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Jean-Baptiste Noé, historien : « L’Église orthodoxe de Bulgarie assimile la venue de populations musulmanes à un retour de l’Empire ottoman »

Esseulement, imitation manquée de Jean XXIII, vaine promotion du multiculturalisme… Le pape François achève son voyage en Bulgarie et en Macédoine du Nord non sans déconvenues. Entretien avec Jean-Baptiste Noé, historien et auteur de « Géopolitique du Vatican » aux Presses Universitaires de France.

François dans la cathédrale orthodoxe Saint-Alexandre-Nevski, à Sofia, le 5 mai. YARA NARDI / AFP
Le pape François avec les dignitaires orthodoxes dans la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski à Sofia le 5 mai. © Yara Nardi / AFP

Aucun membre du Saint-Synode (sommet de la hiérarchie religieuse orthodoxe) n’a participé à une cérémonie en compagnie du pape François. Donnant à voir le Souverain pontife priant seul dans la cathédrale vide de Sofia. Il dut se contenter d’une discrète rencontre avec le patriarche Néofit, en charge de l’Église orthodoxe bulgare. Jean-Baptiste Noé explique « l’hostilité au catholicisme » par le rejet de l’œcuménisme et l’autonomie de l’Église orthodoxe. Cette dernière a prouvé son intransigeance en 2016 par son retrait du concile panorthodoxe en Crète sous l’égide du patriarche de Constantinople un mois avant l’évènement.

Comment le discours d’ouverture des frontières aux migrants du pape résonne-t-il auprès des Bulgares ?


« La Bulgarie a été très marquée par les vagues migratoires des années 2015-16 »


Quelle est la position de l’Église orthodoxe de Bulgarie sur la question migratoire ?

Dans la lignée du Synode de Rome, le pape s’est adressé à la jeunesse bulgare diplômée. « Le pays souffre d’un dépeuplement », précise Jean-Baptiste Noé. « Peu développé » et à « l’avenir économique et culturel » compromis, il souffre « d’un très fort exode » de ses jeunes Bulgares. En plus d’être « confronté à une dénatalité ». « Le pape François a invité la jeunesse de Bulgarie à rester pour développer » leur terre natale.

François ou un Jean XXIII inaudible et multiculturaliste

Le Saint-Père « a voulu visiter des pays européens en périphérie pour rappeler que le continent ne se réduit pas au couple franco-allemand, à Bruxelles ou au Brexit », explique le professeur de relations internationales à l’Université catholique de l’Ouest. La Bulgarie en exemple. La Bulgarie surtout. François a rappelé par ce voyage l’ancienne présence de l’Église catholique dans le pays. Et concrétisé « l’idée de marcher dans les pas de Jean XXIII ».  L’auteur de l’encyclique Pacem in terris « a été diplomate du Saint-Siège en Bulgarie et a œuvré au dialogue entre les catholiques et les orthodoxes et au sauvetage de Juifs pendant la Seconde guerre mondiale. » À rebours de la fin de non-recevoir opposée par le Saint-Synode au chef de l’Église catholique qui prône l’accueil des migrants musulmans.

Pourquoi le pape François s’est-il rendu en Macédoine du Nord où les catholiques représentent moins de 1% de la population comme en Bulgarie ?

Jean-Baptiste Noé éclaire le prêche pour des sociétés multiculturelles en Macédoine du Nord à la lumière de la nationalité du Souverain pontife : « L’Argentine a reçu l’apport de populations européennes sur un substrat de populations pré-colombiennes ».  L’évêque de Rome « espère » l’import du modèle argentin « comme modèle d’intégration en Europe, notamment dans la région des Balkans ». Pour laquelle « le multiculturalisme est synonyme de guerre. »  En témoignent « les guerres dans les années 1990 en Yougoslavie et les guerres balkaniques qui ont abouti à la Première guerre mondiale ». Et l’historien de conclure : le pape relève le « défi » d’instaurer des « sociétés multiculturelles pacifiques ». Les pays balkaniques attendent de voir.

Propos recueillis par Vladimir Razimowsky

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