’Église catholique, le Carême débute le mercredi des cendres pour une durée totale de 46 jours : quarante jours ordinaires et six dimanches. Les derniers jours, ceux de la Semaine sainte, commémorent la Passion du Christ jusqu’à sa mort le Vendredi Saint. Le temps du Carême s’achève le Samedi saint, à midi, pour laisser place aux célébrations pascales.

Comme c’est souvent le cas dans la liturgie, ce temps de renoncement fixé par l’Église trouve écho dans la Bible, à la fois dans l’Ancien et le Nouveau testament. Il rappelle les quarante années passées dans le désert par Israël entre sa sortie d’Égypte et son entrée en terre promise.

C’est aussi une référence aux quarante jours de désert du Christ entre son baptême et le début de sa vie publique. Comme le rappelait le pape François en 2017, « le Carême est un nouveau commencement, un chemin qui conduit à une destination sûre : la Pâques de la Résurrection, la victoire du Christ sur la mort ».

Histoire et traditions

Si les premiers chrétiens se privaient déjà de nourriture pour commémorer la mort du Christ, il faut attendre le concile de Nicée en 325 pour que l’Église formalise officiellement les quarante jours de Carême dans son calendrier.

D’après le portail de la liturgie catholique éditée par la conférence des évêques de France, avant le IVème siècle, « le jeûne primitif de la semaine sainte était si possible ininterrompu, et on s’y livrait pour accomplir la parole du divin Maître : « des jours viendront où l’Époux sera enlevé à ses disciples, et alors ils jeûneront » (Luc 5,35). » Puis les pratiques de privation se seraient assouplies à la Renaissance, remplaçant ou complétant le jeûne par des bonnes actions ou des prières.

Aujourd’hui encore, certaines coutumes directement liées au Carême se perpétuent. A commencer par le Carnaval, célébré dans de nombreuses villes et qui culmine avec le Mardi gras, la veille du mercredi des Cendres, comme figure d’exutoire avant les rigueurs de la pénitence.