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"Il n’y a pas de plus bel amour que donner la vie à ceux qu’on aime". Rompre le silence de l'avortement.

Anne-Hélène Frustié a 53, elle est maman de 4 enfants. A 18 ans, elle a pratiqué un avortement. Le début d’une descente aux enfers. Elle raconte.

 

Anne-Hélène Frustié

Anne-Hélène Fruitié représente en France l’initiative de la démarche Rompre le silence (ivg-romprelesilence.fr)

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C’est à Rennes qu’Anne-Hélène Frutié voit le jour en 1961 dans une famille modeste de 3 enfants: un père artisan-peintre, une mère secrétaire, très vite, elle décide de réaliser et de réussir les études que sa mère n’a pas pu faire à son âge. Un an après la loi Veil, en 1979, alors qu’elle est êtes étudiante en khâgne, suite à une relation avec un homme plus âgé, elle tombe enceinte et décide d’avorter. Elle a 18 ans. 

« Pour moi, la loi Veil était une grande victoire pour les femmes, je ne considérais pas l’embryon comme un enfant », raconte Anne-Hélène Frustié. Elle est alors loin d’imaginer l’impact que cet acte va avoir sur sa vie. Après Sciences Po  Paris et des études approfondies pour l’agrégation de Sciences Sociales, elle est décidée à suivre sa propre voie et entre dans le monde du travail, à 29 ans, elle vit, sans le savoir, des symptômes post traumatiques graves. « J’avais des troubles du sommeil, des épisodes de rêves éveillés et des angoisses de mort imminente, ce fut comme un coup de tonnerre », explique Anne-Hélène Frustié.

L’avortement: un traumatisme

Alors qu’elle fait une psychothérapie, le milieu médical diagnostique une maladie génétique incurable, elle est sous médicaments à vie. « J’étais désespérée ». 4 ans plus tard, en 1994, Anne-Hélène Frustié se marie. C’est la naissance de son fils qui va servir de déclic. « Les cauchemars se sont faits plus précis, je me voyais enterrer un bébé vivant dans le sable, je ne réalisais toujours pas lelien avec l’avortement ». Une phrase va alors bouleverser Anne-Hélène Frustié : « Il n’y a pas de plus bel amour que donner la vie à ceux qu’on aime ». « Je me suis dit, tu as fait le contraire, tu as détruit la vie de ton enfant pour garder la tienne ».  Anne-Hélène Frustié réalise qu’elle n’a jamais fait le deuil de cet enfant. Soulagement de comprendre que sa maladie n‘était ni génétique ni incurable et sentiment de culpabilité intense. C’est auprès de Mère Miséricorde qu’elle trouve de l’aide.

La voie de la guérison

« Tout s’est écroulé et il a fallu se reconstruire. Me pardonner, pardonner à la société, cela m’a pris beaucoup de temps », explique-t-elle, « mais à partir du moment où le déni est tombé, que j’ai compris que je ne pouvais pas changer ce que j’avais fait, j’ai décidé d’aider les autres sur cette question de l’avortement ». C’est aux Etats-Unis, où elle a suivi son mari, qu’Anne-Hélène Frustié découvre les sessions de guérison post IVG de la Vigne de Rachel,  qui permettent une réconciliation profonde avec soi même et avec les autres. La Vigne de Rachel dont elle est devenue la coordinatrice en France. Et Anne-Hélène Frustié, aujourd’hui maman de 4 enfants, de conclure : « Rompre le silence est pour moi la dernière étape ».

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