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Sens et contresens sur la Shoah

Décryptage de la Shoah avec Gérard Rabinovitch, directeur des enseignements universitaires à l’Alliance Israélite Universelle. Il va publier « Leçons de la Shoah ».

L’antisémitisme n’est pas un fait nouveau dans l’histoire. Il y existe même une certaine continuité. Ça a commencé par un antijudaïsme. S’il est souvent imputé aux chrétiens, il existait avant. « Toute les grandes figures de l’antijudaïsme sont en faite païennes, elles sont en fait greco-latines », explique Gérard Rabinovitch. Sénèque, Tacite, Juvénal l’ont été. Ce sont eux qui ont construit les stéréotypes parfois antinomiques sur les juifs : lâche et guerrier, paresseux et industrieux. « Une partie des stigmatisations contre les juifs sont aussi contre les chrétiens », révèle-t-il. Le christianisme va en hériter plus tardivement avec la conversion de penseurs d’origine grec.

L’antisémitisme moderne

« L’antisémitisme est moderne », assure Gérard Rabinovitch. Il date plus précisément du XIXe siècle. Il donne l’exemple des sciences sociales qui en construisant un corps social uni mettent en dehors de la société certaines personnes dont les juifs. « Sous le nazisme quand on annonçait à quelqu’un qu’il faisait un cancer, on lui disait : « vous faites un juif » », raconte l’auteur. Cette emprise du langage n’est d’ailleurs pas assez prise en compte par les historiens, qui sont positivistes et préfèrent davantage les éléments tangibles, que ceux, plus volatiles  comme la parole. « Ils n’ont peut-être pas porté assez attention aux enjeux du langage, à l’emprise qu’a le langage sur les populations », conclut-t-il.