Osons la gratuité

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17 janvier 2021 : On peut distinguer différents degrés de gratuité en fonction de la joie qu’elle occasionne – partie I

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Bonjour à tous. On peut distinguer différents degrés de gratuité en fonction de la joie qu’elle occasionne. Comment comprendre cela ? Nous avons vu que toutes les formes de gratuité ne se valent pas sur le plan moral, car la bonté d’un acte dépend en fait de sa finalité, de l’intention avec laquelle on pose cet acte, et des circonstances dans lesquelles il est posé. [1]

 

Alors vous me direz : « Peut-on donc parler de vrai et de fausse gratuité ?»  Parlons de degrés de gratuité différents, comme sur une échelle qui permet de s’élever en perfectionnant nos vertus. Le père Matthieu Dauchez, dans son expérience auprès des enfants dans les bidonvilles de Manille, souligne quant à lui trois niveaux de don en fonction de la joie que l’on ressent. [2] Ce sont là trois étapes décisives dans notre progression sur cette échelle de la gratuité. Aujourd’hui, nous abordons le premier degré de gratuité, celui de donner pour avoir. C’est le niveau d’une expérience horizontale entre un bienfaiteur et un bénéficiaire, où la joie que l’on ressent est d’y trouver une contrepartie matérielle ou personnelle. C’est en fait une étape nécessaire et indispensable où l’homme fait la rencontre de lui-même, où chacun doit faire face à la tentation de l’égoïsme et de placer son propre intérêt au-dessus de tout, y compris du sens du devoir, de la compassion pour l’autre. Mais si on reste à ce niveau de gratuité, on devient esclave de la logique marchande, d’un échange : « C’est un niveau égocentrique, parfois égoïste, qui n’a pas fondamentalement besoin des autres, encore moins de Dieu »[3] dit le père Dauchez. Mais vous savez, même depuis ce premier degré, chacun peut percevoir intérieurement une puissante lumière qui vient du haut de l’échelle pour éclairer les ténèbres de ce monde où beaucoup prétendent que la gratuité sans recherche d’intérêt n’existe pas, que toute les formes de gratuité seraient moralement acceptables, et qu’aimer le bien pour le bien serait impossible sur terre. Pour d’autres, la gratuité est réduite à un marché qui permet de gagner de l’argent, de prendre des parts de marché ou d’accroître son pouvoir. Mais finalement, depuis ce premier degré, il reste toujours possible de s’élever en cherchant la vérité sur nous-même et sur ce pauvre qui nous demande l’aumône de notre amour.

 

Alors chers amis, et d’ici à Dimanche prochain, ne nous étonnons pas si on nomme « gratuit » dans le langage courant beaucoup d’actes apparemment bons mais complètement différents.  L’histoire de la charité en occident a été écrite par les saints : ces amis de Dieu ont toujours agi gratuitement envers leur prochain en se donnant eux même de façon désintéressée, par amour du Christ et des pauvres, et non par amour de l’argent et du pouvoir. Ce chemin vertueux existe toujours, il nous fera découvrir Dimanche prochain deux autres degrés de gratuité.

 

[1] Un acte n’est vraiment bon que lorsque sa finalité, le moyen utilisé et l’intention qui le déterminent sont bons. Nous le voyons bien par ailleurs, la joie que l’on retire de faire du bien à son prochain n’est pas la même selon que l’on visait en fait notre intérêt personnel au passage, ou si notre but était l’authentique bien du bénéficiaire.

[2] Cf Saint Matthieu Dauchez, Le prodigieux mystère de la joie, Artège, 2014

[3] Cf Saint Matthieu Dauchez, Le prodigieux mystère de la joie, Artège, 2014, p. 45

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