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Émission du 1 février 2019 : Jusqu’où suivre sa conscience ?

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Le mot conscience revient souvent dans la morale chrétienne. « J’ai ma conscience pour moi », « J’ai mauvaise conscience », « J’ai un cas de conscience »… Autant d’expressions qui nous indiquent que la conscience est ce qui nous renseigne sur ce qui est bien et ce qui est mal. Mais est-ce si simple, et jusqu’où suivre sa conscience?

Sophie de Villeneuve : Qu’est-ce que la conscience ?

Sylvain Gasser, prêtre assomptionniste : Le mot conscience vient du latin et signifie « avec science », avec un apport extérieur, une lumière qui nous est donnée. On parle souvent de « conscience éclairée ». Le travail de la conscience n’est pas isolé du monde dans lequel je vis. La conscience a besoin de se nourrir des apports du monde extérieur pour permettre à l’intelligence du cœur, au travail de l’esprit, à la raison, d’émettre un avis, de juger, et de permettre à d’autres d’avancer et de vivre ensemble.

Est-ce bien la conscience qui nous permet de distinguer le bien du mal ?

S. G. : Elle nous permet d’émettre des jugements de valeur sur les actes que nous posons ou que d’autres posent et qui ont une influence sur nos vies. Si quelqu’un décide de voter telle ou telle loi, cela aura des conséquences sur la vie des autres. La conscience travaille en trois étapes que l’on pourrait lier à la parabole du fils prodigue.

D’abord, la conscience témoigne, reconnaît les actes que j’ai commis, comme le fils prodigue qui, quand il est au fond de l’abîme, sait qu’il doit retourner chez son père. Il dit : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi ». Il reconnaît ce qu’il a fait.

Ensuite, la conscience pousse à l’action. Le fils prodigue dit : « Je ne suis plus digne d’être ton fils », il reconnaît les conséquences de ses actes, il sait qu’il doit emprunter de nouveaux chemins.

Enfin, la conscience accuse ou excuse. Elle pousse à émettre un jugement. « Traite-moi comme un de tes esclaves », dit le fils prodigue. Le père agira autrement, et on découvre alors que c’est quelqu’un d’autre qui doit émettre un jugement sur mes propres actes.

Le travail de la conscience demande donc une réflexion importante…

S. G. : Bien sûr. La conscience n’agit pas sur des impulsions, elle est un travail qui demande un temps de recul, un temps d’apport de connaissances, un temps de compréhension de ce qui passe. Or on n’a pas toujours le temps nécessaire pour trouver une réponse à ce qui nous arrive. Prenons le cas des attentats de Charlie et du Bataclan. Après l’attentat contre les journalistes de Charlie Hebdo, tout le monde a réagi, a manifesté, des gens du monde entier sont venus dans les rues de Paris. Onze mois plus tard, on assiste à un carnage épouvantable, qui ne déclenche que la sidération et le silence. Plus personne dans la rue. On s’est rendu compte que tout le monde pouvait être touché par ces attentats et qu’il ne suffisait pas de brandir les valeurs de la liberté ou de la République pour agir contre ce mal endémique qui pourrit nos vies personnelles mais aussi notre vie collective. Il fallait un travail de discernement qui dure encore aujourd’hui pour comprendre ce qui se passe. Nous mesurons aujourd’hui que nos valeurs de paix ou de liberté ont un prix, qu’elles demandent un combat et des moyens pour ce combat.

Il nous arrive aussi d’avoir des cas de conscience personnels… Certains chrétiens par exemple se demandent s’ils doivent toujours faire ce que dit le pape ou l’Église. Peut-on en conscience prendre un autre chemin ? Comment discerner ?

S. G. : C’est une grande question qui se pose parfois au cours d’un procès. Certaines personnes n’ont pas conscience de la limite entre le bien et le mal, ou ne savent pas ce qu’est le mal. Comment alors les condamner si elles n’ont pas conscience d’avoir mal agi ? Elles ne comprendront pas le sens de leur condamnation. Dans le cadre de la foi, la conscience me pousse à reconnaître des choses bonnes et d’autres qui ne sont pas conformes au bien que l’Église recherche au nom du Christ. La conscience chrétienne pousse en effet à rechercher le bien commun qui se révèle dans la parole du Christ, et auquel il nous conduit par sa mort et sa résurrection. Nous avons à éclairer notre conscience à la lumière de cette révélation, et cette lumière doit nous permettre de poser une limite entre le bien et le mal et d’émettre un jugement. Quand j’ai un cas de conscience, j’éclaire ma conscience à la lumière de l’Évangile.

Mais il peut arriver qu’en conscience, une personne puisse décider, pour son propre bien, d’agir en contradiction avec ce que dit l’Église, en divorçant par exemple, ou en décidant d’avorter…

S. G. : Ces personnes doivent suivre leur conscience jusqu’au bout. Si une femme est contrainte d’avorter, quelles qu’en soient les raisons, et si elle a éprouvé sa conscience par rapport à son environnement ou par rapport à la complexité de la situation dans laquelle elle se trouve, elle prendra sa propre décision. Mais il s’agit aussi d’une question collective : comment accompagnons-nous ces femmes en détresse qui sont dans une grande souffrance, et qui sont contraintes à poser des actes que la morale réprouve ? Ces personnes n’ont peut-être pas eu l’éclairage et le soutien nécessaires. Si vous considérez que la situation dans laquelle vous vous trouvez est simple, si vous ne prenez pas en compte la complexité du monde, vous aurez souvent une réponse simpliste. On peut soutenir que l’avortement est un crime, mais que dire devant telle personne dont la situation est compliquée et qui a peu de temps pour prendre une décision ?

Jusqu’où suivre sa conscience ?

S. G. : En tant que chrétien, je répondrais qu’il faut la suivre jusqu’à la lumière de l’Évangile, jusqu’au bout du travail de discernement, pour comprendre ce que le Christ veut de bien pour moi. Et je ne peux pas faire ce travail à la place de quelqu’un d’autre. Je peux l’aider, je peux l’accompagner, lui donner des éléments qui l’aideront à répondre, mais je ne peux pas lui dicter sa décision.

C’est donc en dernier lieu la personne elle-même qui doit décider.

S. G. : En effet, et c’est pourquoi l’Église met en avant la liberté de conscience. La conscience est liée à la liberté.

L’Église tient-elle à cette liberté ?

S. G. : Oui. L’Église n’exerce pas, comme elle pu le faire hélas, un pouvoir tyrannique. Elle garantit la liberté de chacun, tout en disant que cette liberté est ordonnée à la recherche d’un bien qui se fonde dans l’annonce et la parole du Christ mort et ressuscité pour nous.

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