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24 mai 2020 : En partageant gratuitement la souffrance de notre prochain, nous aidons Jésus à porter sa Croix et contribuons au salut de l’Occident

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Bonjour à tous. Comment faire comprendre à l’Occident, pour qui la vie des pauvres ne vaut rien si elle ne rapporte rien, que se joue peut être là, sur ce dramatique et honteux oubli de la gratuité, non seulement sa survie mais son salut ? Car comme le note le Cardinal Sarah, « un arbre qui n’a pas de racines meurt, et j’ai peur que l’Occident meurt, il y a beaucoup de signes, oui beaucoup de signes » [1] Un des premiers signes de cette mort programmée de l’Occident est peut être justement le remplacement de la culture du don et de la logique de gratuité, qui constituent historiquement l’éthique multi séculaire de la justice sociale en Europe, par une néo-culture du partage des intérêts qui ne s’exerce qu’en échange d’une contrepartie. Une culture dominante certes, mais totalement étrangère aux racines de la civilisation occidentale. Alors que l’occident post chrétien voit s’effondrer les unes après les autres ses certitudes matérielles, morales et spirituelles qui pour beaucoup, sont contraires à l’évangile de la gratuité[2], il me vient cette réflexion que nous sommes entrés , avec cette crise sanitaire mondiale, dans une éclipse de la charité : dans le monde entier, du fait du confinement des pays en voie de développement, les religieuses et les prêtres qui vivent dans les bidonvilles sont obligés de fermer, les uns après les autres, leurs maternelles et leurs écoles, leurs dispensaires et léproseries, maternités et hôpitaux, leurs centres de renutrition, d’aide sociale et de formation professionnelle dédiés à ceux qui justement, ne rapportent rien. Et ce faisant, s’éteignent peu à peu les dernières braises de charité qui rendaient visibles la compassion du Christ pour ceux qui souffrent.

Et bien dans cette nuit de la charité, il faut faire un pas de plus pour saisir qu’en partageant gratuitement la souffrance de notre prochain, nous ne faisons pas que contribuer au salut de l’Occident, mais nous lui révélons le vrai visage du Christ, le serviteur souffrant qui prend le mal sur ses épaules pour vaincre la mort par le seul vrai bien qu’est Dieu lui même. Car comme le notait le Cardinal Ratzinger, Jésus vient ôter notre propre orgueil et souligner « l’arrogance avec laquelle nous croyons ne pas avoir besoin de l’amour éternel, mais avec laquelle nous voulons maîtriser notre vie tout seuls. » [3]

 

Alors en pratique, au plein cœur de cette rébellion sans précédent de l’Occident contre l’évangile de la gratuité, n’oublions pas cette semaine avec le Cardinal Ratzinger que « Chaque fois qu’avec bonté nous allons à la rencontre de celui qui souffre, de celui qui est persécuté et faible, en partageant sa souffrance, nous aidons Jésus à porter sa propre croix. Ainsi nous obtenons le salut et nous pouvons nous-mêmes coopérer au salut du monde. » [4]

 

[1] Cardinal Sarah, interview Charlotte d’Ornellas, 7 novembre 2016

[2] Voyez sur ce sujet certaines des chroniques précédentes publiées sur le site de Radio Notre Dame, et l’étude universitaire rigoureuse que j’en ai faite, « L’évangile de la gratuité » , publiée aux éditions Paroles et Silence en 2017

[3] Cf Méditations et prières du Cardinal Joseph Ratzinger au Colisée, le vendredi saint 2005

[4] Cf Méditations et prières du Cardinal Joseph Ratzinger au Colisée, le vendredi saint 2005

 

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