le direct Musique sacrée

Affaire Fillon : quand s’attaquera-t-on aux « rentiers de la République ? »

L’affaire Fillon, une nouvelle preuve de la connivence entre la presse et le pouvoir politique ? Analyse avec Benjamin Dormann et Jean Montaldo.

« La presse a le droit de critiquer les hommes politiques, en revanche peu de gens ont le droit de critiquer la presse, ça marche à sens unique »

Pour Benjamin Dormann, pas de doute, l’affaire Fillon incarne un « phénomène de bouc-émissiaire » avec un risque de contagion. Le journaliste, auteur de « Ils ont acheté la presse » (Jean Picollec) s’interroge : après le retrait de Fillon, que fait-on ? « Je ne suis pas sûr qu’il y ait un homme vertueux aujourd’hui pour le pouvoir », regrette-t-il. Avec la primaire de la droite, « François Fillon a la légitimité du vote, tout retour à une situation antérieure semble délicat ».

« Les journalistes, au lieu d’être un contre-pouvoir et d’infomer, militent »

« Aujourd’hui, on nous parle des salaires perçus par Madame Fillon entre 1998 et 2003, nous sommes en 2017, est-ce qu’il n’y avait pas un autre moment pour enquêter sur ces sujets à deux mois des Présidentielles ? », s’interroge Benjamin Dormann qui estime que les journalistes aujourd’hui ne font plus leur travail d’enquête. « Cela  prouve que l’info arrive dans votre boîte aux lettres à un moment où certaines personnes ont intérêt à ce qu’elle sorte, que ça soit dans un camp ou dans un autre... Les débats se font en catastrophe, de manière passionnée ». Un avis que partage Jean Montaldo : « trop de journalistes dits d’investigation sont finalement les concierges des partis politiques, notamment du Parti Socialiste ».couv_dec (1)

L’affaire Fillon : un coup de la gauche ?

Qui est à la tête de le haute Autorité pour la transparence de la vie publique ? C’est Jean-Louis Nadal, rappelle Jean Montaldo. « Le Président de la République François Hollande l’a désigné par décret en octobre 2013, suite à l’affaire Cahuzac. Nadal est un militant socialiste, ami de Martine Aubry, ancien procureur général à la Cour de Cassation… Vous trouvez cela normal ? », lance Jean Montaldo, qui dénonce une absence totale d’indépendance. Pour lui, c’est ce « Monsieur » Nadal qui a tuyauté la presse du François Fillon. « Je ne suis pas sûr que tout cela vienne du camp adverse », temporise de son côté Benjamin Dormann, « les rivalités de pouvoir sont telles que j’ai tendance à penser que les infos viennent des gens les plus proches ». Pour les deux journalistes, c’est le débat des emplois fictifs qu’il faut maintenant ouvrir. « On pourrait parler de celui du Président de la République, François Hollande, qui depuis l’origine est payé par la Cour des Comptes, là où il n’a jamais mis les pieds », souligne Jean Montaldo, « il tourchera une retraite pour une activité jamais exercée. Les rentiers de la République, il y en a beaucoup ». Et Benjamin Dormann renchérit : « On ne peut pas le jouer vertueux d’un côté et valider le système pour ses propres copains de l’autre, ça n’a aucun sens… Avec des gens qui se comportent comme cela, le FN monte tout seul ». Jean Montaldo et Benjamin Dormann sont tous deux d’accord : ce n’est pas à la presse de mener l’enquête, il faut désormais laisser la justice faire son travail.

Pour en savoir plus sur Mediapart, mais aussi le fonctionnement de la presse et la question de la séparation des pouvoirs, écouter Le Grand Témoin :