le direct Musique sacrée

Comment pourrait-on vivre sans musique ?

Cent vingt pays proposent aujourd’hui de célébrer le 21 juin en musique. Chaque année, des milliers de musiciens se retrouvent dans les rues ; les styles se croisent, les générations se rencontrent… La musique est omniprésente dans nos vies, serions-nous capables de nous en passer ? Question posée par Sophie Nouaille dans En quête de sens.

Fête de la musique à La Roche-sur-Yon
Fête de la musique à La Roche-sur-Yon

Dans certains pays, la musique est une tradition. En France, bien que notre histoire regorge d’illustres compositeurs et de talents innommables, seule une journée ramène la musique à la rue. Pour Abyale Nan nguema, chanteuse de jazz à Paris, cet événement est « magnifique ». Mais qu’en dit-il sur la culture musicale française ? Ce qui est certain pour Claire de Castellane, c’est qu’à défaut d’avoir cette culture innée, nous avons la notion du partage. En France, pas moins de deux mille festivals de musique sont organisés chaque année, dont 64% en été.

Martial Leroux, musicologue et enseignant, estime que cette culture musicale est sujette à un complexe par rapport aux musiciens italiens par exemple : « On a toujours voulu croire que l’Italie était le berceau de la musique (…). Que serait l’Italie sans la période franco-flamante précédente ? »

Quels sont les pouvoirs de la musique ? Tout dépend du récepteur, de ses états d’âme. « C’est autant de trouver un contre-pied au cafard que l’on peut cultiver au long d’un journée, que de vous donner une force, une vigueur, une énergie, un élan à quelque chose qui vous permet d’aller de l’avant » plaide Martial Leroux. La musique est avant tout quelque chose de sacré, de communautaire. D’ailleurs, Abyale Nan nguema constate à juste titre que la musique accompagne chaque événement important de la vie. « Il y a une citation allemande qui dit qu’il n’y a pas de diable dans la musique, elle élève l’âme et la mène vers des choses positives » ajoute t-elle.

La Fête de la musique nous invite t-elle à revenir aux styles populaires ? Selon Claire de Castellane, c’est une manière d’ouvrir les vannes, de laisser s’exprimer tous les courants de manière désordonnée, « c’est un joyeux fouillis » qui invite au dialogue et chasse les complexes. Pour Abyale, c’est d’abord une fête d’amateurs.

« Pour arriver à ses fins en musique, il n’y a pas que la culture de la partition » indique Martial Leroux. Il faut aussi savoir écouter. « Je trouve que l’enseignement dans les conservatoires est de plus en plus lié à la lecture, on ne forme que des lecteurs et non des auditeurs ». Apprendre à écouter sans intellectualiser scripturairement la musique.

Ecouter de la musique est devenu une activité spontanée chez les jeunes. On les voit partout, le casque vissé sur les oreilles, le regard perdu sur leur écran, l’esprit ailleurs… Martial Leroux craint que cela n’aille à l’encontre de ce qu’était initialement la musique, à savoir un partage. On s’isole. « Je pense que ce besoin invétéré des jeunes d’écouter de la musique, peut-être de l’entendre, ça fait partie du fait que la musique est devenue subrepticement une espèce de divertissement ». C’est un peu ça, l’objectif de la Fête de la musique.

  • Claire de Castellane, titulaire de plusieurs prix de Conservatoire et professeur de solfège de formation, directrice de Castel Production, structure indépendante de diffusion et de production de concerts et spectacles. Elle organise aussi des concerts commentés en entreprise pour amener la musique sur le lieu de travail, et est producteur délégué sur France Musique et journaliste à Radio Notre Dame,
  • Martial Leroux,  musicologue, auteur de nombreux ouvrages dans les domaines de la musique ou de la littérature,
  • Abyale Nan nguema, chanteuse de Jazz à Paris, auteur de “l’art délicieux d’apprivoiser sa voix”, aux éditions Leduc.