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30 mai 2018 : l’exploit de Mamoudou Gassama porteur d’un message

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Victor Loupan, journaliste.

 L’exploit de Mamoudou Gassama est, selon vous, porteur d’un message dont on ne parle pas. Quel est ce message ?

Les médias parlent beaucoup de ce jeune Malien, migrant, sans papier, qui a sauvé au péril de sa vie, un enfant suspendu au balcon du quatrième étage. On instrumentalise son geste. Le président Macron lui offre la nationalité française et un emploi chez les Pompiers de Paris. Les défenseurs de la cause des migrants pensent que Mamoudou Gassama va retourner l’opinion publique, hostile aux migrants, au point de la rendre favorable à l’idée d’immigration. Mais personne ne parle de l’essentiel. Mamoudou Gassama a montré tout simplement, et avec une évidence totale, ce que c’est qu’être un homme. Être un homme, Louis, c’est être décidé, c’est être courageux, c’est venir au secours des plus faibles. Un homme doit être capable de vaincre sa peur. Un vrai homme n’est ni un lâche, ni un violeur. Un vrai homme ne frappe pas les femmes. Un vrai homme se sert de sa force pour protéger. C’est cela que nous a démontré modestement Mamoudou Gassama.

Ce que vous dites va à l’encontre de l’image de masculinité véhiculée aujourd’hui.

C’est précisément pour cela que j’en parle. L’image de l’homme est si dégradée aujourd’hui, que nous assistons à un véritable processus de dévirilisation. Or, on a vu avec le colonel Beltram et, aujourd’hui, avec Mamoudou Gassama, à quel point la virilité, la masculinité peut être sacrificielle. A quel point un homme, un vrai, peut sauver des vies au péril de la sienne propre. Mamoudou Gassama pouvait se fracasser quatre étages plus bas. Il n’y a même pas pensé, car la simple vue de l’enfant suspendu l’a poussée à se lancer à l’assaut de la façade de cet immeuble moderne du XVIII arrondissement. Je rappelle que l’enfant avait déjà chuté du cinquième et s’était rattrapé in extremis et d’une seule main, à la balustrade du balcon du quatrième. C’était donc déjà un miraculé. Et il pouvait lâcher prise à tout moment.

Laissé seul à la maison, le petit a été sauvé par un Bon Samaritain, nommé Mamoudou Gassamé.

Le père va d’ailleurs être jugé.

Je ne veux pas accabler cet homme. Son fils lui sera, sa vie durant, un reproche vivant. Dans le film Andrei Roublev d’Andreï Tarkovski, Théophane le Grec dit à Andrei Roublev qui a commis un terrible péché : « Dieu va te pardonner, mais toi, ne te le pardonne jamais. »

Le père était sorti faire ses courses, en laissant le petit seul à la maison. Puis, je cite le Figaro : « En sortant du magasin, il s’est mis à jouer au Pokémon Go, ce qui a retardé son retour à l’appartement. » Cette explication, avancée par la police et confirmée par l’accusé, frappe par son caractère infantile. Ainsi donc, pendant que ce père de 37 ans jouait au Pokémon Go, son enfant se balançait dans le vide, au quatrième étage d’un immeuble.

L’image du Pokémon Go est, en effet, très forte.

Les jeunes femmes se plaignent du côté infantile des hommes d’aujourd’hui. Elles disent qu’ils ont du mal à s’engager, à fonder une famille, à assumer leur rôle de père. Bien des études sociologiques leur donnent raison. Il y a longtemps déjà, Pascal Bruckner interrogeait le mépris de soi de l’homme blanc. Or, que voyons-nous aujourd’hui ? Un homme noir, venu d’Afrique, sauve au péril de sa vie, un enfant abandonné par un homme blanc inconscient et adepte des jeux vidéo. C’est tout un symbole !

Quelle conclusion en tirez-vous ?

Nous sommes ici dans une situation où deux types d’hommes s’opposent. L’un est un exemple, et l’autre un contre-exemple. C’est dialectique et archétypal à la fois. Et j’espère du fond du cœur que l’évidence du geste de Mamoudou Gassama aidera nos garçons à mieux comprendre ce qu’ils sont. Ce serait énorme !

Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui.

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