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Emmanuel Macron aux Bernardins : un discours « jupitérien » qui « restera dans les annales »

Chroniqueurs ou débatteurs de Radio Notre Dame, ils ont analysé le discours d’Emmanuel Macron aux Bernardins, à l’invitation de la Conférence des Evêques de France. Synthèse.

Pour l’ensemble des chroniqueurs et débatteurs, il ne fait aucun doute : Emmanuel Macron a fait un très bon discours, sur la forme en tout cas. Philippe Raynaud, professeur de science politique, trouve que : « c’est un discours assez atypique, assez exceptionnel. Je n’ai pas le souvenir d’un Président de la République qui ait parlé aussi longtemps et avec autant sinon de profondeur, du moins d’acuité, d’intérêt des relations entre l’Église catholique et l’Etat ». Pour Gérard Leclerc, le terme exceptionnel n’est pas suffisant. Selon l’historien Benoît Pellistrandi : « c’est un discours fondamental qui restera dans les annales des très grands discours politiques ».

>> Le discours d’Emmanuel Macron aux protestants en septembre 2017

Un discours parfois inquiétant

Une fois ce premier constat passé, tous  ne sont pas d’accord sur le fond des propos du Président. Joseph Thouvenel, Vice-Président de la CFTC, note que le point le plus marquant, pour lui, est aussi le plus inquiétant. « Ce qui m’a frappé dans le bon discours du Président de la République, c’est ça conclusion jupitérienne. « Respectez  comme un absolu toute les lois de la République, c’est une règle d’airain ». Or un absolu n’a pas de restriction ni réserve. Les lois humaines fussent-elles de la République ne peuvent jamais être absolues », analyse-t-il. Il s’inquiète ainsi de ce penchant à trouver les lois humaines parfaites et obligatoires. Frédéric Saint-Clair se dit lui inquiet sur deux autres aspects : « le premier, c’est par rapport à la perception qu’il a de l’Église catholique, une Eglise qui est déjà en retrait de la société. Et le deuxième point, c’est l’absence de toute une partie de chez Ricoeur qui valide la position de Weber, c’est le côté abrupte de la politique. Il faut du côté de la laïcité un petit réveil ».

 

L’appel à l’engagement

Le Président Macron a longuement appelé les catholiques à s’engager en politique. Le débat est de savoir s’il le fait avec une visée électorale derrière, ce qu’il a lui-même critiqué de manière subliminale dans son discours, en taclant l’électorat catholique en tant que cible sociologique du vote. Philippe Delaroche retient : « cet appel, cette invitation pour l’Eglise à ne pas se laisser marginaliser… Il ne faut pas cacher l’expression de la foi quand elle s’est manifestée ouvertement… Lui, son invitation, à l’adresse des catholiques, c’est de dire ‘engagez-vous politiquement’ ». Pour Benoit Pellistrandi : « la revitalisation de la société démocratique passe par l’engagement de tous les citoyens qui arrivent avec leurs richesses ». Donc si l’appel a été insistant pour les catholiques, il est raisonnable de penser qu’il peut être fait pour tous les citoyens.

Une différence d’ordre

Emmanuel Macron a insisté sur le fait que l’Église et l’Etat étaient deux ordres différents. Mais ce fait ne doit pas empêcher le dialogue. Gérard Leclerc précise : « la séparation entre l’Eglise et l’Etat ne signifie nullement une indifférence mutuelle entre les ordres et encore moins l’invention d’une sorte de religion républicaine ». Un point de vue partagé par Philippe Raynaud et Benoît Pellistrandi. Pour eux, Macron a dit que les deux ordres avaient un rôle à jouer dans la société française, notamment envers les plus fragiles. Benoît Pellistrandi reconnaît que chez Macron il n’y a pas qu’un libéral économique mais : « il y a aussi cet humaniste qui s’inquiète des fragilités de la société française et sur laquelle il sait que les catholiques ont un rôle ».