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Pierre Boutang : une figure complexe et incontournable du XXème siècle

Il est le fils spirituel de Maurras. Il a côtoyé Jankélévitch et traduit William Blake. Nous célébrons le centenaire de sa naissance. Mais que savons-nous de Pierre Boutang ? Décryptage.

Ce 9 mars 2016, Radio Notre Dame consacrait une émission à une figure passionnée et bouillonnante de ce XXème siècle. Dans Décryptage, Philippe Delaroche recevait Stéphane Giocanti, Gérard Leclerc et Raphaël Sorin, trois hommes frappés par l’oeuvre de Pierre Boutang.

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Professeur de philosophie et de métaphysique, journaliste politique, poète, romancier, critique littéraire et chrétien engagé : Pierre Boutang fut l’un des observateurs de la vie politique et intellectuelle les plus marquants du siècle dernier. De Saint-Etienne, où il est né en 1916, à Saint-Germain-en-Laye où il est mort en 1998, en passant par Paris, Lyon, Vichy, Rabat, la palmeraie de Gabès, la critique littéraire Stéphane Giocanti nous invite à marcher sur ses pas, dans un livre intitulé « Pierre Boutang, indocile, inclassable, inactuel ».

Vladimir Jankélévitch fut son professeur en khâgne. Etudiant de la rue d’Ulm, Pierre Boutang reste fils spirituel de Charles Maurras. Il soutient sa thèse  de philosophie en 1973 sur l’ontologie du secret , une pièce centrale dans son oeuvre. Un immense poème en prose, articulé sur la métaphore du voyage odysséen. Dans son Apocalypse du désir (1979), il rappelle la force transcendante du désir, portée jusqu’au sang de l’Agneau pascal.

Lecteur assidu de Dante et de saint Thomas, admirateur de William Blake dont il fut l’un des traducteurs, passionné de Dostoïevski, Pierre Boutang a pour maître Gabriel Marcel : dans son sillage, et dans celui de Platon et Heidegger, il se veut un enquêteur de l’être.

Autre casquette : la critique littéraire. Il fait, entre autres, découvrir l’oeuvre de William Faulkner. Stéphane Giocanti dit d’ailleurs que son roman Le Purgatoire est  la « conciliation de Faulkner et de Léon Blois, un chef-d’oeuvre méconnu qui nous secoue quand on s’y frotte et lorsqu’on entre dedans. Le chef d’oeuvre du roman anti-pharisien ».

Politique : les grands écarts

Membre de l’Action française, il dit  non à la collaboration : « Je préfère le pire des juifs à n’importe quel honnête père de famille allemand occupant mon pays ! ». Plus tard, Pierre Boutang refuse qu’une partie de sa famille de pensée soit enfermée dans une opposition à la politique d’indépendance menée par le général de Gaulle. Entre 1955 et 1967, il dirige La Nation Française, un hebdomadaire royaliste et nationaliste, empreint de paradoxes. Il rejette alors tout antisémitisme, et articule la pensée de la monarchie avec la philosophie et la théologie chrétiennes.

Boutang

Difficile de ne pas évoquer la voix de Pierre Boutang, « son phrasé très particulier et musical », souligne l’éditeur Raphaël Sorin qui voit en lui u « penseur baroque » : « Ses contradictions vont avec son baroquisme ».

Pour Stéphane Giocanti, Pierre Boutang est avant tout « authentique dans sa subjectivité, il est imprévisible, il nous montre un exemple de liberté fabuleux… Il avait une puissante d’être que je n’ai rencontrée nulle part ailleurs depuis… Il était aussi d’une humilité extraordinaire ».

Celui qui fut son ami et son interlocuteur, Georges Steiner, le comparaît à un « lion-enfant ».

 

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