le direct Musique sacrée

A la redécouverte des auteurs helléniques pères de l’Église

Le Grand Témoin, au micro de Louis Daufresne, est Sébastien Morlet, maître de conférences de grec à la Sorbonne, spécialiste de l’antiquité chrétienne. Il rappelle l’importance de la culture grecque dans la construction de la chrétienté à la fin de l’antiquité.

La période de transition entre la fin de l’Antiquité et le début de Moyen-Âge est sa période de prédilection. « Mon intérêt vient du fait que cette période de l’antiquité chrétienne est une période fondatrice dans l’histoire de la doctrine chrétienne », explique l’historien. Une période finalement assez peu connue. Elle est d’autant plus intéressante qu’il s’agit d’une « période de transition entre le monde de l’antiquité classique et ce qui va devenir le moyen-âge ». C’est le pont entre les philosophes grecs classiques et les écrits du Moyen-Âge. Il faut aussi combattre une idée reçue : « les lumières et le positivisme ont créé l’idée que les chrétiens ont fait basculer l’antiquité classique dans l’irrationalité, dans l’obscurantisme », révèle-t-il.

Le 4e siècle : le grand siècle patristique

Les auteurs de cette période charnière sont appelés les auteurs patristiques, car ils ont un rôle positif et constructif dans la fondation des doctrines chrétiennes. Ils sont les pères de l’Église. « Il y a également des auteurs patristique de langue latine, des syriaques, des coptes », précise Sébastien Morlet. Mais helléniste, il se concentre sur les grecs. « Il y a des grande figures oubliées », indique-t-il. Clément d’Alexandrie, Origène d’Alexandrie, « le saint augustin de l’orient grec », Eusèbe de Césarée, Athanase, la liste encore longue. « Ce sont des auteurs qui ont beaucoup écrit. Dans les bibliothèques universitaires ils comptent à eux seuls plus de texte, plus de volume que toute l’antiquité qui les a précédé », raconte l’historien.

Pour ou contre la culture ?

Les auteurs grecs s’intéressent à l’hellénisme parce que justement cela fait débat dans l’église naissante. Faut-il ou non utiliser l’héritage philosophique et culturel grec ? Pour certains, non car il y a une promotion du polythéisme incompatible avec la foi. Mais pour d’autres, il faut accepter cette culture, dans le sens d’éducation. « Il y aurait une certaine nécessité pour les chrétiens à s’intéresser à l’hellénisme ». Elle fournirait des bases pour ensuite aller vers l’enseignement de l’Église. Une position encore d’actualité aujourd’hui.