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Le chemin de foi des "Innocentes"

« Les Innocentes » sort le 10 février prochain. Une histoire vraie tirée du journal de Madeleine Pauliac, médecin de la Croix-Rouge en Pologne.  Entre maternité et foi, une histoire poignante et saisissante. 

Les images sont presque trop belles. Des bois éclairés d’une lumière quasi mystique sous un froid glacial qui viennent contraster admirablement avec l’histoire de ces bénédictines. Nous sommes en 1945, Madeleine Pauliac (Mathilde dans le film) est une jeune médecin pour la Croix-Rouge française. Elle découvre que les sœurs du couvent ont été violées par l’Armée Rouge et que beaucoup sont enceintes. Les Innocentes, c’est en quelque sorte un devoir de mémoire, rarement abordé mais qui est remarquablement orchestré par Anne Fontaine, la réalisatrice. Pas une seule fois le mot « viol » n’est utilisé. Toutefois, des mots sont posés sur les exactions des soviétiques pour que les sœurs puissent commencer ce long chemin de guérison. Des femmes doublement violées, à la fois dans leur féminité et dans leurs vœux de chasteté.

La fragilité de la foi est d’une importance capitale dans le scénario. Une fragilité qui permet de comprendre toutes les difficultés que les bénédictines doivent affronter, devenir mère, contre leur gré, tout en souhaitant continuer à vivre dans le couvent. Et qui montre aussi que la foi n’est pas une évidence, que le questionnement est permanent. Et puis surtout préserver le secret à tout prix, pour éviter qu’elles ne soient chassées. Car il faut le comprendre, beaucoup de ces jeunes femmes engagées dans la vie religieuse, n’ont plus de famille ou ont été abandonnées.

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Outre l’histoire et le décor, il faut surtout relever le jeu des actrices. Mathilde est à la fois cette fille quasi neutre, presque trop droite mais qui est animée par ce désir profond d’aider les sœurs. Elle a créé un lien fort avec Sœur Maria. Cette même bénédictine qui va bouleverser la hiérarchie religieuse par son humanité et son désir de faire au mieux pour ses sœurs alors que la mère abbesse va se perdre et commettre l’irréparable. « Je me suis perdue pour vous sauver », une phrase marquante de ce personnage qui tentera, sans réussir, de dépasser cette histoire et qui d’ailleurs, n’est pas jugé tout au long du film.

Et puis il y a aussi la musique. Conseillé par le père Longeat, moine bénédictin, musicien et président de la CORREF, la difficulté de s’adapter à la liturgie de l’époque a été dépassée. On retrouve les chants grégoriens qui viennent rythmer et séquencer le film avec des thèmes sur la naissance autour de Noël, la mort et puis la vie. « L’ouverture sur quelque chose de complètement dilaté à la fin qui fait droit à la dimension de Salut. C’est une interprétation chrétienne que tout le monde n’aura pas forcément mais les chants accompagnent ce mouvement« , souligne le père Longeat. Une invitation au dialogue avec des gens qui aussi s’interrogent sur le sens de l’existence et sur leur propre foi même laïque. Un film pour tous.