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« Monsieur le Curé fait sa crise », l’abbé Amar le décrypte

« Monsieur le Curé fait sa crise » romance l’histoire d’un curé légèrement à bout. Un roman empreint d’humanité et d’amour. L’abbé Amar l’a lu et en parle.

« Trop, c’est trop ». Oui il n’y a pas à dire,  l’abbé Benjamin Bucquoy en a ras son col romain des chamailleries de paroissiens. Pas moyen de leur faire entendre raison, dans un monde où l’ego, la jalousie, le manque de leadership et de soutien terrassent ce curé de plusieurs clochers. L’abbé, cinquantenaire, se retrouve confronté à plusieurs paroissiens avec leurs difficultés quotidiennes: Brigitte et Guillemette, qui se crêpent le chignon à longueur de temps, pour des fleurs. Evelyne, nommée par l’évêque, qui dit mettre « l‘Homme avant le dogme » et  qui voit dans l’adoration eucharistique « de la piété de bas étage », allant à l’encontre de ce que veut faire l’abbé. Il y a aussi cet Enguerrand Guerre, qui veut sauver Ste Gudule et n’hésite pas à lancer des pétitions et des fausses rumeurs à l’encontre du pauvre curé déjà à bout; ou il y a encore Monique, « dame cathé » par excellence, qui est outrée que le père propose le sacrement de réconciliation aux parents des futurs confirmés, y voyant une dérive totalitaire et une « obsession du péché » qui est « insupportable« , »on se croit revenu à l’avant Vatican II » sifflera même la Monique.  Alors oui, Monsieur le Curé craque et finit par s’emmurer dans son presbytère pour disparaître.

>> à réécouter, le Grand Témoin avec Jean Mercier

 En voyant le titre, vous avez eu envie de le lire ce livre ?

 J’ai eu très peur en lisant le titre. Jean Mercier a eu la gentillesse de me l’envoyer un petit peu en avance et en fait ce livre m’a bouleversé. Il m’a bouleversé comme prêtre et comme curé de paroisse. Jean Mercier, au-delà du talent de journaliste qu’on lui connaît, a été au carrefour des confidences des prêtres. Qu’on se rassure, il ne s’agit pas de raconter des confessions. Non, il s’agit juste de raconter les joies et les peines de ces hommes qui sont aujourd’hui curés de paroisses au 21 ème siècle mais qui ont aussi la joie des autres, le souci des autres mais aussi leurs propres soucis et leurs propres joies. Jean Mercier a eu un talent incroyable pour rendre compte de ça avec beaucoup de vérité, beaucoup de tact. Vous savez le curé c’est quelqu’un de très pudique, il n’aime pas trop montrer ses émotions et l’auteur a tout un talent pour faire parler ces prêtres, pour en faire un roman. Un roman qui n’est pas si romancé que ça et ça c’est incroyable. Au fil des pages, je me suis reconnu entre les larmes et les fous rires, je me suis reconnu dans ce curé, alors il ne faut pas dévoiler l’intrigue aux auditeurs mais je me suis reconnu. Voilà un auteur qui connaît bien les prêtres.

Le personnage principal Benjamin Bucquoy revient régulièrement sur ce manque de temps de prières, de temps pour confesser, c’est un sentiment que vous partagez aussi ?

La tentation essentielle qu’on a, c’est de devenir des gestionnaires. On est à la tête de petits ensembles paroissiaux, avec beaucoup de clochers, beaucoup d’antennes. Vous voyez, si on voulait gérer ça comme une entreprise, l’antenne principale serait le presbytère avec pleins de petits établissements secondaires qui seraient les différents lieux de cultes qu’on anime, les communautés locales. Du coup, le risque c’est de courir pour gérer la boutique et ça peut nous guetter. Et si on n’a pas les ressources intérieures nécessaires, que ce soit dans la vie de prières ou la vie sacramentelle, pardonnez moi mais on fait pas que sa crise, on pète les plombs.

Jean Mercier le rappelle à travers l’intrigue, il ne faut pas oublier que les prêtres sont aussi des hommes… Les paroissiens ont tendance à l’oublier dans notre monde non ?

Il faut absolument que nos paroissiens réalisent que, si le sacerdoce, l’ordination sacerdotale, a fait de nous des hommes à part, nous a mis à part, c’est à dire séparés d’eux, ça n’a pas fait de nous des hommes meilleurs. Nous sommes bien mis à part pour le service du Seigneur, mis de côté pour lui, réservés pour lui. Pour autant ça ne fait pas de nous, subitement, des hommes bien meilleurs, bien plus serviable, bien plus patients que certains de nos paroissiens. L’ordination a fait de nous des hommes à part mais certainement pas des surhommes. Saint Thomas d’Aquin dit ça dans un des raccourcis dont il a le secret : « la grâce ne détruit pas la nature« . La grâce élève notre nature humaine, elle fait de nous des hommes à part mais elle ne change pas le fait que nous sommes des hommes ordinaires avec nos joies, nos soucis, nos misères, nos faiblesses et nos qualités.

Alors Benjamin Bucquoy s’emmure, il est soulagé d’être loin de son téléphone et d’internet. Aujourd’hui, il y a le net, avec Facebook, les mails, vous n’avez pas l’impression que ça dénature les échanges que les jeunes ou les moins jeunes peuvent avoir avec les prêtres ?

Vous prêchez un convaincu, d’ailleurs je sors bientôt un livre expliquant qu’internet est comme une sorte de nouveau presbytère (« Internet, le nouveau presbytère« , Ed Artège, NDLR). Internet a bouleversé notre quotidien de prêtre. Il y a des rencontres virtuelles, numériques sur internet mais ça ne remplacera jamais une rencontre en chair et en os à la sortie d’une messe sur le parvis de l’église. Nous sommes les disciples de la rencontre, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de messe sans hosties, ni de vin. Il n’y a pas de baptêmes sans eau qui mouille. Il n’y a pas d’onctions des malades sans huile qui marque le front et les mains. Donc internet est un instrument comme lieu de rencontre. Des personnes nous envoient des messages sur internet, de façon indirecte et se confient, se livrent peut-être plus facilement qu’ils ne le feraient de vives voix. Mais il est certain qu’internet, si on n’arrive pas à se discipliner, devient chronophage pour le prêtre. Il faut pas se leurrer nos églises ne sont pas pleines mais il y a sur internet, des « Nicodèmes numériques », des visiteurs du soir, qui s’aperçoivent  qu’il y a un prêtre qui répond, qui tient un blog ou qui est assez numériquement présent, viennent frapper à la porte. On entame des dialogues avec ces personnes, qui peuvent être incroyantes ou éloignées de la foi chrétienne. Il y a une part d’évangélisation numérique qu’il ne faut pas délaisser et ça j’en parle dans mon livre. La question est de savoir quels pourraient être les dangers et les limites de cette évangélisation et puis comment rassembler des brebis avec des souris.

Monsieur le Curé fait sa crise, vous le conseillez aux paroissiens ?

Non seulement, je le conseille à tous nos paroissiens, mais aussi à tous nos évêques. Je trouve que les évêques gagneraient à lire ce livre. Moi il m’a bouleversé, j’ai été très touché à la fois pour le fond et la forme. J’encouragerai tout le monde à le lire. Pour que tout le monde puisse connaître les prêtres, mais peut-être de l’intérieur et du coup, les aimer encore plus, comme ils sont et non pas comme on aimerait qu’il soit. Oui,  Monsieur le Curé fait sa crise, mais ça finit bien, il faut le lire.

L’abbé Amar est membre du Padreblog, il intervient régulièrement, sur notre antenne, pour un « Prêtre vous répond« 

I-Grande-156818-monsieur-le-cure-fait-sa-crise.net

MERCIER Jean
Editions Quasar
Date de parution : 18/08/2016
12, 00 euros