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Père Joël Pralong : « évangéliser, c’est enfanter, on donne de son sang, de son témoignage pour dégager l’enfant de Dieu »

A l’occasion de la semaine thérésienne, le père Pralong, supérieur du séminaire de Sion (Suisse), était de passage à Paris, « Quand nos blessures diffusent la lumière », son dernier ouvrage. 

Il donne le ton d’entrée, le Padre :  « Jojo la provoc », signe-t-il dans sa deuxième de couverture, « j’aime bien provoquer un petit peu au sein même de l’Eglise, pour faire réfléchir et réagir dès qu’on a plus trop les pieds sur terre. J’ai de la peine quand on est dans une église trop dogmatique où tout est défini avec cette vérité à annoncer. Il arrive que ça ne soit que des vues de l’esprit parce que l’on a pas l’expérience de la rencontre avec des personnes ; si on l’a, il y a une tendance à faire du copier-coller des articles de catéchisme, par soucis de se faire juge ou par soucis de montrer que l’Eglise a la vérité, mais souvent sans rentrer dans l’histoire de chaque personne ». La rencontre, c’est ce qui anime le père Joël, « je me place vraiment du côté du pape François, souligne-t-il, il faut revenir à une réalité de l’écoute, de l’accompagnement, du non jugement, du cheminer avec, c’est dans ce sens que je suis provocateur, je suis à l’aise avec la marginalité, j’accompagne ces personnes, elles me font sentir de manière tangible la présence du Christ« . Dans son chapitre consacré à la blessure de l’homosexualité, le père se demande si c’est un péché :  » Ils ne sont pas qu’homosexuels, ils sont plus grands que cela. Il y a quelque chose de plus beau, de plus grand. Les aider à chercher qui ils sont en profondeur. Je leur demande toujours ce qu’ils aiment dans la vie ? Quelles sont leurs réussites ? Je leur dis ‘Vous avez reçu l’esprit qui fait de vous des fils de Dieu’, une phrase de St Paul ».

L’Évangile est quelque chose de très concret au quotidien pour le père Joël, il rappelle l’importance de ne pas partir dans des thèses ou des théories et ainsi ne pas se couper du réel, « de se couper de cette majorité ou minorité que le Christ est venu rejoindre ». « Mon rôle pastoral de 30 ans me permet de percevoir rapidement qui j’ai en face de moi. On court toujours le danger de vouloir ressembler à un personnage d’Eglise en surfant sur l’humain que nous sommes, sur l’humain blessé. Je dis aux premières années qui arrivent au séminaire, je préfère avoir un homme qu’un Saint en face de moi. Parce qu’on parle du réel et pas de l’image qu’on aimerait montrer« . Pour le père Pralong, les blessures que nous portons, quand elles sont dépassés, deviennent un lieu de rencontre. Nous pouvons comprendre l’autre, le père se sent d’ailleurs à l’aise avec cela.

Ancien infirmier en psychiatrie, le père Joël Pralong s’est rendu compte qu’un Homme dans un lit d’hôpital est un enfant qui a mal, qui pleure, qui a besoin de reconnaissance, de consolations. « Un Homme, qu’importe son échelon sur l’échelle sociale, quand il est blessé, il est un enfant et je me suis dit, c’est là que l’Homme est vrai. Alors si l’Homme est un enfant, est-ce que dans les Évangiles il n’y a pas cette révélation-là. Nous sommes des enfants sans cesse en quête d’un Père, de parents. Les Évangiles touchent les enfants et tous ceux qui ont un cœur d’enfant. Mais que nous le voulions ou non, nous sommes tous blessés par ce que l’on a vécu, et certains le sont plus que d’autres, certains n’ont pas pu dépasser leurs blessures, d’autres l’ont pu, mais voilà l’Homme ultime c’est l’Homme sur la Croix, portant ses blessures mais vainqueur de ses blessures ».

« L’amour n’est pas une obligation mais l’amour oblige ».

Quand j’ai pris la décision d’aimer, il y aura des obligations mais c’est parce que je l’ai choisi.

Pastorale, évangéliser c’est enfanter.

L’amour dépasse la règle dit St Paul : l’art de la pastorale, c’est à la fois de tenir compte de la règle mais de la dépasser sans l’éliminer. « Par exemple, Le jeune qui rencontre le Christ et qui sent qu’au fond de lui-même la chasteté commence à lui parler, là on est dans l’Évangile. Le pasteur n’est que l’écho, il ne doit jamais porter un jugement. On peut forcer quelqu’un à marcher mais on ne peut le forcer à aimer marcher. La pastorale c’est de dire : il y a peut être un chemin à explorer ensemble si tu veux. Mais jamais sur le ton de la règle. Pour la chasteté on dit « il faut », ce n’est pas la bonne manière. La chasteté est d’abord un appel et une grâce de Dieu. Qui dit règle dit peur ».

Engendrer Dieu dans une âme entraîne dans un long et âpre combat, peut-on lire dans ce dernier ouvrage, « tout comme engendrer un jeune à sa propre humanité, on y laisse parfois une partie de soi-même, des morceaux de cœur, on ne peut donner naissance sans souffrir ».  « La pastorale, c’est s’engager avec une personne qui nous ouvre son cœur. On ne peut pas annoncer le Christ sans se donner. Ce n’est pas donner un cours poursuit le père Pralong, lorsque la parole de Dieu est le cœur de ma vie je deviens moi parole de Dieu. Quand Dieu parle, quelque chose se passe, le Christ s’incarne, le verbe se fait chair. Il y a comme un enfantement d’une personne à Dieu. Cette parole aide la personne à prendre conscience de son identité profonde qui est celle d’enfant de Dieu. Le pasteur engendre des enfants à Dieu. Évangéliser c’est enfanter : on donne de son sang, de son témoignage pour dégager l’enfant de Dieu. C’est un apprentissage. La clé pour y arriver est la liberté intérieure : je n’ai pas à mettre la main sur l’autre« .

Joël Pralong aborde d’autres sujets, d’autres blessures qui peuvent aussi diffuser la lumière, il donne un peu d’espoir à travers des sujets douloureux comme les abus sexuels, le suicide ou encore le divorce. Nos blessures sont un peu comme des montagnes, il faut les dépasser, pour arriver au sommet et voir cette lumière rappelle t-il dans son livre. Derrière des blessures, il y a aussi cette tendresse, une tendresse divine, « car on ne peut vivre sans tendresse, en spiritualité, on ne guérit pas de nos blessures, on les dépasse ».

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