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Le cardinal Vingt-Trois dénonce les dangers de nos sociétés « vides de sens »

PMA-GPA, accueil des migrants, terrorisme, défis à relever pour l’Eglise… Dans un entretien accordé à l’AFP, ce 12 juillet, le cardinal André Vingt-Trois brise les mois de silence dus à sa maladie.

A bientôt 75 ans, il s’agit sans doute de l’un de ses derniers entretiens avant son départ de l’archevêché de Paris pour limite d’âge, prévu en novembre prochain.

cardinal André Vingt-Trois

« J’ai vérifié que mon identité ne se réduisait pas aux activités que je pouvais mener. C’est une leçon de vie… »

Interrogé sur la maladie de Guillain-Barré – maladie auto-immune du système nerveux – qui l’a mis à rude épreuve ces derniers mois, Mgr André Vingt-Trois dit avoir « expérimenté la dépendance ». « Beaucoup de gens ont tendance à juger la valeur des autres par ce qu’ils font, l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes, pas par leur propre existence ». Une pique à l’adresse d’une société du paraître contre une société de l’être, que l’on retrouve également à la fin de l’entretien avec l’AFP, lorsqu’il dénonce la « société de fric ».

gpa-720x340« Donner l’impression qu’on peut fabriquer des enfants au gré de ses désirs et les regarder pousser de loin, ce n’est quand même pas donner une image très forte de la transmission intergénérationnelle »

S’agissant de la PMA (Procréation Médicalement Assistée) et de la GPA (Gestion Pour Autrui), Mgr André Vingt-Trois ne cache pas ses inquiétudes quant aux décisions à venir des nouveaux président et gouvernement et les met en garde. « Qu’est-ce qui fait que les Français vivent ensemble, qu’ils sont une nation, une société organisée autour d’un corpus commun? », lance-t-il non sans ironie. « Chaque fois qu’on prend des décisions qui effritent ce corpus, on appauvrit les possibilités de permettre aux jeunes d’identifier ce qui est commun ».

« Quand on traite les symptômes, on n’a pas soigné la maladie »

C’est justement l’absence de ce socle commun qui explique pour lui, en partie, l’émergence de terroristes au sein même de notre société. « La majeure partie des terroristes ont surgi dans nos sociétés, trop souvent vides de sens », répond le cardinal interrogé à ce sujet. « Nous pouvons espérer que les armées vont arriver à venir à bout du groupe Etat islamique. Mais quand ce sera fini, ce ne sera pas fini ! Ce serait céder à l’illusion de certains courants politiques selon laquelle le terrorisme nous vient d’ailleurs et par des migrants ».

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« Ce qui définit clairement l’identité chrétienne, ça n’est pas l’adhésion à des valeurs, c’est la mise en pratique de convictions »

Interpellé sur cette question des migrants et sur la discrétion de l’Eglise en la matière, Mgr André Vingt-Trois rappelle le travail d’accueil et d’accompagnement effectué par nombre de paroisses et associations notamment dans les quartiers nord de Paris. Il « est plus compliqué » de « retrousser ses manches et de réaliser quelque chose qui n’est pas forcément spectaculaire », explique le cardinal-archevêque de Paris. Pour lui, la vraie question est ailleurs, et elle n’est toujours pas clairement posée : « Veut-on ou non accueillir ces malheureux ? ».

« L’avènement d’une société des idoles – une société de fric »

Pour finir, Mgr André Vingt-Trois rappelle une fois encore le principal défi de l’Eglise et des chrétiens dans une « société post-chrétienne » : « savoir s’ils vont être capables de transmettre à la génération qui vient leurs convictions sur l’importance de l’existence, la relativité de l’économique par rapport au spirituel ou au culturel, la valeur de l’engagement, de la solidarité« .

Source : AFP