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Michel Onfray : « notre civilisation est judéo-chrétienne… »

« ...y compris lorsque elle cesse de l’être », précise le philosophe. Invité de la Rencontre du Figaro de mars, Michel Onfray a parlé du sacré.

« Vous dites que la décadence est inéluctable et vous la datez de la parution de « L’éloge de la Raison »(1). Est-ce que hors transcendance (…), l’athéologie n’est pas l’accompagnement inéluctable de cette décadence ? »

C’est avec cette question qu’un spectateur a lancé le philosophe Michel Onfray. L’admirateur de Nietzsche, épicurien et anarchiste proudhonien de surcroît, tente alors d’expliquer la nature profondément judéo-chrétienne de notre civilisation et d’analyser la perte du sacré de notre monde contemporain.

À propos de la transcendance 

« Si on a besoin de demander à la Transcendance de se manifester, c’est qu’elle n’existe plus. Plus on est dans la sophistication notamment dans les églises baroques puis rococo plus on se rend compte qu’ on a besoin d’artifices pour appeler Dieu ».

De la civilisation judéo-chrétienne

« Les religions rendent possible les civilisations, c’est une bêtise de dire que la nôtre n’est pas judéo-chrétienne, évidemment elle l’est même lorsqu’elle ne l’est plus. Dans le sens où elle se construit contre, et se construire contre c’est faire avec ».

Le philosophe a ensuite disserté sur les actes du Concile Vatican II qui a, d’après lui, affaibli la sacralité de la messe :

messe_latin

« J’ai vu les effets de Vatican II à la messe étant gamin, avant on avait les filles d’un coté, les garçons de l’autre et le prêtre de dos les yeux tourné vers le soleil levant et cela faisait sens. On attendait la Lumière car le Christ était la Lumière.(…) Le prêtre s’adressait à Dieu et était l’intercesseur de ses ouailles qui étaient derrière lui mais tous tournés dans le même sens. Et d’un seul coup on a dit : on change tout ça, on installe l’autel au milieu du cœur et on tourne le dos à Dieu puisque le Tabernacle est derrière (…). Et puis, on dit que la musique n’a plus besoin d’être sacrée d’où la guitare dans La vie est un long fleuve tranquille on a le curé qui s’habille en jean. Maintenant, on tutoie Dieu et on ne parle plus en latin. L’église a dit : ‘on n’a plus besoin de sacré, la transcendance est dans l’immanence’, c’est-à-dire qu’elle avalise l’évidence de ce que la civilisation dit : nous avons perdu le sens du sacré judéo-chrétien ».

Le journaliste et rédacteur en chef du Figaro Vox Vincent Trémolet de Villers, qui présentait cette rencontre, n’a pas manqué de remercier l’auditeur pour sa question ayant permis d’offrir « un cours d’architecture et de liturgie en quelques minutes ». Un terrain sur lequel il est inhabituel de voir Michel Onfray.

Vous pouvez retrouver l’ensemble de la réponse ici

(1): « L’éloge historique de la raison est l’œuvre philosophique majeure de Voltaire (1774)