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Pédophilie : « ce n’est pas un problème uniquement interne à l’Eglise catholique »

« Pédophilie dans l’Eglise : le poids du silence ». Après la diffusion de Cash Investigation et les révélations de Mediapart, un évêque prend la parole : si l’Eglise n’a pas toujours bien géré les cas de pédophilie, c’est une pathologie qui concerne toute la société.

Mgr Alain PlanetL’Église fait l’objet de nouvelles accusations quant à sa gestion des prêtres mis en cause pour pédophilie. Une enquête menée par Cash Investigation et Mediapart en France, dans le monde entier et au Vatican. Selon les journalistes, l’Eglise de France aurait ainsi « méthodiquement couvert 32 auteurs d’abus sexuels qui ont laissé derrière eux 339 victimes présumées… Un vrai « Spotlight » français ». Mediapart cite 25 évêques, dont 5 toujours en poste, qui auraient protégé leurs agissements. Un livre intitulé « Eglise, la mécanique du silence » paraît également aux éditions Lattès.

Mgr Alain Planet, évêque de Carcassonne et de Narbonne, responsable de la cellule pour les dérives sectaires dans les communautés catholiques, a accepté de répondre aux questions de Marie-Ange de Montesquieu dans Un jour, Un évêque. Il réagit notamment aux publications de Mediapart.

 « Parfois, en effet, nous les évêques, on n’a pas toujours été à la hauteur »

Dans un premier temps, Mgr Planet note que « la plupart des cas » en cause « sont déjà connus ». « Il faut reconnaître qu’on a souvent mal géré les dossiers, parfois même intentionnellement », souligne Mgr Planet, « mais il faut aussi avoir l’honnêteté de dire que la façon de gérer ces dossiers a beaucoup changé, les réactions ne sont pas les mêmes que dans les années 50, 60 ou 70« . L’évêque de Carcassonne dit aussi avoir été agacé en découvrant les documents de Mediapart. « On a aggloméré un certain nombre d’affaires toutes plus ou moins connues, en mélangeant des affaires de pédophilie et d’autres,, effectivement, peu ragoutantes, mais ne relevant pas directement de la pédophilie, même si on peut admettre un effet d’emprise et qu’on ne les justifie en rien ». Plus loin, Mgr Planet ajoute : « Volontairement, nous avons caché des choses, c’est vrai, je crois qu’il faut le dire, simplement je voudrais qu’on aille plus loin en s’intéressant réellement aux victimes et pas seulement en les instrumentalisant dans un combat ». Pour lui, l’enquête de Mediapart est « un effet d’annonce qui n’est pas complètement juste ».

« Avec Mgr Marcus, nous avons fait condamner un religieux »

Mgr Planet dit également « avoir trouvé terrible de ‘jeter’ ces 25 portraits d’évêques dont une bonne partie sont morts depuis un certain temps, tandis que d’autres sont à la retraite ». Il évoque notamment Mgr Marcus, archevêque émérite de Toulouse : « nous avons ensemble, en 2004, fait condamner un religieux. Mgr Marcus a été d’un extrême courage dans la conduite d’un dossier qui concernait un religieux très médiatique et extrêmement défendu par son ordre ».

Un enfant sur cinq victime d’abus sexuels en Europe

Pour Mgr Planet, s’il faut remettre en cause les dérives au sein de l’Eglise, la vraie question n’est pas abordée : « aujourd’hui, en Europe, un enfant sur cinq est victime d’abus sexuels, ce n’est pas un problème uniquement interne à l’Eglise catholique, la question se pose plus largement ». Il constate également que beaucoup de victimes n’osent pas témoigner malgré les cellules d’écoutes qui ont été mises en place dans les diocèses. Cela reste un tabou quand cela arrive au sein même des familles.

« Il a fallu que je devienne évêque pour rencontrer des victimes, y compris des prêtres qui ont été victimes quand ils étaient enfants, pour prendre la mesure de combien est détruite la personne qui a été abusée »

Comment agir ? « Un prêtre peut être réduit a l’état laïc, il reste un pédophile », explique Mgr Planet, « un pédophile est un pervers… Les pervers savent entrer dans les codes pour les utiliser à leurs fins perverses ». Dans ce cas, l’Eglise doit-elle continuer à abriter des pédophiles avérés ? Il prend le cas d’un prêtre qui attend son jugement depuis 9 ans et sera jugé civilement dans 2 ans. « En attendant, on l’a bouclé dans une abbaye, mais les moines ne sont pas devenus moines pour être gardiens de prison. Cela pose un problème », répète Mgr Planet, « il y a une vraie question qui est celle de l’accompagnement des délinquants sexuels ». C’est donc à tous les niveaux de la société qu’il faut s’attaquer à cette pathologie sociale qu’est la pédophilie.

>> Pédophilie, l’Eglise de France répond