le direct Musique sacrée

Michel Bouquet : « Être comédien, c’est endosser la livrée du serviteur »

Il est Orgon dans Le Tartuffe de Molière au théâtre de la Porte Saint-Martin. Il est l’un de nos plus grands comédiens. Dans un entretien exceptionnel, Michel Bouquet se livre : Molière, être un acteur, le dimanche qui a changé sa vie… Il dit tout ou presque dans le Grand Témoin.

Aux côtés de Tartuffe – Michel Fau, il interprète Orgon au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Molière ? On pourrait penser que Michel Bouquet le connaît sur le bout de doigts. Il n’en est rien. « C’est l’un de nos plus grands auteurs de théâtre », dit-il, « un être unique, une esprit complètement libre et complètement obéissant à la vie », mais il est impossible de vulgariser Molière, ajoute Michel Bouquet, « il faut entrer dans sa langue pour le servir ». Le comédien dit aussi de Jean-Baptiste Poquelin qu’il « a une vocation tragique et des dons comiques ». La vocation de Michel Bouquet ? Elle est sans doute née dans le poulailler de la Comédie Française et à l’Opéra Comique. C’est là que pour la première fois, avec sa mère, après avoir fait la queue, il découvre sur scène le sociétaire de la Comédie Française, Maurice Escande. Il note alors son adresse sur un morceau de papier, le glisse dans sa poche, jusqu’au « dimanche qui a changé sa vie » pendant l’Occupation allemande.

« Ce qui est important, c’est de n’être rien »

Ce matin-là, « je suis sorti de chez moi, rue de La Boétie », raconte Michel Bouquet, « au lieu d’aller à la messe à Saint Augustin comme le demandait ma mère, j’ai pris le boulevard Malesherbes et je suis allé à l’adresse notée sur le morceau de papier, 190 rue de Rivoli, Maurice Escande, sociétaire de la Comédie française ». Le début d’une aventure pour celui qui, en une journée, va devenir comédien. Arrivé à l’adresse, il monte les 7 étages de l’immeuble et sonne à la porte. « Vous dire pourquoi j’y suis allé, je ne sais pas », s’interroge Michel Bouquet. Toujours est-il qu’il se retrouve à assister à son premier cours au théâtre Edouard VII. Le voilà acteur. Jouer la comédie, c’est « endosser le livrée de serviteur », explique Michel Bouquet, « on doit à l’auteur tout ce qui n’est pas soi. Ce qui est important, c’est de n’être rien, d’être dans la pensée de l’autre ».