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Notre société, victime de désacralisation et donc de violence

Enracinement dans les religions, défaillance de l’Etat, négation de la culture commune. Décryptage interroge Jean-Michel Oughourlian et Damien Le Guay sur leurs travaux respectifs concernant la violence dans notre société d’aujourd’hui.

La rivalité mimétique, à l’origine de la violence

« La violence est la religion inconsciente de notre époque », affirme Damien Le Guay, philosophe et essayiste. Dès lors, on peut se demander d’où vient la violence qui envahit notre société ? Pour Jean-Michel Oughourlian, neuropsychiatre et passionné de psychologie et de sciences sociales, l’explication se trouve dans « la mimésis d’appropriation » de René Girard. En effet, « l’imitation du désir » découle de l’identification à un autre et donc « l’attraction conduit à désirer ce que l’autre désire ». A partir de là, tout ne peut pas se partager.

Religion et violence sont intimement liées. Dans toutes les religions, le principe du sacrifice existe pour contenir cette violence et la tenir éloignée dans une entité sacrée. Pour Oughourlian, le problème se situe « dans une société désacralisée, car le sacré revient dans cette même société sous forme de violence ». « Après la désacralisation, la peur s’installe en même temps que la violence » et la situation actuelle extrême ne permet plus d’éviter ni la violence individuelle, ni la violence collective.

Rôle et défaillance du politique

Le politique doit enrayer la violence, or il a progressivement perdu ce rôle. « On régule la violence par le désir d’appartenance ». Pour cela, il faut travailler sur le fait que les identités particulières ne s’opposent pas entre elles, mais ont un socle commun.

Il y a un vrai paradoxe, « lorsque l’on crie haro sur les identités chrétiennes et qu’en même temps, les identités des minorités sont valorisées ». L’erreur du politique est de segmenter la société et de prêcher le multiculturalisme. Pour Damien Le Guay, « si tout est fait pour valoriser l’identité particulière des uns par opposition à celle des autres », le rapport de domination caractéristique de la France ne permettra pas de construire la fraternité à laquelle nous aspirons.

Par ailleurs, « le rôle du politique est de désigner l’ennemi, or désigner le terrorisme mène à une paranoïa généralisée, car il ne peut être identifié ».

Culture - photo

La culture, ciment de l’unité

Pour contrer l’escalade de la violence, il faut « ouvrir un espace de liberté dans le choix du modèle ». Plutôt que de démolir le modèle islamique, Damien Le Guay propose de « renforcer le modèle culturel français pour le rendre plus attractif ». Il est essentiel de fédérer une société autour de sa culture pour ne pas tomber dans des « oppositions identitaires irréconciliables », car « quand on ne peut plus dire qui on est, non seulement on est désarmé, mais on transforme des amis en ennemis ».