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Jean-Luc Marion : « Nous sommes entrés dans le nihilisme »

 Jean-Luc Marion est l’invité du Grand Témoin. Interrogé par Pierre Moracchni, le philosophe et Académicien français vient de publier « La Rigueur des choses, entretiens avec Dan Arbib » aux éditions Flammarion.

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La valeur

Le philosophe s’oppose à la notion de valeurs utilisée à tout va pour des intérêts personnels. Il explique que ceux qui revendiquent des valeurs se battent pour leur propres intérêts et « répètent le nihilisme ». A des réalités telles que la « démocratie » ou la « liberté », Jean-Luc Marion trouve le mot valeur inapproprié. Il prend l’exemple de la famille, dans un contexte de « mariage pour tous », où des valeurs sont mises en avant expliquant que « la famille est une réalité », et que « la différence des sexes est fondamentale ». Le philosophe ajoute que ceux qui la nient, sont dans « l’illusion ».

« La capacité d’admiration »

Cette « capacité d’admiration » implique « la reconnaissance des pairs et des prédécesseurs », qui nécessite une certaine « humilité » et une confiance dans ce qui n’est pas compris. En ce sens, Jean-Luc Marion invite ses élèves à « ne pas avoir peur de marcher dans le vide », c’est-à-dire, à ne pas se buter lorsque la pensée d’un auteur dans un ouvrage n’est pas comprise dans l’immédiat. Il invite à pousser la recherche en persévérant, expliquant que lorsque l’on est « inscrit dans une tradition » quelle qu’elle soit, il est stimulant de ne pas connaître dans l’immédiat « les tenants et les aboutissants ». Cette « capacité d’admiration » se reflète dans son travail effectué depuis 30 ans sur la pensée de Descartes. Jean-Luc Marion publiera à ce sujet un nouvel ouvrage sur Descartes, postulant que ce dernier est aussi « un penseur de la passivité ».

La pensée de Jean-Luc Marion dans trois de ses ouvrages

« Dieu et la Distance », « Dieu sans l’être » et « Le phénomène érotique ». De ces trois livres, Jean-Luc Marion établit une trajectoire de la façon dont il faut « penser Dieu ». Dans le premier livre, le philosophe part de la pensée de Nietzsche : « Dieu est mort », il explique que c’est « la représentation dominante de Dieu » qui est morte. A partir de là se pose la question de « l’accès à Dieu ». Le deuxième livre pose la question de « l’horizon dans lequel la question de Dieu peut se poser ». Le philosophe rend compte que c’est « sans la question de l’être qu’il faut penser Dieu ». C’est donc dans le troisième livre que le philosophe établit que « Dieu est à penser dans l’horizon de l’Amour » mais la problématique étant que notre « conscience limitée de l’Amour » est « paradoxale » face à « l’Amour lui-même » qui vient de Dieu.