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Paray-le-Monial : trente-six heures pour Dieu

Plus de 1.500 jeunes et quarante prêtres étaient réunis ce week-end à Paray-Le-Monial (Saône-et-Loire) pour le forum d’hiver de la communauté de l’Emmanuel. 36 heures de prières, de louanges, de témoignages et d’adoration. Reportage.

La basilique de Paray-Le-Monial.
La basilique de Paray-Le-Monial.

« C’est une opération commando du Seigneur, en une journée et demie, il  bouleverse tout et nous rappelle que c’est Lui le plus important » explique un organisateur avant le départ en car depuis Paris. Environ 5 heures de trajet depuis la porte d’Orléans dans un car aux sièges rouges, et aux animateurs motivés. Pendant le trajet, une louange et quelques indications pratiques. Paray-Le-Monial est une ville de 10 000 habitants aux allures de cité Renaissance. Son centre-ville avec ses petites rues, ses maisons cossues et sa basilique imposante charme le touriste ou le « sessionniste ». La ville de Sainte Marguerite-Marie voit débarquer chaque été des catholiques de toute la France qui viennent y faire des sessions qui peuvent durer jusqu’à 5 jours. Un forum des jeunes a été créé l’été et l’hiver depuis quelques années. Le profil ? Des jeunes de 18 à 25 ans qui souhaitent approfondir leur foi l’espace d’un week-end. « J’avais besoin d’une grosse piqûre de rappel, Paray, c’est mon bol d’air ! » lance une jeune fille blonde en souriant. Le forum va vraiment commencer le lendemain pour l’instant, c’est repos dans un sac de couchage .. dans un gymnase. « ça aussi, c’est Paray » raconte, goguenard, un prêtre.

« Tu vas passer à côté de la louange, c’est le plus important »

Réveil à 6h50. Les yeux qui piquent, les jeunes sessionnistes se lèvent difficilement. Ils se dirigent vers une grande tente blanche disposée à côté de la basilique. A l’intérieur des chants s’élèvent. « Ils sont motivés dès le matin » peut-on entendre. Ceux sont les J2S, les « jeunes aux services des sessions », ils assurent le nettoyage des lieux, la sécurité, la distribution de nourriture, bref de tout ce qui est essentiel au bon déroulé d’une session. Munis de leurs gilets rouges, ils servent le petit-déjeuner. Au menu café, pain et confiture. Rassasiés, les jeunes vont ensuite au CAP. C’est l’endroit où la session proprement dite va se dérouler. Pour mettre en forme, une petite chorégraphie avec musique à tue-tête est prévu. Les Parodiens, eux, ne semblent pas étonnés. La louange commence à 9h. IMG_3527Une organisatrice demande à son petit frère de lâcher son téléphone. « Tu vas passer à côté de la louange, c’est le plus important » lui dit-elle. C’est le moment le plus important pour la communauté de l’Emmanuel. Au début des chants pour louer Jésus, puis des paroles de la bible sont lues, tout cela dans une ambiance de joie. Des mains se lèvent au fur à mesure des chants.

Après la louange, 5 min de pause. Le père René-Luc livre son témoignage. Ancien petit délinquant, il se convertit suite à une conférence avec un pasteur, ancien chef de gang. Le témoignage poignant de cet homme sera un des moments forts de cette session. L’ambiance se fait petit à petit plus priante. La messe suit ce témoignage.

Les 11 heures qui vont « faire fondre les cœurs »

Au sortir de la messe, on peut découvrir avec bonheur un énorme soleil. Pour le déjeuner, c’est la ruée vers la supérette du centre-ville, puis vers les espaces verts de la ville. Chaque centimètre d’herbe devant la basilique et face à la Bourbince (le fleuve qui coule à Paray-Le-Monial, ndlr) est occupé. Certains ont même acheté des bièresIMG_3526. C’est le moment de rencontres conviviales entre les jeunes. Le soleil aidant, la détente au rendez-vous. « On dirait l’été » dit, en souriant une jolie jeune fille brune en discutant avec l’une de ses amies au bord du fleuve. A 14h30, c’est le moment du Fun Forum. Un instant incontournable à Paray, un concentré de vidéos amusantes au cours du forum. Puis deux enseignements au choix sont proposés au cours de l’après-midi, entrecoupés d’une heure de temps libre où sont proposés prières, confession, adoration, temps de silence ou … détente au soleil pour les plus audacieux. Les sujets d’enseignement sont aussi divers que les chrétiens en politique, la bioéthique ou la vocation. Au fond de la salle, un lieu de passage assez fréquenté : la buvette. C’est sa première et elle remporte une franche adhésion. Au dessus de la buvette des dessins amusants avec des clins d’œil religieux. Après cette journée éprouvant, une diner bien mérité avant d’attaquer le moment le plus intense : la soirée miséricorde.

IMG_3512Au cours de cette  soirée qui fait « fondre les cœurs » selon la formule d’une sœur, des témoignages vont êtres donnés, puis une heure d’adoration, avec pendant toute la soirée des confessions. Signe de l’intensité de ce moment, si au début, il y avait beaucoup de fumeurs dehors, lors de l’adoration seuls quelques uns seront aperçus. Au fur et à mesure que la soirée avance, l’ambiance se fait plus silencieuse, plus recueillie, plus priante. Lorsque le Saint-Sacrement s’avance, plus de 1 500 jeunes s’agenouillent, et se signent. Pendant une heure, il va être exposé. Devant l’autel, des petits paniers en osier sont disposés. Dans le plus grand, des intentions de prières sont déposées et dans les autres des extraits de la Bible peuvent être tirés. Beaucoup fondront en larmes. Pendant toute la soirée, des confessions vont être données. Certains prêtres se mettent même à pleurer. Dans un silence entrecoupé de chants religieux et de paroles de sciences, c’est-à-dire la désignation par l’Esprit Saint à travers un homme de la souffrance d’un autre, les jeunes prient. A genoux, assis, debout, tous regardent avec la même passion le Saint-Sacrement. Le lendemain, au travers de discussions, on apprendra que beaucoup ont trouvé des réponses ou ont été touchés à ce moment-là. Silencieusement, après que le Saint-Sacrement fut rangé, les jeunes sortent progressivement de la salle. Il y eut un instant de grâce lors de ce temps de silence, mais sur chaque visage un sourire. Parfois entrecoupé de larmes, ils ont tous la joie dans les yeux. « Je sais enfin pourquoi je suis sur cette terre «  souffle un garçon brun d’une vingtaine d’année.

Pour beaucoup, c’est l’heure de dormir. Certains resteront prier dans différents coins de la ville, d’autres se promèneront visiblement en train de faire le point sur leurs vies. Quelques uns feront des insomnies.

« Je suis remonté à bloc »

La basilique au petit matin.
La basilique au petit matin.

Réveil difficile ce dimanche matin. Rangement obligatoire, nettoyage des lieux sont au programme. Et pourtant personne ne ronchonne, peut-être sont ils encore dans leur lancée de la veille. Des chants s’élèvent encore de la tente où se déroule le petit-déjeuner. Quelque chose à changé dans l’ambiance, ils sourient. Beaucoup ont l’air heureux, comme rassasiés. Même rituel, arrivé au CAP, des musiques s’élèvent, des holas sont faite lors du passage de certains et surtout lors de l’arrivée du fameux « HolyBus ». Le froid se fait sentir à 8 heures du matin, mais la matinée est belle et la basilique est magnifique par ce temps. Après la louange, Monseigneur Gobillard, évêque auxiliaire de Lyon, enseigne sur l’évangélisation. ayant effectué son service militaire dans les chasseurs alpins, il raconte une anecdote qu’il lie à l’évangélisation. « Quand j’ai fait mon service, on devait aller sur un sommet, alors on gravit la montagne de 250 mètres de hauteur, mais on se rend compte qu’il reste encore une montagne plus haute à gravir et puis une fois arrivé au sommet, on voit … des japonais en sandales, il y avait un téléphérique de l’autre côté. (rires)  Ce que je veux, c’est vous éprouviez cette joie que l’on a en ayant réussi à gravir des sommets.  » Lors de la pause entre la fin de l’enseignement et le début de la messe de clôture, certains vont en profiter pour se confesser. Une jeune fille brune confie avec l’œil châtain qui pétille « je me sens libérée, je me sens beaucoup mieux ! ». Visiblement très heureuse, elle se mit à sourire et à exprimer des grands gestes de joie. Cette anecdote résume l’etat d’esprit qui règne alors au forum.

La messe présidée par Monseigneur Gobillard, fut d’une grande piété. Lors de la communion, beaucoup de jeunes se mettent à genoux et communient à la bouche. « C’est la génération Benoît XVI, il a révolutionné les esprits «  explique un prêtre de la communauté. Lors du dernier chant, des Amen sont lancés comme des cris du cœur pour remercier de ce week-end empli de grâces. Après 5h de trajet, durant lequel des témoignages ont été donné, le car arrive à la porte d’Orléans. Retour à la pollution, au bruit, à la vie à 200 km/h. La question se pose alors : que vais-je faire pour continuer dans cet état de grâce intérieur ?

Amaury Coutansais-Pervinquière

Petit bonus, un extrait du dernier chant de la messe de clôture :