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16 février 2018 : #LeMotDeLaSemaine « le train »

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Avec Jean Pruvost, linguiste, éditeur. 

On l’attendait, il est arrivé hier, il s’agit du  rapport de Jean-Cyril Spinetta consacré à la SNCF, un rapport de 127 pages avec toute une série de propositions, j’allais dire un train de mesures proposées…. pour, en somme, réformer tout ce qui concerne à l’échelle nationale ce moyen de transport, un moyen de transport quotidien pour bon nombre d’entre nous. Les Français sont très attachés au train, synonyme de chemin de fer, mais vous avez souhaité ce matin, Jean, nous raconter l’histoire de ce tout petit mot, qui a traversé les siècles. Et je crois savoir qu’il a des origines et une histoire très riches.

En effet, Louis, puisque c’est au XIIe siècle, qu’il commence sa carrière en France, une carrière si je puis dire qui va être menée bon train. Et on est tout de suite mis sur la piste si on se souvient d’un chant de Noël traditionnel, que les enfants aiment beaucoup et qu’ils comprennent parfois autrement qu’il le faudrait, rappelons-nous ces paroles : « De bon matin, j’ai vu passer le train, de trois grands rois qui partaient en voyage », il s’agit des rois mages bien sûr, et contrairement à ce que pensent parfois délicieusement les enfants, ils ne s’agit évidemment pas dans une voiture de chemin de fer… Il faut tout de suite le souligner, si dans l’histoire de l’humanité est récente l’invention du train défini ainsi dans les Annales de l’industrie, en 1829,  « ensemble constitué par une locomotive entraînant une suite de véhicules de transport sur des rails »,  et si le vocabulaire qui s’y rattache a pris son essor au XIXe siècle, avec la Révolution industrielle, en réalité le mot « train » né au XIIe siècle tient ses origines de la vaste famille latine construite autour du verbe trahere, « tirer, traîner derrière soi », tragere en bas latin, traginare en latin populaire, puis traîner en ancien français. C’est en effet à partir du verbe traîner, attesté dès 1131 sous Louis VI le Gros, que naquit le train quelques années après, en tant que « file, ensemble de choses tirées ». On est certes encore loin des rails, mais indéniablement le train a dès le départ quelque succès ! Ainsi, dès la fin du XIIe siècle, se rapprochant du futur moyen de transport, il désigne déjà un convoi de bêtes de somme et, plus largement au XIIIe siècle, les domestiques, chevaux et voitures accompagnant un haut personnage, le roi par exemple. D’où le « train du roy ». Forcément long et somptueux.

Louis : D’où aussi l’expression « mener bon train » ! Et on imagine, Jean qu’il y a ensuite toute une série de sens qui vont conduire au train de voyageurs.

En effet, Louis, au XVe siècle, s’ajoute déjà l’un des sens correspondra à la « partie de la voiture à laquelle sont attachées les roues », D’où la naissance des termes « avant-train » et « arrière-train » au XIXe siècle, celui qu’on « botte ». Mais au XVIIe siècle, on a aussi appelé train un ensemble de choses fonctionnant en même temps : un train d’artillerie représente par exemple sous Louis XIV « tout l’attirail », associé dans une même finalité, « pour servir l’artillerie ». Et on peut être surpris de découvrir dans le Dictionnaire français espagnol de François Oudin, en 1660, la mention d’un train de marchandises, qui représente des marchandises convoyées ensemble, tout comme le train de bois flotté, qui correspondait à l’ensemble des troncs, réunis en radeaux et attachés les uns aux autres, mis à flot sur une voie d’eau pour une destination en aval.  Dans cette dynamique, le « train » s’assimilera facilement au XIXe siècle aux cargaisons de munitions que l’on déplace en voiture à chevaux jusqu’à destination et c’est tout naturellement que le convoi constitué de plusieurs wagons se déplaçant ensemble sur un « chemin de fer » fut nommé « train », attesté en ce sens en 1829. En 1837 naissait l’expression train de voyageurs puis, cette fois-ci sous la forme de wagons tirés par une locomotive, était dans la foulée attesté le train de marchandises. Bien différent de celui de César Oudin. Belle histoire en définitive, et qui se poursuit aujourd’hui.

Quelques citations plaisantes :

Marcel Proust : « Depuis qu’il existe des chemins e fer, la nécessité de ne pas manquer le train nous a appris à tenir compte des minutes », qui ne manque pas de sel pour l’auteur de À la recherche du temps perdu…

Jules Renard : « Où il travaille le mieux, c’est en chemine de fer… le mouvement agite son cerveau comme un panier d’idées ». Journal 1925. C’est vrai que parfois on travaille très bien dans le train, et même on dort très bien, certains on dit que c’était parce qu’on était porté sans responsabilité du mouvement, et que cela nous rappelle inconsciemment le ventre de notre Maman, belle image !

Pierre Dac et l’humour noir, dans ses Pensées :

« Dans les accidents de chemin de fer, c’est toujours le dernier wagon le plus dangereux. C’est pour cette raison qu’on l’a supprimé. »

Général David Sarnoff, 1955, Acutel, 1989 : « Les bateaux, les avions, les locomotives et même les automobiles seront alimentés atomiquement. » !

Définition d’enfant, Le dico fou des écolilers, 2006 : « Le train a été inventé par Louis XIV pour aller plus vite dans son château à Versailles. »

Le podcast de cette émission n'est plus disponible.

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