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Jérusalem, le Saint Sépulcre et son statu quo

Un statu quo qui régit l’ordre au sein du Saint Sépulcre, c’est étonnant mais indispensable.

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Difficile de se recueillir quand des chaussures du monde entier passent sous vos yeux, frottent la pierre, frôlent vos genoux, ou viennent emplir vos oreilles de légers crissements. C’est pourtant le lot de tous pèlerins passant au Saint Sépulcre et voulant s’asseoir en face du tombeau magistral du Christ. Il y a le piétinement de la foule faisant la queue, tantôt priante, tantôt bruyante, un pope grec orthodoxe rappelant à ceux qui ont eu  la chance de rentrer dans le tombeau, qu’il faut déjà repartir. Si vous avez un peu moins de chance, vous tombez à une heure de procession et croyez-moi il ne vaut mieux pas traîner dans le secteur, surtout si c’est au tour des chrétiens grecques orthodoxes ou des chrétiens arméniens, quoiqu’en fait, cela doit être le cas pour toutes les processions. D’ailleurs, ce sont les musulmans qui s’arrangent pour vider les différents lieux de procession, c’est eux qui font la loi et qui s’assurent que les règles sont respectées.

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Tout est codifié dans le Saint Sépulcre depuis le statu quo, jusqu’à la place d’une frange de tapis jouxtant le « territoire » d’autres « confessions chrétiennes ». Jusqu’en 1335, les Franciscains sont propriétaires de la plupart des Lieux Saints mais les multiples invasions arabes et ottomans vont changer la donne. En 1187, Saladin donne les clefs à une famille musulman (cette famille est toujours la même depuis) et le Saint Sépulcre est divisé en plusieurs « propriétaires » permettant ainsi de faire pour faire cesser les disputes et les échanges d’argent. Trois confessions deviennent des « communautés résidentes » : les Franciscains, les Arméniens et les Grecs Orthodoxes et puis il y a des communautés qui reçoivent des chapelles au fur et à mesure des aménagements et des reconstructions. Ainsi, les Éthiopiens Orthodoxes habitent sur le toit de la chapelle St Hélène et les communautés Coptes et Syriaques recevront ces chapelles.

La codification intervient jusque dans le ménage puisque le parvis de la Basilique est à entretenir par les Grecs, la Pierre de l’Onction, située en face de l’entrée est entretenue par les trois communautés résidentes. Quant aux lampes au dessus, quatre appartiennent aux Grecs Orthodoxes, deux aux Arméniens, une aux Franciscains et une aux Coptes. Si tout cela peut vous paraître futile, il n’en reste pas moins que c’est indispensable pour l’ouverture de l’église du Saint Sépulcre. Les pèlerins viennent, il est vrai pour le tombeau, mais il existe aussi dans l’église deux autres « éléments indispensables » : la Pierre de l’Onction (nous vous en parlions plus haut) et le Golgotha.

La Pierre de l’Onction est protégée par une dalle de marbre rose depuis 1810. Selon la tradition chrétienne, le corps du Christ fut lavé, oint et et enveloppé dans le Saint Suaire par Josèphe d’Arimathie et Nicodème. La légende dit également que Godefroy de Bouillon, roi de Jérusalem, reposerait en dessous. Quant au Golgotha, il s’agit de l’endroit où Jésus fut crucifié. Un trou symbolise encore l’emplacement de la Croix. Et si vous vous attendiez à voir une colline, c’est raté, les lieux ont été rasés et reconstruits plusieurs fois, si bien que tout l’aspect topologique n’a plus rien à voir avec celle que le Seigneur a pu contempler avant de mourir.

Enfin s’il y a également une dernière chose à retenir, c’est le symbole même de ce statu quo, il s’agit d’une simple échelle en bois, reposant sur un balcon sur la  façade de l’église. Une échelle qui ne sert à rien et qui ne mène nulle part mais que personne n’ose toucher de peur de s’attirer les foudres de son voisin…

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