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« Je suis Jésus que tu persécutes » : Saint Paul, les chrétiens et les djihadistes

On célèbre aujourd’hui la conversion de Saint Paul. Un des plus célèbres apôtres, qui ne fit pourtant pas partie des douze, et qui vécut longtemps bien loin du Christ.


Saint Paul, dont le nom Juif utilisé dans les Actes des Apôtres est « Saul », est né autour du début du premier siècle, dans une famille juive de Tarse (Turquie). Paul est un pharisien, il suit la tradition la plus stricte de la religion juive, souvent évoquée dans le Nouveau Testament comme rassemblant des érudits certes très observants de la loi, mais peu au fait de la charité et plutôt hypocrites.

Paul est donc un homme qui aime son Dieu, qui le sert, et qui veut sa gloire. Un serviteur zélé, qui combat les adorateurs de Jésus qui pourraient selon lui menacer le judaïsme ou du moins perturber le strict enseignement de la Torah. Paul est d’abord évoqué dans les Actes des Apôtres comme un tortionnaire. Il est présent lors du martyr de Saint Etienne, durant lequel il porte les manteaux des bourreaux : « lorsqu’on répandit le sang d’Étienne, ton témoin, j’étais moi-même présent, joignant mon approbation à celle des autres, et gardant les vêtements de ceux qui le faisaient mourir. » (Actes 22,20)

Paul persécute donc les chrétiens jusqu’au jour où, se rendant à Damas, il rencontre le Seigneur : « Tout à coup une lumière venant du ciel resplendit autour de lui. Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait : Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? Il répondit : Qui es-tu, Seigneur ? Et le Seigneur dit : Je suis Jésus que tu persécutes. Il te serait dur de regimber contre les aiguillons. Tremblant et saisi d’effroi, il dit : Seigneur, que veux-tu que je fasse ? Et le Seigneur lui dit : Lève-toi, entre dans la ville, et on te dira ce que tu dois faire » ( Actes 9, 3-6).

Suite à cela, Paul reste aveugle pendant trois jours, puis rencontre Ananias, serviteur du Christ, qui le guérit et le baptise. La suite, nous la connaissons: Paul devenu chrétien part proclamer l’Evangile, écrivant de nombreuses lettres que l’on retrouve presque chaque dimanche en seconde lecture de la messe.


Nous pouvons prier pour que Dieu convertisse les djihadistes et autres fanatiques, et ceux-ci pourraient devenir à leur tour des apôtres.


Cette conversion est importante et actuelle pour plusieurs raisons.

D’abord, elle montre à quel point nos certitudes sur Dieu sont fragiles et éloignées de la vérité. Paul le pharisien est persuadé de répondre à la volonté de Dieu, il est sûr d’être dans la vérité. « Son combat, qu’il croit sincèrement conforme au projet de son Dieu, est remis en question radicalement à la suite de l’irruption de Jésus dans sa vie », explique le père Alain Marchadour. Paul est un croyant : sa conversion n’est pas celle d’un athée qui se tournerait vers la foi, mais celle d’un aveugle qui ouvre les yeux, et dont les certitudes sont subitement ébranlées. Par la conversion de Paul, chacun est appelé à réfléchir sans cesse à la volonté de Dieu, pour tendre à être en accord avec elle.

Ensuite, Paul est une figure de la Bible qui n’est pas sans rappeler certains visages contemporains.  « J’avais cru devoir agir vigoureusement contre le nom de Jésus de Nazareth. » dit-il (Actes 26, 9). Un prêtre d’une paroisse parisienne souligne que Paul n’est pas loin des fanatiques religieux qui , agissant au nom de Dieu, persuadés de répondre à sa demande, persécutent ceux qu’ils perçoivent comme des ennemis dangereux. Dieu peut tout, rappelle ce prêtre, Dieu a converti Paul. Si Paul n’est pas un djihadiste de l’ancien temps, il n’en demeure pas moins que  nous pouvons prier pour que Dieu convertisse les djihadistes et autres fanatiques, et ceux-ci pourraient devenir à leur tour des apôtres.

Enfin, c’est Dieu qui offre sa grâce à Paul, et le converti. Ce que Paul n’aura de cesse de rappeler dans ses lettres : « Après eux tous, il m’est aussi apparu à moi, comme à l’avorton » (1Co 15, 8), « par la grâce de Dieu je suis ce que je suis, et sa grâce envers moi n’a pas été vaine » (1Co 15, 10). Paul témoigne de la primauté de Dieu dans sa conversion, lui n’a aucun mérite. C’est Dieu qui se penche d’abord vers l’homme, et qui lui tend la main. Puis c’est en s’abandonnant complètement à Dieu que Paul sort du péché.

Le « Saul, pourquoi me persécutes-tu? » est en réalité un appel à la conversion lancé à tous les hommes, chrétiens ou pas, et à vivre chaque jour.