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La démocratie : un cadre pour le dialogue

Dans Le Grand Témoin, Frédéric Worms, philosophe, spécialiste en éthique médicale et auteur des « Maladies chroniques de la démocratie » remet en perspective ce qu’est un système démocratique.

« Assumer le conflit et le transformer en discussion »

« On est dans un moment de crise et de vérité, va-t-on éviter le pire, c’est-à-dire les positions extrêmes qui sont contre la démocratie ? » interroge Frédéric Worms. « La démocratie, ce n’est pas seulement le pouvoir du peuple, mais c’est aussi l’autolimitation du pouvoir du peuple contre sa propre injustice ». « Le démocrate qui dirait que le peuple a toujours raison devient un démagogue » affirme-t-il. « Pour moi, Marine Le Pen joue sur des tentations démocratiques, avec l’idée que le danger est externe et qu’il y a une unité d’un peuple qui, lui-même, ne serait pas divisé. Le véritable danger est de dire : la différence est en eux et pas en nous ». « J’appellerai véritablement démocrates, ceux qui admettent qu’il y a des divisions dans tous les groupes humains ».

En démocratie, « il faut se parler en admettant aussi qu’on peut être en désaccord » dit Frédéric Worms. « Le désaccord crée le besoin d’un cadre, qui lui-même crée la possibilité de la parole. Mais la parole peut aussi devenir insulte, guerre, si le cadre n’est pas respecté ». « Le bonheur ne se décrète pas, mais la justice s’institue ».

Importance de l’Histoire et de la maîtrise des techniques

« Les peuples qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à la revivre » disait Churchill. C’est une question de maturité. De même, Ricœur préconisait de s’appuyer sur « les potentialités positives du passé » non-exploitées.

« Le présent se caractérise par des problèmes nouveaux qui vont changer les terrains de la bienveillance et de la malveillance, mais qui ne vont pas les faire disparaître » assure Frédéric Worms. Il faut « délimiter et circonscrire » les erreurs, « les assumer pour s’en libérer », mais « la France fait partie des pays les plus mûrs en Europe et dans le monde ». Nucléaire, numérique, internet, « aucune technique n’est bonne ou mauvaise en elle-même ». Mais pour le philosophe, « c’est une course redoutable, il faut des régulations des usages destructeurs et faire soutenir les usages créateurs de ces techniques ».

Que penser du suicide assisté ?

Le suicide est « évidemment une expérience limite de l’humain ». Survenant toujours suite à un défaut de soutien social, le suicide est un indicateur du baromètre social. Cependant, la question du « suicide assisté » se pose aujourd’hui, et notamment dans cette campagne présidentielle. Les avancées de la médecine permettent de prendre davantage de pouvoir sur la vie. Dès lors, « comment construire le cadre pour répondre aux demandes qui surgissent de l’expérience humaine ? ».

« L’éthique est toujours déchirée » nous dit Frédéric Worms. Il ne s’agit pas de distinguer les bons des méchants, ni de prendre les décisions à la place des personnes, mais de « montrer qu’il y a des tensions irréductibles ». Souvent, « ce sont deux attitudes bienveillantes, et le tragique vient du conflit entre deux bienveillances ». « Il n’y a pas de solutions simples à tout et certains cas peuvent venir bousculer nos certitudes » confie le philosophe engagé au Comité Consultatif National d’Ethique. Sa ligne de conduite est simple néanmoins. Selon lui, pour réguler « il faut prendre le « Tu ne tueras point » au sérieux et tout le reste s’en suit ».