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Bernard Buffet au musée d’art moderne de la ville de Paris

Qu’on aime ou qu’on déteste Bernard Buffet (1928-1999), il faut aller voir sa rétrospective qui se donne actuellement au musée d’art moderne de la Ville de Paris.

D’une part, l’accrochage est remarquable. Mais surtout l’exposition, non seulement relit l’œuvre, mais affirme haut et fort que Buffet est l’un des peintres les plus importants du XXème siècle. Le propos est osé et courageux tant l’œuvre de Buffet souffre d’un ostracisme continu depuis la fin des années 50 de la part des institutions culturelles françaises. Celles-ci ont en effet jeté aux orties ce qu’elles avaient d’abord adoré. Buffet fut en effet une gloire de l’art français : prix de la Critique en 1948 à moins de 20 ans, il est en 1955 le plus grand artiste français selon Connaissance des arts, devant même Nicolas de Staël. En 1956, il représente la France à la Biennale de Venise. En 1958, sa rétrospective à la galerie Charpentier provoque des émeutes. En 1959, il fait la une de Time Magazine avec un portrait de de Gaulle. Le style Buffet, très nouveau, avec ce trait longiligne, est immédiatement remarqué. Sa peinture représentant souvent des personnages, le regard perdu, mêlant nus sulfureux et sujets religieux, sur fond d’après-guerre où la vie n’est pas rose, fait sensation, parfois scandale. Mais à partir de 1959, tout se gâte : Buffet vend énormément, trop, devient riche, habite dans des châteaux, roule en Rolls, raconte dans Paris Match cette vie contraire à la vie d’artiste. Tout le milieu de l’art lui tourne le dos. Sauf son indéfectible marchand, Maurice Garnier, qui l’exposera lui et lui seul avenue Matignon jusqu’à sa mort. Sauf tous ses collectionneurs, de plus en plus nombreux, notamment à l’étranger et au Japon, qui voient dans Buffet la continuité du grand art français et des grands artistes qui n’ont cessé de l’inspirer. Buffet, atteint de Parkinson, mit fin à ses jours en s’asphyxiant avec un sac de sa galerie marqué de son nom. Cette vie mise en scène jusqu’au bout a brouillé les pistes. Mais il semble que l’exposition du musée d’art moderne fait le tri, entre le spectacle et le fond.

>> Découvrir l’exposition

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