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Vers une loi anti-conversion en Birmanie ?

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Le projet de loi a été publié officiellement le 27 mai dernier : le gouvernement birman souhaite encadrer strictement toute conversion d’un bouddhiste à une autre religion. Le peuple est appelé à donner son avis jusqu’au 20 juin prochain.

Les Birmans ont encore une semaine pour dire ce qu’ils en pensent. Poussé par les bonzes nationalistes du « mouvement 969 », le gouvernement du Myanmar a élaboré une loi sur la conversion religieuse, faisant elle-même partie d’un ensemble de quatre projets législatifs. Petit retour en arrière : il y a un an, suite à une campagne de haine et de violence contre les musulmans, campagne menée par le « mouvement 969 » et son chef, le moine Wirathu, l’Organization for the Protection of Race, Religion, and Belief (OPRRB) a décidé de lancer une pétition. Objectif : obtenir le maximum de signatures en faveur de « la protection de la race et de la religion birmanes ». Ce sont clairement les musulmans qui sont dans la ligne de mire de ce mouvement extrémiste. Selon ce dernier, en effet, la nation birmane et bouddhiste – plus des deux tiers de la population du pays – serait menacée par la croissance démographique et religieuse des musulmans venus du pays voisin, le Bangladesh.

Plus de 1,3 million de signatures

Le « mouvement 969 » a visiblement réussi à inquiéter le population, puisque plus de 1,3 million de Birmans ont d’ores et déjà signé la pétition, en faveur de ce projet de loi anti-conversion. Projet qui n’attend dès lors plus que l’approbation du Parlement et du président Thein Sein, le 30 juin prochain, pour être appliqué. Quel poids donné, dans ce cas, au vote de la population Birmane ? Elle n’a le pouvoir que de faire parvenir des recommandations au comité spécial chargé de la présentation du projet.

Une conversion strictement encadrée

Si le projet est appliqué, la conversion d’un bouddhiste à une autre religion se fera dans le cadre de règles précises et strictes : avoir au moins 18 ans, obtenir l’autorisation de se convertir auprès des autorités locales, fournir des renseignements sur sa famille, la religion de ses proches, expliquer les raisons de sa conversion et être soumis à une série d’interrogatoires. En cas de non respect de la loi, la peine pourra aller jusqu’à deux ans de prison. Des projets sur le mariage interreligieux (le futur époux ou la future épouse se verraient obligés de se convertir au bouddhisme et d’obtenir l’autorisation de leurs parents avant de se marier), sur la restriction des naissances pour les musulmans et sur l‘obligation de la monogamie, devraient également voir le jour.

Colère des ONG et des communautés chrétiennes

Une « violation flagrante des droits de l’homme » : c’est ainsi que nombreuses ONG et communautés chrétiennes ont condamné ce projet de loi. Mgr Charles Bo, archevêque de Rangun, a quant a lui montrer du doigt « l’interférence de l’Etat dans la conscience de chacun, une conception erronée et néfaste des choses », a-t-il ajouté, rappelant que la conversion relevait de la liberté individuelle. En mars dernier, Human Rights Watch a dénoncé des « lois discriminatoires », qui ne feront qu’aggraver les violences communautaristes ainsi que les violations des droits de l’homme, de la femme et la liberté religieuse. La dissidente Aung San Suu Kyi, elle-même, a fini par sortir de son silence pour s’élever contre ces différents projets de loi, en particulier celui sur le mariage mixte.

Source : Eglises d’Asie (EDA)