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Les vérités  2018 – En Turquie, Erdogan milite pour des élections dans un contexte de dictature et de crise économique. Le pays fait toujours parti de l’OTAN : est-ce compatible ?

Des élections présidentielle et législatives anticipées auront lieu le 24 juin en Turquie, plus d’un an avant l’échéance normale (novembre 2019), a annoncé mercredi Recep Tayyip Erdogan, qui estime que le pays doit adopter d’urgence un régime présidentiel.     

« Nous avons décidé de tenir ces élections le dimanche 24 juin 2018 », a déclaré lors d’un point presse à Ankara le chef de l’État, qui avait pourtant plusieurs fois démenti ces dernières semaines les « rumeurs » d’élections anticipées.

« Le Haut Comité électoral va commencer les préparatifs pour ces élections« , a-t-il déclaré, citant « l’accélération des développements en Syrie » et la nécessité de décisions importantes » sur l’économie. L’annonce survient alors que la Turquie est confrontée au débordement du conflit syrien, à une crise économique et à une inflation alarmant la population.

Le double scrutin, présidentiel et législatif, marquera l’entrée en vigueur des mesures renforçant les prérogatives d’Erdogan, adoptées lors du référendum constitutionnel d’avril 2017. Cette révision lui permet de briguer deux nouveaux mandats de cinq ans. Rappelons qu’il est au pouvoir depuis 2003.

L’hebdomadaire Le Point qui, sur sa couverture, montrait le portrait d’Erdogan avec comme titre « Le dictateur, jusqu’où ira Erdogan ? », a été l’objet de dégradations sur des kiosques, d’intimidations et même de menaces de mort.

Rappelons que la Turquie est membre de l’OTAN et candidate à l’Union Européenne. Cela paraît aujourd’hui surréaliste, mais cela semblait encore une hypothèse il y a quelques années.

La Turquie est aujourd’hui une dictature implacable qui, après le coup d’Etat manqué, a pratiqué des milliers d’arrestations, muselé la presse d’opposition, rétabli l’Islam comme religion dominante en envoyant aux oubliettes  le caractère laïc du régime fondé par Atatürk, combattu les Kurdes, et se considère désormais comme le successeur de l’ancien empire ottoman par son action en Syrie, son opposition farouche à l’Iran, et  ses approches diplomatiques en Algérie. Nous avions signalé il y a quelques mois l’ambiguïté de son appartenance à l’OTAN et l’avenir incertainde la base américaine d’Incirlik.

Le Wall Street Journal rapporte que le commandement américain a significativement réduit le nombre d’opérations militaires organisées depuis sa base aérienne turque. Seuls des ravitailleurs y sont encore stationnés, après que les avions d’attaque au sol A-10 ont projetés en Afghanistan. Certains représentants américains pensent que la Turquie  peut encore un partenaire stratégique.

Cela nous semble une tactique diplomatique pour deux raisons :

1- Les radicalisations d’Erdogan paraissent peu compatibles avec le maintien d’une base américaine sécurisée en Turquie.

2- L’Otan conçue sous la « Guerre froide » contre la menace de l’ex-URSS, n’a plus de véritable sens. L’Europe, à commencer par la France, cherche désormais à se rapprocher de la Russie et l’affaire de Crimée est marginale. Répétons le une nouvelle fois : la deuxième guerre s’est conclue à Yalta entre Staline, Roosevelt et Churchill.

Revenons à Ankara et à Erdogan : après les élections, préparons nous à des scénarios imprévisibles de la part d’un dictateur ambitieux et déterminé. C’est un aléa géopolitique qu’il nous faut admettre.

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