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29 mars 2020 : Dire ou ne pas dire : « Pardonne-moi » – Evangile : la prière et le jeûne – Deux visions de la Mère de Dieu

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CHANTS

« Chants du Grand Carême » par le choeur du monastère de la Sainte Rencontre à Moscou – 2004.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Dire ou ne pas dire : « Pardonne-moi »

« Si tu viens présenter ton offrande à l’autel et que, là, tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse, là, ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; et puis reviens présenter ton offrande. » C’est à cause de ces paroles du Christ qu’aller communier avec de la rancœur envers quelqu’un est déjà un sacrilège. Comme le dit St Césaire d’Arles qui a vécu au VI siècle : « Dans la prière, avant d’aller communier, nous disons : ‘‘Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés’’. Il faut donc se préparer intérieurement à pardonner, car ces paroles, il va falloir les dire ! Peut-être vas-tu les éviter ? Telle est la question : les diras-tu, ces paroles, oui ou non ? Tu détestes ton frère, et tu prononces ‘‘Pardonne-nous comme nous pardonnons’’ ? Regarde le Christ pendu sur la croix ; écoute-le prier : ‘‘Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.’’ Tu diras sans doute : Lui, Il pouvait le faire, pas moi ! Je suis un homme, et lui, Il est Dieu ! Tu ne peux pas imiter le Christ ? Pourquoi alors l’apôtre Pierre a-t-il dit : ‘‘Le Christ a souffert pour vous, il vous a laissé un exemple, afin que vous suiviez ses traces’’ ? Pourquoi l’apôtre Paul a-t-il écrit : ‘‘Soyez les imitateurs de Dieu comme des fils bien-aimés’’ ? Pourquoi le Seigneur lui-même a-t-il dit : ‘‘Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur’’ ? Ah, nous cherchons des excuses, en disant que c’est impossible. Mes frères, poursuit St Césaire, n’accusons pas le Christ de nous avoir donné des commandements trop difficiles, disons plutôt comme le psalmiste : ‘‘Tu es juste, Seigneur, et ton commandement est juste.’’ »

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

4ème dimanche de Carême, st Jean Climaque (Marc 9, 17-32 et Matthieu 4, 25 à 5, 12)

La prière et le jeûne

En ce temps-là, quelqu’un de la foule dit à Jésus : « Maître, je t’ai amené mon fils ; il est possédé d’un esprit muet. Où qu’il le saisisse, il le jette à terre ; mon fils écume, grince des dents et devient sec. J’ai demandé à tes disciples de l’expulser, mais ils n’en ont pas eu la force. » Jésus leur répondit : « Ô génération incroyante et pervertie, jusqu’à quand serai-Je auprès de vous ? Jusqu’à quand aurai-Je à vous supporter ? Apportez-le-moi. » On le lui apporta et, dès qu’il vit Jésus, l’esprit agita l’enfant qui, tombant à terre, s’y roula en écumant. Jésus demanda au père : « Depuis combien de temps cela lui arrive-t-il ? » « Depuis l’enfance, dit-il. Souvent il l’a jeté dans le feu ou dans l’eau pour le faire périr. Mais, si Tu as quelque pouvoir, aide-nous ! Seigneur, miséricorde ! » Jésus lui répondit : « ‘Si Tu as quelque pouvoir’, dis-tu : mais, tout est possible à celui qui croit. » Le père de l’enfant s’écria aussitôt avec larmes : « Je crois ! Aide-moi dans mon incroyance ! » Jésus, voyant s’attrouper la foule, menaça l’esprit impur en lui disant : « Esprit muet et sourd, Je te l’ordonne, sors de lui et n’y rentre plus ! » Après avoir crié et violemment secoué l’enfant, il en sortit ; celui-ci devint comme un cadavre, si bien que beaucoup disaient : « Il est mort. » Mais Jésus s’empara de sa main, le releva, et il se tenait debout. Lorsque Jésus fut rentré à la maison, ses disciples le prirent à part et lui demandèrent : « Pourquoi, nous, n’avons-nous pas pu l’expulser ? » Jésus leur dit : « Cette engeance ne peut être chassée que par la prière et le jeûne. » Puis ils partirent en traversant la Galilée et Jésus ne voulait pas que ce miracle se sût. En effet, Il enseignait ses disciples et leur disait : « Le Fils de l’Homme sera livré aux mains des gens ; ils le mettront à mort et trois jours après avoir été mis à mort Il se relèvera.»

*         *          *

Homélie : L’évangile de ce 4ème dimanche de Carême se rapporte directement au mystère du baptême : la sainte quarantaine en effet est depuis l’origine un temps de préparation des catéchumènes. Ce qui se rapporte d’abord ici au baptême est l’exorcisme. Le Verbe incarné, en venant dans le monde, a vaincu le pouvoir de Satan ; et toute célébration du saint baptême est, pour cette raison, précédée par l’expulsion de la puissance diabolique. Sur le plan ascétique, si important pendant le Carême pour ceux qui sont déjà baptisés et qui aspirent au renouvellement de la grâce baptismale, les diverses pratiques offertes par la Tradition consistent également à exorciser de notre propre vie le pouvoir du Malin : l’abstinence, alimentaire ou sexuelle, le jeûne total plus ou moins long, la demande mutuelle de pardon entre frères, l’aumône et le service des pauvres, la veille, la lecture de la Parole – tout cela tend à nous purifier, non seulement des suggestions diaboliques, mais de l’empire qu’elles ont déjà pris sur nous en inversant les passions naturelles. Le péché est le symptôme d’une créature asservie au Prince de ce monde. L’expérience la plus forte que le croyant puisse faire de l’exorcisme personnel est le repentir : la grâce de Dieu agit en nous par un amour si grand de la volonté divine qu’il produit la haine du péché – tout ce qui nous sépare ou nous a séparés de notre Maître bien-aimé. Ainsi le mystère du baptême se retrouve à plusieurs registres de notre expérience. Mais, dans l’évangile de ce jour, ce mystère est signalé fortement par le charisme de la foi. Au cœur de l’action de purification et de sanctification qu’opère la Seigneur Jésus, il existe la foi humaine, faible ou forte et, d’une  façon qui nous touche par sa sincérité, le grand désir de la foi. Cette aspiration à une foi plus grande est celle des catéchumènes et elle est également celle des baptisés. C’est par excellence la foi qui détruit l’empire du Prince de la mort. Et, précisément, la parole évangélique culmine ici dans la figure et l’annonce de la résurrection. Parce qu’existe la foi, l’homme passe de la mort à la vie par la puissance du Christ. Le Christ Lui-même se présente comme le grand Vainqueur en disant de lui-même : « Trois jours après avoir été mis à mort Il se relèvera ». Croyons en lui ! Voyons combien, de dimanche en dimanche, le saint Carême n’est autre qu’une glorification continuelle de la Résurrection dont la puissance s’accomplit dans le baptême, par la foi, la purification, et le passage de la mort à vie. Notre vie de baptisés trouve en ce temps son renouveau. Le Carême est vraiment une période de jouvence : le saint Esprit y agit continuellement, en synergie avec notre foi et notre sincère volonté de faire celle de Dieu, pour nous consoler en nous révélant l’œuvre passée, actuelle et future, du Verbe, par cet amour pour les hommes qui a sa source première dans la personne du Père. À lui la gloire dans tous les siècles !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Deux visions de la Mère de Dieu

Voici deux visions assez terribles de la Mère de Dieu que nous rapporte Jean Moschos. Ecoutez bien :

« A Héliopolis, en Phénicie, il y avait un acteur qui s’appelait Gaïanos. Sa spécialité au théâtre était de blasphémer contre la sainte Mère de Dieu. Et voilà que la Mère de Dieu lui apparaît en songe : ‘‘Quel mal t’ai-je fait, lui dit-elle, pour que tu me railles et que tu me blasphèmes devant tant de monde ?’’ A son réveil, au lieu de se corriger, Gaïanos se met à la blasphémer davantage.   Elle lui apparaît encore deux fois en songe, répétant les mêmes paroles et le mettant en garde.  Mais lui n’en a cure et poursuit ses blasphèmes devant son public. Et voilà qu’un jour, pendant qu’il faisait sa sieste à midi, elle lui apparaît sans rien dire. Avec un doigt, elle se contente de tracer une ligne sur ses mains et ses pieds. A son réveil, Gaïanos constate que ses bras et ses jambes sont coupés, il est devenu un tronc ! Le malheureux appelle et se confesse devant tout le monde, rendant grâce à Dieu pour sa clémence… »

Et voici le second récit que Jean Moschos tenait du prêtre trésorier de l’église de la Sainte Résurrection du Christ : « La femme du patricien Germanos s’appelait Cosmiana. Elle appartenait à l’hérésie de Sévère l’Acéphale. La nuit du Saint Dimanche, elle voulut aller vénérer seule le Saint Tombeau source de vie de Notre Seigneur. Mais, au moment où elle arrive près de l’église, la sainte Mère de Dieu vient à sa rencontre dans une vision, avec d’autres femmes, et lui dit : ‘‘Puisque tu n’es pas des nôtres, tu ne peux pas entrer ici, tu n’as rien à voir avec nous.’’Cosmiana demande à plusieurs reprises le droit d’entrer, mais la sainte Mère de Dieu lui répond : ‘‘Crois-moi femme, tu n’entreras pas ici tant que tu ne communieras pas avec nous.’’ Comprenant que le fait d’être hérétique lui interdisait l’entrée du Saint Sépulcre, Cosmiana envoie chercher le diacre. Quand le Saint Calice est arrivé, elle communie aux saints Corps et Sang de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ.  Et la Sainte Mère de Dieu ne lui fit plus obstacle : elle fut jugée digne d’entrer vénérer le Saint Sépulcre source de vie de Notre Seigneur Jésus Christ. »

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