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Le terrorisme : une nouvelle guerre civile ?

Au lendemain des attentats de Manchester, nous avons invité David Djaïz et Damien Le Guay dans Le Grand Témoin. Comment sortir de la seule émotion et penser l’événement ?

« Terrorisme de voisinage » et défaillance du politique

Le Bataclan, Nice et maintenant Manchester, les actes terroristes s’accumulent et laissent place à la sidération. La violence entraîne « un flot de commentaires inutiles, suivis d’un silence engourdissant qui nous plonge dans l’ignorance » nous dit David Djaïz. Auteur de La guerre civile n’aura pas lieu, il croit en « la résilience de la société française, en sa capacité à surmonter l’épreuve, à se souder et à affirmer un surcroît de cohésion nationale ».

Damien Le Guay est, quant à lui, l’auteur de La guerre civile qui vient est déjà là. Pourquoi ? Parce que « la guerre civile est un évènement invisible qui se manifeste, comme hier, de manière cataclysmique ». Nos deux invités s’accordent sur un diagnostic de « démission du politique » et de défaillance sur le plan culturel qui conduit à un affrontement intestin.

Un « récit commun » face à la fragilité du ciment culturel

L’unité relie ceux qui ont un destin commun, or pour Damien Le Guay « c’est sans doute que le destin n’est pas commun, que la culture commune n’est pas affirmée au point de réconcilier les individus les uns avec les autres ». Cette fragmentation empêche l’emploi du « nous » et « plus on insiste sur les raisons légitimes de garder sa culture et son identité particulière, plus on conduit ou on peut légitimer le passage à l’acte » prévient Damien Le Guay.

« Les cloisonnements mentaux et culturels aboutissent souvent à des affrontements » ajoute David Djaïz. C’est pourquoi, « le récit commun ne doit pas être excluant, il doit être ouvert, sinon il n’est pas commun ». Selon lui, l’enseignement de l’Histoire peut permettre la réconciliation, si elle est racontée « de manière dépassionnée et objective ». Ainsi, il faut être en mesure de proposer l’Histoire de France en multipliant les points de vue pour que chacun puisse y trouver son compte.

Les mémoires pour une Histoire

Tout l’enjeu est là. « Quand on a des mémoires subjectives et cloisonnées qui sont orphelines d’Histoire, c’est-à-dire orphelines d’un socle commun, on est dans l’affrontement et la société est sous tension » explique David Djaïz. Selon lui, le jeune djihadiste de Manchester « vit dans ce pays, mais n’habite pas ce pays ». Le multiculturalisme porte en lui-même la complexité, car il ne permet pas une véritable identification à l’Histoire d’un pays qui n’est pas celui de ses origines, ajoute Damien Le Guay.

Se référant à Mona Ouzouf, Damien Le Guay affirme que « dans la Nation, il y a une forme de sacrifice, il y a nécessairement quelque chose que l’on doit désirer oublier pour participer à un « nous » commun ». Pour recoudre le tissu social, David Djaïz insiste sur la « dimension civique » du travail des historiens, un travail qui ne doit en aucun cas être usurpé par le politique.