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Comment lutter contre la pédophilie ?

Qui sont les délinquants sexuels, pourquoi abusent-ils ? Dans quel cadre ? Pourquoi les laisse-t-on faire ? Que faire d’eux ? Le père Stéphane Joulain était au micro de Sophie Nouaille pour en parler dans En Quête de Sens. 

Il faut en moyenne 35 ans pour parler d’un abus subis, pour sentir que sa parole (celle de la victime, NDLR) soit crue et prise en compte, « bien souvent,  il y a des enjeux familiaux ou autres qui peuvent paralyser la parole de la victime et puis il faut tout ce temps-là pour dépasser l’interdit qu’a imposé l’abuseur à la parole de l’enfant qui a été abusé, ça fait partie de la dynamique abusive ; ça laisse une empreinte très très profonde et ça met des années pour dépasser ça. Il n’est pas rare d’entendre des gens dire, la prescription approche, comment je vais en parler à ma mère. Le délai de prescription est de 20 ans, donc vous avez jusqu’à 38 ans« , souligne le père Stéphane Joulain.

L’enjeu est de taille : sécuriser les espaces où les enfants vont grandir, « des espaces sûrs, à  partir du moment où la personne qui fait ces gestes-là, le fait dans le but d’une gratification sexuelle, d’une excitation sexuelle, on est dans de l’abus sexuel ».

Mais pourquoi ce silence ?

« Ça nous renvoie à un tabou fondamental qui est celui de l’inceste, de ce qu’on peut appeler la dévoration des petits », explique le psychothérapeute, « ça touche à notre sexualité mais ça nous renvoie aussi à la partie la plus sombre de notre humanité. Alors qu’est-ce que l’on fait ? On dit que ces personnes sont des monstres, on en fait des monstres, ils n’ont plus rien en commun avec nous. Mais en fin de compte, ils sont de notre humanité, une humanité qui nous renvoie à ce « en moi, il y a cette capacité là aussi ». Il y a cette capacité d’humanité à quelque chose de profondément destructeur et pervers. Ça nous fait peur sur nous-même, sur la société dans laquelle on vit. Et ça on ne veut pas l’entendre ». La victime va devenir ennemi en libérant la parole,  « la victime va essayer de parler, de dire quelque chose, va presque devenir ou devient un ennemi. Elle est discréditée, ça va annuler sa parole ». C’est le psychanalyste hongrois Sándor Ferenczi qui décrit dans son journal clinique, le cas d’une petite fille, abusée par son père, qui par peur de perdre l’amour de sa mère va renoncer à parler, « elle veut le dire à sa mère et la mère ne supportera pas cela donc elle n’en parle pas. Tout va dépendre de la position de l’auteur de l’abus dans la famille, dans la communauté qui fait que l’enfant est paralysé dans sa parole et que personne ne va le croire« , souligne Stéphane Joulain.

Tout pédophile n’est pas un délinquant sexuel

« Il y a des pédophiles qui sont des pédophiles abstinents. C’est à dire que ce sont des hommes et des femmes qui ont une attraction exclusive pour les enfants, c’est quasiment une orientation sexuelle, mais ils savent que c’est négatif et que c’est dommageable pour les enfants donc ils ne passent pas à l’acte. (…) ça reste à l’état de fantasme en eux, c’est pour cela qu’on les appelle des pédophiles abstinents. Ils ne sont pas délinquants sexuels.« 

« (…) La délinquance sexuelle, c’est plus large que la pédophilie », rappelle le père Stéphane, « le fait de passer à l’acte sur un enfant peut avoir plusieurs motivations. La pédophilie étant une des motivations du passage à l’acte mais ça peut être quelqu’un atteint d’un trouble de sociopathie ou de psychopathie, ça peut être quelqu’un qui est dans un trouble d’hypersexualité, mais ça peut être aussi quelqu’un, qui a une occasion de sa vie, a régressé à un passage plus enfantin de sa sexualité parce qu’il vit une dépression, parce qu’il consomme de l’alcool, parce qu’il est désinhibé. Il a baissé ses références morales et c’est souvent le cas dans l’inceste. A une occasion,  ils perdent contact avec leur référence morale et ils vont passer à l’acte. » Il existe plusieurs « catégories » de pédophiles, « dans la littérature anglosaxonne, ça concerne les personnes qui ont une attirance exclusive pour des enfants de l’âge d’un nourrisson jusqu’à 11/12 ans.  Il y a deux autres catégories d’âges qui sont considérées par les chercheurs et les cliniciens mais qui ne sont des catégories reconnues par le DSM (Bible des pathologies dans le monde anglo-saxon). Il y a l’hébéphilie et l’héphébophilie. L’hébéphilie c’est l’attirance pour des jeunes qui ont entre 11 et 13 ans, c’est le passage de la puberté et l’héphébophilie, c’est à partir de 13 ans et jusqu’à la majorité. »