Mille questions à la foi

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Émission du 8 février 2019 : peut-on s’identifier à Job ?

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Le désespoir de Job, par William Blake (1757-1827).

Sophie de Villeneuve : Job est un personnage de la Bible qui menait une vie intègre, heureuse, prospère. Tout à coup ses troupeaux sont volés, ses serviteurs assassinés, sa fortune envolée, sa famille anéantie. Il tombe malade. Ses amis lui disent qu’il est puni par Dieu parce qu’il a mal agi. Un internaute de croire.com demande si l’on peut facilement s’identifier à ce personnage, bien connu des chrétiens.

C. P. : On dit en effet « pauvre comme Job », mais je ne suis pas sûre qu’il soit si bien connu. Il est très rare qu’on lise le livre de Job pendant la liturgie. En quoi pouvons-nous nous identifier à lui ? Il pose une grande question : Je n’ai pas péché, je suis un homme juste, pourquoi Dieu me punit-il ?

« Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ? » est une question fréquente…

C. P. : En effet, quand une catastrophe nous arrive, nous pouvons nous demander pourquoi Dieu nous envoie une telle épreuve. C’est dans cette interrogation que Job est proche de nous. Cependant, le récit du livre de Job est beaucoup plus complexe. Il a des amis qui viennent le voir pour le consoler. Mais ces amis ont un système de pensée qui pourrait être le nôtre : S’il t’arrive toutes ces catastrophes, c’est sans doute parce que tu as péché. Creuse dans ta mémoire. Job continue à soutenir qu’il est intègre. Si ce n’est toi, disent ses amis, c’est donc ton frère, tes parents, tes grands-parents… Réfléchis. Ses amis défendent ce en quoi l’on croyait à l’époque où ce livre a été rédigé, au Ve siècle avant Jésus-Christ : une théologie rétributive. Dieu donne ou retire, il fait souffrir en fonction du péché. Job refuse cette explication, qui voudrait dire que Dieu est l’ami du mal, qu’il se sert du mal. Son combat, c’est le nôtre.

Ce livre a-t-il marqué un changement de compréhension de Dieu, au Ve siècle ?

C. P. : C’est plus complexe. Il existe un conte oriental qui remonte au début du premier millénaire, qui se transmettait dans les caravanes, qui rapporte déjà l’histoire de Job. Au retour de l’Exil à Babylone, au Ve siècle, un poète a repris ce conte, en a écarté le prologue et l’épilogue, et a intercalé au milieu une série de poèmes qui portent une angoisse et une violence contre Dieu, qui nous font exprimer tous les reproches que nous pouvons faire à Dieu. Ce qui fait du livre de Job un livre très précieux.

Pouvons-nous nous aussi faire des reproches à Dieu ?

C. P. : Oui, il le faut. Le livre de Job nous révèle comme un miroir le fond de notre angoisse, et il faut pouvoir le dire.

Les amis de Job lui demandent de remonter plusieurs générations pour comprendre ce qui lui arrive. Ne faisons-nous pas la même chose aujourd’hui ?

C. P. : Nous ressemblons à Job et aux amis de Job. C’est pourquoi le livre de Job est une catéchèse extraordinaire. Il nous oblige à nous poser la question de Dieu créateur. Au milieu des invectives contre Dieu, Job lance des étincelles de lumière : « C’est parce que tu m’aimes que tu m’as créé », avec des expressions très crues, typiques de l’époque : « Tu m’as fait cailler comme du fromage, et ensuite tu m’as habillé de chair, tu as revêtu mes os de muscles et de chair… » À un moment, Job dit : « Tu me chercheras, et j’aurai cessé d’être. » Ce va-et-vient permanent entre un Dieu qui pour l’instant ne répond pas et Job est absolument magnifique. Et finalement, Dieu va répondre.

Ce livre est très long et difficile à lire, mais à un moment donné, Dieu répond.

C. P. : Oui, et c’est inattendu, en faisant une superbe description de la Création, en particulier des animaux que Dieu a créés. Je rapprocherais volontiers ce livre de l’Apocalypse, d’une autre époque et d’un autre style bien sûr, mais qui nous montre les forces du mal sous la forme d’animaux anormaux, avec des descriptions très précises. On y parle d’animaux qui ont une tête de lion, un corps de cheval, des pattes d’ours, et une queue qui se termine par une tête de serpent mortellement venimeux. Cela, pour nous montrer le caractère anormal du mal. Dans la réponse que Dieu donne à Job, il fait une splendide description du cosmos, de la trajectoire des étoiles, de la formation de la neige et des animaux.

Le livre de Job donne-t-il une explication au mal?

C. P. : Une chose est sûre, c’est qu’à aucun moment dans ce livre la souffrance n’apparaît comme rédemptrice, contrairement au chapitre 53 d’Isaïe qu’on lit le vendredi saint.

 

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