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Prostitution infantile : « le fil conducteur, c’est surtout la fragilité et le manque de confiance en soi, c’est dans toutes les classes sociales »

Armelle Le Bigot-Macaux était le Grand Témoin de Marie-Ange de Montesquieu ce mercredi 18 avril. Présidente de l’association « Agir contre la prostitution des enfants », elle revient sur le documentaire « Jeunesse à vendre », diffusé ce soir sur France 5.

Entre 5000 à 8000 mineurs concernés par la prostitution infantile, des mineurs venant de toutes les couches de la société, l’association ACPE (agir contre la prostitution des enfants) tente d’endiguer ce problème de société. Enfants et parents sont victimes de cette prostitution. France 5 y consacre un documentaire « Jeunesse à vendre ». Diffusé ce soir, il raconte les douleurs, les souffrances, l’histoire de ces jeunes filles dont le corps n’est qu’objet.

ACPE-Affiche-120x176-698x1024On ne peut concevoir que lorsque les mineurs se lancent dans la prostitution, elles sont pour la plupart consentantes, « c’est stupéfiant mais c’est une réalité, souligne Armelle Le Bigot-Macaux, c’est l’âge de l’adolescence, elles ont un manque de confiance en elles, elles commencent à se prendre en photos, à les mettre sur les réseaux sociaux, au début, c’est un jeu. Pour beaucoup, c’est un démarrage qui se fait entre copines, donc elles sont consentantes. Et quand elles abandonnent, elles récidivent parce que c’est une sorte d’addiction ».

Pour du « fric », pour s’acheter des vêtements, dans « Jeunesse à vendre », les témoignages se succèdent. « Une pipe pour un Mc Do » lance une assistante sociale, « si on demande aux jeunes, qui ont l’habitude de ces pratiques, elles n’ont aucune conscience de se prostituer ». C’est d’ailleurs, en somme, ce que raconte Léa, 15 ans, « c’est une ancienne amie, qui m’a beaucoup influencée. On aimait bien plaire, on se maquillait, j’avais 13 ans, on ne s’habillait pas, je dirais, de façon provoquante mais que ça tape à l’œil « , « elle m’a dit : ‘tu vas voir, on va être tout le temps ensemble, tu vas être bien entourée, tu vas te faire de l’argent' ».

Pour notre Grand Témoin, ces jeunes cherchent « à grandir« . ‘À travers cette liberté sexuelle, elles ont l’impression que c’est une espèce de victoire. C’est très compliqué parce que quand les parents découvrent ça et vont faire des démarches auprès de la police,  la police dit ‘mais qu’est ce que vous voulez que l’on fasse ? ‘ (…) la jeune fille se dit qu’en se mettant en scène, elle va plaire, c’est comme ça que ça démarre et après l’engrenage est assez terrifiant. » 

« C’est toujours le même problème, souligne Armelle Le Bigot-Macaux, l’éducation sexuelle, c’est très compliqué, ça devrait être naturellement par les parents mais ils sont complètement dépassés, par tout cet envahissement du porno par exemple. Donc tous ces codes là sont complètement dévoyés pour les enfants parce que c’est technique. Ça les amènent à dissocier complètement la vie sexuelle et la vie affective. Ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est une anecdote avec une gamine d’un lycée des beaux quartiers de Paris. Elle pratiquait des fellations pour 25 euros dans les toilettes de l’école. Le père découvre cela et sa fille lui a répondu que ce n’était pas grave parce que les vrais bisous, elle les gardait pour les copains ». Difficile à comprendre et pourtant ces jeunes ne réalisent pas qu’elles vendent leurs corps, laissant de terribles séquelles affectives et corporelles.

On peut se poser la question de la responsabilité des parents, pour Armelle Le Bigot-Macaux, « le fil conducteur, c’est surtout la fragilité et le manque de confiance en soi, la prostitution infantile c’est dans toutes les classes sociales. Les proxénètes ne sont d’ailleurs généralement pas bien plus âgés qu’elles, ces garçons ont compris qu’on pouvait se faire de la thune facilement en mettant par exemple sa copine à disposition des copains (…) Les parents sont démunis surtout que ce n’est pas un sujet facile à aborder avec ses enfants ».

Il suffit d’une mauvaise rencontre, d’une amourette de passage pour tomber dedans, « on a commencé par prendre des photos de nous, on a publié une annonce, on a mis nos numéros de téléphone, au début on se déplaçait et puis après on faisait nos passes à l’hôtel. Les clients avaient entre 20 et 60 ans » raconte Léa dans le documentaire. Quant à l’association « Agir contre la prostitution des enfants », elle n’effectue pas de missions de terrain mais épaule les parents et les enfants. « Vigilance, vigilance, vigilance » martèle Armelle Le Bigot-Macaux, il faut en parler aux filles comme aux garçons.

Des sujets lourds et « si personne n’en parle, ça va se developper ». Émotion pour Armelle, qui se bat quotidiennement, « on est démunis mais il faut continuer » conclut-elle.