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La Une pas très Charlie de l’hebdo

Un an après les attentats ayant décimé la rédaction de Charlie Hebdo, celle-ci qualifie Dieu d’assassin, un Dieu portant les symboles de la Trinité.

Un Dieu assassin

Triste anniversaire, un an après les sanglants attentats ayant causé la mort, entre autres, des membres historiques de la rédaction de Charlie Hebdo (Charb, Cabu, Tignous, Wolinski et Honoré), le journal satirique illustre à la Une un Dieu sanglant s’enfuir avec une AK-47 en bandoulière. Avec ce titre « l’assassin court toujours ». Une évidemment provocatrice. Et qui crée la controverse.

Les croyants complices ?

En cause, un Dieu qualifié d’assassin et d’unique responsable de la tuerie. Comme si les croyants du monde entier voulaient la mort du journal et de ceux qui y travaillaient. Comme l’a dit Riss, rescapé de la tuerie et actuel directeur du journal « l’éternité nous est tombée dessus », ce n’est donc plus les fanatiques islamiques les responsables mais bien la communauté des croyants, quels qu’ils soient. Faisant réagir Guillaume Goubert dans son édito de La Croix, « ce n’est pas Dieu qui assassine, ce sont les hommes. Ils n’ont d’ailleurs pas besoin de Dieu pour le faire à très grande échelle. Les idéologies les plus meurtrières du XXe siècle, le nazisme et le stalinisme, n’avaient rien de religieux, elles étaient même antireligieuses. »

Riss justifie ainsi sa Une : dénoncer les « fanatiques abrutis par le Coran » et « culs-bénits (sic) venus d’autres religions » qui avaient souhaité la mort de Charlie pour « oser rire du religieux ». Comme si des « culs-bénis » d’une autre religion aurait pu commettre ces assassinats, comme si tous les croyants de toutes religions étaient des Kouachi potentiels.

Un Dieu trinitaire

Autre détail gênant, la présence du triangle illustrant la Trinité au-dessus du personnage représenté, ce Dieu-ci serait donc celui des chrétiens. Un détail qui n’a échappé à personne, surtout pas aux chrétiens. Mais la grande majorité de ceux-ci ont ignoré l’insulte sans pour autant perdre leur lucidité. Ainsi Louis Manaranche disait ce matin sur notre antenne « ne pas être Charlie, mais respecter leur droit à la liberté d’expression ».

Padreblog s’est contenté de partager l’édito de Guillaume Goubert sur facebook avec ce commentaire « Oui… la une de « Charlie Hebdo » un an après les terribles attentats est ignoble. Alors que nous sortons à peine de Noël où nous avons célébré un Dieu pacifique, désarmé et couché dans une crèche, cette image dénigre, insulte et salit ».

L’abbé Grosjean de Padreblog s’est également fendu d’un tweet :

Sans titre

Les réactions pleuvent

Le journaliste Benoît Rayski s’est exprimé en ces termes sur Atlantico : « Les rédacteurs de l’hebdomadaire (qui fut satirique) regardent pour nous le monde à l’échelle de l’Histoire et même de la Préhistoire. En janvier 2015, j’ai, comme beaucoup, souscrit un abonnement de soutien d’un an à Charlie Hebdo. Au vu de cette une, je viens à l’instant même d’y mettre fin ».

Alain Juppé sur Europe 1, lorsqu’il a été interrogé sur Charlie Hebdo a pour sa part déclaré : « on a le droit de ne pas rire et cette Une ne m’a pas fait rire, lorsque j’ouvre Charlie Hebdo, je ne suis pas toujours Charlie ».

Riss avait conclu son argumentaire en disant « Ce n’est pas eux qui verront crever Charlie, c’est Charlie qui les verra crever ». Pour conclure, cette Une n’est pas très Charlie et les croyants non plus. Ce qui nous fait un point commun. Merci Charlie.