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François contre les idoles

Ce mardi, le pape François avait célébré une messe à l’intention des évêques et cardinaux décédés dans l’année. L’occasion pour lui de mettre en garde les serviteurs de l’Église.

« Si on ne vit pas pour servir, notre vie ne sert pas ». Ce sont ces mots que le pape François a choisis pour s’adresser à son assistance pendant l’homélie. Une parole faisant écho aux scandales qui sortent dans la presse sur les agissements de certains prélats. Un pape aujourd’hui mécontent, trahi mais lucide qui souhaite aller de l’avant. « Quiconque sert et offre peut paraître perdant aux yeux du monde mais en réalité c’est en donnant sa vie qu’on la retrouve ». Des paroles qui résonnent fortement, alors que des nouvelles révélations de mauvaises pratiques financières accablent le Vatican et la Curie.

Et de conclure son homélie par « nous serons des serviteurs en son cœur, pas des fonctionnaires, mais des fils aimés qui offrent leurs vie pour le monde ». Des paroles qui font écho aux fuites organisées par un évêque espagnol pour alimenter deux ouvrages « Le chemin de croix » et « Avarice » de deux journalistes italiens.

L’ancien rédacteur-en-chef du Figaro Magazine et éminent spécialiste du Vatican, Bernard Lecomte, a commenté en ces termes sur son blog: « Oui, cette affaire donne une mauvaise image, un peu sulfureuse, de la Curie romaine : elle montre que celle-ci est humaine, trop humaine. Non, elle n’altère pas le prestige du pape François : au contraire, elle justifie ses relations parfois rugueuses avec sa propre administration. »

Le journaliste et écrivain Patrice de Plunkett, notre débatteur du vendredi a publié un appel aux catholiques à soutenir le pape François:

« Au temps de François, les raisons de trahir le pape sont beaucoup plus évidentes. Ce non-européen a fait tomber les masques lors du discours de Noël 2014 aux membres de la curie, qui a enchanté le reste du monde, mais sonné comme un tocsin dans les bureaux de ceux qui, disait Jean-Paul II, « font semblant de travailler pour faire semblant de m’obéir ».

Les lobbies financiers et mafieux peuvent agir dans la curie parce qu’elle n’est qu’un labyrinthe impossible à contrôler : peuvent s’y déployer « les intérêts les plus troubles » selon l’expression de Cécile Chambraud (Le Monde daté d’aujourd’hui). C’est donc la structure même de la curie qu’il faut modifier, et radicalement, afin d’en faire une administration “désitalianisée”, allégée, recentrée autour d’une seule mission : aider réellement le pape et les évêques du monde dans l’évangélisation du XXIe siècle. C’est pour cette tâche que les cardinaux des cinq continents ont élu François. Les remous actuels visent à l’en empêcher en le discréditant… Une fourberie parmi d’autres a consisté à répandre le bruit d’une maladie du pape, pour mettre sa volonté de réforme sur le compte d’un esprit dérangé ; la fourberie suprême de bureaucrates consiste à faire fuiter des informations sur leur propre gabegie, pour donner l’impression que le pape n’arrivera pas à faire de réforme – et le pousser, lui aussi, à donner sa démission.

Pour que François parvienne (et c’est David contre Goliath) à refouler l’idole Argent hors du Vatican, le peuple catholique doit lui manifester son soutien moral et spirituel. »

Un rude coup porté au Vatican et à l’image de la Curie, certainement, mais aussi une occasion de clore définitivement ce chapitre et d’agir comme des hommes de dieux et non des fonctionnaires carriéristes.

Sources : blogs de Patrice de Plunkett et de Bernard Lecomte