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La mère de Vincent Lambert témoigne : "il ne peut même pas sortir de sa chambre, c'est de la maltraitance !"

Chaos familial, médiatique et politique suscité par la situation de son fils Vincent. Viviane Lambert livre pour la première fois sa version des faits. « Pour la vie de mon fils » est paru chez Plon.

On a beaucoup entendu l’épouse de Vincent Lambert, Rachel, moins ses parents. C’est pour livrer sa version des faits que Viviane Lambert a choisi d’écrire son histoire dans « Pour la vie de mon fils ». Alors que la vie de son fils est suspendue à la décision de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH), la semaine passée, elle s’est rendue à l’Elysée pour en remettre un exemplaire au président François Hollande, qui ne l’a pas reçue. « Je ne me faisais pas trop d’illusion mais peu importe, je voulais lui remettre mon livre entre les mains », explique Viviane Lambert sur l’antenne de Radio Notre Dame. « Il ne m’a pas reçue… Mais j’ai remis mon livre entre les mains de deux de ses conseillers qui m’ont promis de lui donner en mains propres ». Le témoignage exclusif de Viviane Lambert.

Viviane Lambert

On est au cœur d’une affaire politique… Tout ce que j’espérais c’est qu’il est un geste d’humanité, d’ailleurs je lui ai fait une dédicace en lui demandant de m’aider à sauver mon fils.

Mon fils est dans une attente dramatique, la CEDH va donner sa décision prochainement, je l’espère avant les vacances, on l’attend avec angoisse bien sûr , mais bon je pense que nous aurons peut-être des petits recours encore. De toute façon, nous irons jusqu’au bout, moi je me battrai jusqu’au bout, mon fils n’est pas en fin de vie. Il est hors de question qu’on lui supprime la vie. Même si la décision ne va pas dans le sens de protéger sa vie, la CEDH va dire si c’est conforme ou pas au Conseil d’Etat, qui a autorisé l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation.

Mais enfin la situation est plus complexe, avant que l’hôpital et notre belle-fille aillent au Conseil d’Etat, ils ont eu la pression, ils ont au la pression par Marisol Touraine, le ministre de la Santé, c’est inadmissible, ce n’est pas clair. Ils ont été incité à aller devant le Conseil d’Etat alors que c’était hors de question pour le directeur de l’hôpital… On nous a donné deux fois raison pour maintenir Vincent en vie… Nous, on nous a jamais appelé, on a été choqués.

Vincent n’est pas en fin de vie, on veut lui supprimer la vie, c’est différent. On ne s’accroche pas à la vie de Vincent, pour ne pas qu’il parte. Si Vincent tait en fin de vie, on ferait tout pour lui donner un confort pour partir. C’est là le but des soins palliatifs. Là, Vincent n’est pas en fin de vie. Déjà dans un premier temps, on lui avait enlever la nourriture, une grande partie de l’hydratation, il n’avait plus que 200 ml d’hydratation, rendez-vous compte les souffrances qu’il a pu avoir ! Nous quand on a su ça, nous avons roulé toute la nuit et quand nous sommes arrivés au chevet de Vincent, Vincent a pleuré, donc il y avait bien quelque chose qui se passait, il était bouleversé. . Sa soeur est arrivée de Bretagne, il a pleuré. Son frère est venu avec ses petits-neveux dont un qui est le filleul de Vincent, Vincent a pleuré, c’était impressionnant. Il a été sans nourriture avec très peu d’hydratation pendant 31 jours. Quelle résistance, et il a tenu ! Moi je pense qu’il s’accroche quand même à la vie, il a une petite fille, on lui dit. D’ailleurs quand on lui dit, il a une expression. Mon mari, qui ne s’exprime pas beaucoup, a été marqué l’autre jour par son regard quand il lui a parlé de sa petite fille… ça se passe pas son regard. Vincent n’est pas en fin de vie, il n’a pas d’acharnement thérapeutique. Je comprends que les gens qui sont sous acharnement thérapeutique, on les laisse partir en douceur, qu’on les aide, qu’on les entoure d’amour, de soins de confort. Mais Vincent ce n’est pas le cas. Il a les soins de nursing seulement, les médicaments qu’il doit prendre, il n’est pas branché, il n’a que son alimentation.

Le peu où on a été médiatisé au départ, on a été déformé. Pourquoi continuer dans ce sens-là ? Je n’avais pas du tout envie de perdre mon temps avec des médias qui se gargarisaient de notre histoire, mon temps était précieux pour Vincent.  Après je me suis dit, non, il faut qu’on parle, il faut réveiller l’opinion publique.

« Cela a été une bombe, pour toute la famille »

L’accident a eu lieu en 2008, jusqu’à 2013 tout se passait bien, enfin Vincent était dans l’état qu’il était. Mais nous avons tous porté Vincent, tous en famille, nous l’avons porté avec amour, on faisait le maximum pour lui, on ne voulait surtout pas marcher sur les plates-bandes de son épouse, j’estime qu’on n’avait pas à venir au quotidien, c’était sa place, ce n’était pas la nôtre, mais elle nous disait toujours ‘je vous dis tout, ne vous inquiétez pas’, nous étions à 700 km de Reims, mais on appelai Vincent, on nous le passait au téléphone, pour garder le fil de notre voix, on lui écrivait, on y allait… Je suis aller le voir au moment de la convalescence de mon mari, j’ai eu cette grande surprise, le Dr Kariger m’a appelée dans le train, il avait su par notre belle-fille que je venais, et il voulait qu’on le rencontre et j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui se passait. C’était le 5 avril 2013. Je me suis retrouvée devant le Dr Kariger et quelques médecins et là on a commencé à me dire, ‘il faudra faire un cheminement, voyez avec votre belle-fille, il ne faut pas la culpabiliser, selon certains personnels soignants Vincent manifeste de ne plus vouloir vivre, voilà ce qu’on envisage… Envisager de le mettre en fin de vie’... J’était seule et j’ai craqué, j’ai craqué c’est vrai, et je me suis reprise en leur disant, ‘Vincent a un père et une mère, mon mari est à la maison, on va voir cela ensemble et on reprend un rendez-vous’. On nous a fixé un rendez-vous au 15 mai, rendez-vous compte que lorsqu’on a revu le Dr Kariger le 15 mai, Vincent, cela faisait plus d’un mois – depuis le 10 avril » -qu’il n’avait plus de nourriture et un minimum d’hydratation, j’appelle cela de la malhonnêteté.

Les experts l’ont bien répété, on ne peut pas interpréter ce que Vincent manifestait pendant sa toilette…

Cela a été une bombe quand on a découvert cela, pour chacun de nous, toute la famille… Il n’y a pas eu de collégialité.

Vincent n’a pas laissé de directives anticipées, il n’y avait pas de tutelle. Son épouse, nous nous ne la jugeons pas, cela a été une situation très très dure, c’est évident. Quand  nous nous sommes retrouvées toutes les deux seules à Bercq, j’avais bien dit à ma belle-fille, ‘je comprendrais qu’un jour tu ne tiennes pas le coup, si un jour tu ne tiens pas le coup, tu nous en parles. Nous ne te jugerons pas, nous, nous prendrons la relève. L’essentiel, c’est qu’on reste en bons termes pour notre petite fille’. Elle a été surprise que je lui dise ça, mais c’était le moment de lui dire. Cela fait deux ans que notre belle-fille a quitté Reims sans que nous le sachions, deux ans que nous ne l’a voyons plus. On a essayé d’avoir des contacts pour pouvoir parler posément de tout cela. On ne voit plus notre petite fille non plus.

Comme référent, ils ont pris Rachel alors que ce n’était pas la personne référente. Ils ont pris cette décision sans que nous le sachions, mais cela ne veut pas dire que c’est la personne référente. Vincent n’a pas laissé de directives anticipées. C’est au bout de 5 ans, 5 ans seulement qu’elle nous dit que Vincent n’aurait pas voulu vivre comme cela. Qui aurait voulu vivre comme ça ?  Quand on est bien portant, personne ne voudrait être comme ça. Pozzo di Borgo s’est accroché à la vie, maintenant il remercie de l’avoir laissé en vie.

« On n’a pas besoin d’être catholique traditionaliste pour sauver la vie de son fils »

Il faut garder confiance, on n’a pas à juger ma foi, je fais confiance à la providence. Vincent ne parle pas, il a un minimum de relationnel… On ne sait pas tout, dans ces cas-là il y a 40 % de mauvais diagnostics. C’est énorme. Pourquoi Vincent n’est pas dans ceux-là ? On ne sait pas tout… Si je lui fais écouter de la musique qu’il aime, il cherche le bruit, il tourne sa tête à droite, à gauche. Depuis Noël, on a constaté que Vincent soulevait sa jambe droite alors que jusqu’à maintenant, le côté droit était complètement immobile…. Moi, je peux vous dire que je parle avec lui dans le silence, je prie avec lui aussi, pour lui. Je lui fais de la lecture, Vincent est paisible. Son état ne fais pas que de se dégrader. Il n’a toujours pas de fauteuil adapté. Vincent est dans son lit avec pour seul horizon le plafond de sa chambre. On ne peut même pas le sortir. Il est enfermé à clef… C’est de la maltraitance !

On n’a pas besoin d’être catholique traditionaliste pour sauver la vie de son fils. N’importe quelle maman, que ce soit une musulmane, que ce soit une juive… On n’a pas besoin de ça pour sauver la vie de son fils. On se sert du fait que l’on soit catholiques pratiquants, bien ou pas je ne sais pas, pour nous discréditer.

Nous avons écrit au pape. Cela peut changer la donne. J’aimerais quand même que l’Eglise bouge davantage. Il ne faut pas minimiser la situation, il faut intervenir. Très peu d’évêques nous ont soutenus ouvertement, il est vrai que l’Eglise pourrait faire plus.

Vincent n’est pas seule dans cette situation, ils sont 1500 à 1700 en France. Si on s’y prend comme ça pour Vincent, ces compagnons d’infortune vont être touchés de la même façon.

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Réécouter Réécouter l’interview du Professeur Xavier Ducrocq, expert sollicité dans l’affaire Vincent Lambert