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Hubert Védrine : « il faut rétablir un consensus » autour de l’Europe

Grand Témoin – Hubert Védrine a été ministre des Affaires étrangères sous la présidence Mitterrand. Il publie « Comptes à rebours » (Fayard). En jeu, trois changements qu’il faut à tout prix prendre en compte pour l’avenir.


Les trois comptes à rebours dont il faut se préoccuper se situent sur du moyen et long terme. Le premier est écologique, et pas seulement climatique. Hubert Védrine pose la question de la vie sur la terre telle qu’on la connaît. Si rien n’est fait, pour lui, la planète peut devenir un astre sans habitants. Le deuxième est la transition démographique. Si chaque continent va finir par se stabiliser sur un nombre d’habitants, la tendance reste à la hausse de la population. En Europe, la pression démographique va s’accentuer avec la vivacité de l’Afrique qui ne se stabilisera que d’ici 30 ans. Le dernier changement est numérique avec une interrogation sur le bienfait de cette transition. Certes, cela peut rapprocher les gens, mais en même temps, l’horizontalité qui en découle ne permet plus une prise de décision efficace. « La bataille entre l’horizontal et le vertical est absolument partout », assure-t-il. Tous ces comptes à rebours se situent dans « un cadre qui n’est pas celui d’une communauté internationale », mais « une sorte de désordre géopolitique » qui n’aide pas.

La souveraineté européenne

Pour retrouver un peu d’ordre au niveau international, cela peut passer par l’Europe. « Le sujet européen est compliqué car le mot « Europe » est un mot valise », explique l’ancien ministre. Chacun peut mettre derrière ce qu’il veut entre Union Européenne, conseil de l’Europe, le continent, les 27 pays … Il existe, en plus, une histoire erronée de la construction qui est avant tout atlantiste et économique, selon Hubert Védrine Le côté citoyen, social, et défense n’est venu qu’après, avec le trio Mitterrand, Delors et Kohl. Lui-même européen convaincu, il est pourtant réaliste, et critique ce qu’est l’Union aujourd’hui. Il dénonce le fait qu’elle se soit coupée des peuples qui ne sont pas foncièrement contre l’idée européenne. Le décalage entre élites européennes et les peuples vient d’une vision différente de ce que doit être le projet. C’est une uniformisation par les normes pour les premiers. Pour les seconds, c’est un moyen d’affirmer son identité, « ce que les élites trouvent atroce », sa souveraineté, « ce que les élites trouvent ridicule » et d’avoir de la sécurité, « ce qui a été longtemps méprisé », ponctue Hubert Védrine. Avec ces trois axes, il est possible, pour l’ancien ministre, de raccrocher les peuples à l’idée européenne. Il faut aussi trouver une souveraineté autre que nationale, sans mettre de côté cette dernière. « Il ne faut pas prendre le mot au sens politique étroit », analyse-t-il. Et parlant d’Emmanuel Macron : « quand il dit souveraineté européenne, il veut dire que l’Europe ne dépende pas de la décision des autres ». Par exemple pouvoir continuer de commercer avec l’Iran sans représailles pour les entreprises européennes de la part des autorités américaines.