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Rendre Geneviève à Nanterre par la mosaïque

L’immense mosaïque de sainte Geneviève ornant la cathédrale de Nanterre sera dévoilée ce soir, à 18h. La création artistique est l’occasion de mettre l’art en valeur, avec le père Marko Rupnik, Benoît Ferré et le père Franck Javary, dans En Quête de Sens.

Nanterre, une cathédrale unique

Il existe une centaine de cathédrales en France, et pourtant chacune a ses spécificités. Le diocèse de Nanterre est jeune, puisqu’il a été créé suite au découpage territorial de 1966. « Nanterre apparaît comme une ville très moderne, alors qu’il s’agit de l’une des plus anciennes de l’Ile-de-France » explique le père Franck Javary, curé de la cathédrale.

Benoît Ferré, architecte spécialisé dans l’architecture des églises et des cathédrales, a contribué au « réordonnancement liturgique de la cathédrale ». Avec ses équipes et collaborateurs, il a notamment veillé à garder de la cohérence dans l’organisation de l’espace. « Table de l’Eucharistie, table de la Parole et cathèdre doivent se répondre et former un ensemble indissociable ». Pour cela, il y a des codes et des indications donnés par Vatican II.

A Nanterre, « nous avons tout le catéchisme sur les murs… 2000m² ! », souligne l’architecte qui a dû entrer dans la compréhension du lieu pour en proposer le réaménagement. Dans les cathédrales, il faut toujours respecter la « verticalité » de l’édifice, ces fameuses « lignes qui nous amènent au Ciel », mais également être attentif à l’autel. D’ailleurs, l’autel de Nanterre a été repositionné au centre, « pour que cette pierre de fondement qui est le Christ, quelque part, soit entourée par les fidèles et les pierres vivantes que nous sommes ».

L’art, un chemin de spiritualité

C’est le chemin suivi par le père Marko Rupnik. « L’art peut être un dragon en capacité de te détruire », une prise de conscience qui lui fit changer de bord. « Pour moi, créer une œuvre signifie accueillir. Elle ne naît pas d’un individu, mais d’une rencontre ». Notamment auteur de la chapelle privée du pape Redemptoris Mater et des cinq mystères lumineux de la façade du sanctuaire de Lourdes, le père Marko Rupnik réalise des œuvres très colorées. « La couleur possède un langage autonome, c’est comme l’état d’âme d’une personne. Si l’état est beau, bon, j’accueille d’autant plus facilement le contenu ».

A partir d’aujourd’hui, la mosaïque de sainte Geneviève deviendra, par la bénédiction, une « image sainte » et sera une « interface » entre la ville et le bâtiment religieux. « Le dialogue entre art et foi est plus que jamais d’actualité, car c’est un moyen de parler au-delà des dogmes » ajoute le père Franck Javary. « La beauté parle, les yeux s’ouvrent, les gens sont intrigués ou touchés. Il y a un ordonnancement qui dit quelque chose de l’ordre du monde voulu par Dieu ».

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La cathédrale et sainte Geneviève

« La lecture de l’édifice doit pouvoir signifier le sens de cet édifice et que les gens le voient » affirme Benoît Ferré. La cathédrale est un repère dans l’espace urbain et il s’agit d’être visible, pour que les gens sachent qu’ils peuvent s’y arrêter. « L’aspect religieux n’est pas toujours clivant » ajoute le père Franck Javary qui salue la bonne entente entre la République et l’Eglise lors de ces travaux. Culture et culte se rejoignent, car il s’agit ici du patrimoine.

« Vous êtes les successeurs des bâtisseurs de cathédrales ! » avait lancé Monseigneur Lustiger à tous les compagnons œuvrant au chantier du chœur de la cathédrale de Paris. Un souvenir émouvant pour Benoît Ferré. « Notre relation humaine sur les chantiers » dit-il, « le fait de considérer chacun dans son rôle et en le respectant, c’est ça évangéliser ».

A Nanterre, la mosaïque de sainte Geneviève ne passera pas inaperçue. Quatre mètres par dix, il s’agit de réintroduire Geneviève dans le domaine public, pour « que les gens puissent se la réapproprier ». « La sainteté dépasse largement la foi ». De par son charisme et son courage, « Geneviève est une femme politique, et ce avant d’être une sainte » concluent nos invités.