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28 mars 2021 : « Avant qu’Abraham fut, JE SUIS. » – Evangile de la guérison du paralytique et du Bon Pasteur – La supplication d’une veuve et la colère d’un paysan

Victor

CHANTS

« Anthologie des sanctuaires du nord de la Russie – Chants du monastère Solovki volume 1 (Anthology Orthodox of the Russian North – The Solovki Monastery part 1) » par le Choeur des moines de Valaam, sous la direction d’Igor Ushakov – RCD 1995

INTRODUCTION  de Victor Loupan

« Avant qu’Abraham fut, JE SUIS. »

Nous avons vu la semaine dernière le paradoxe étonnant qui confronte les disciples de Jésus et ses opposants. Témoins des mêmes miracles, auditeurs des mêmes enseignements, leurs actions sont diamétralement opposées. Les uns ont propagé le christianisme au péril de leur vie, les autres ont crucifié le Christ et persécuté ses disciples. Pour St Grégoire le Grand, c’est l’épisode de la joie d’Abraham qui en est la cause. Vous vous souvenez, quand Jésus leur dit : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort », les Juifs s’offusquent. Et Jésus ajoute : « Abraham, votre père, a tressailli de joie à la pensée de voir mon jour. »
– « Tu n’as pas encore cinquante ans, et tu as vu Abraham ? » s’exclament les Juifs. Mais Jésus conclut : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fut, JE SUIS. » ‘‘JE SUIS’’, c’est le nom de Dieu qu’il est même interdit aux Juifs de prononcer. C’est là que se noue le rejet. D’ailleurs ils se saisissent de pierres pour lapider Jésus qui se cache, car son heure n’est pas encore venue. « Notre Rédempteur, dit St Grégoire, leur fait contempler sa divinité, en déclarant : « Avant qu’Abraham fut, JE SUIS. » Il parle d’Abraham au passé et de Lui-même au présent. Abraham a eu un avant et un après ; il est venu en ce monde…et il l’a quitté, emporté par la course de sa vie. Mais il appartient à la Vérité d’exister toujours, en dehors du temps. Pour ces incroyants, ces paroles d’éternité sont insupportables. Et ils courent ramasser des pierres pour lapider Celui qu’ils ne peuvent pas comprendre… » Et c’est ce que continuent à faire les incroyants d’aujourd’hui…

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

La guérison du paralytique et le Bon Pasteur (Marc 2, 1-12 et  Jean 10, 9-16)

En ce temps-là, Jésus rentra à Capharnaüm quelques jours après la guérison d’un lépreux. On apprit qu’Il était chez lui, et l’on s’y rassembla en si grand nombre qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte ; et Jésus leur disait la Parole. On vint lui amener un paralytique porté par quatre hommes ; comme ceux-ci ne pouvaient pas le lui présenter à cause de la foule, ils découvrirent le toit au-dessus de l’endroit où se trouvait Jésus, firent une ouverture et descendirent le grabat où gisait le paralytique. Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique : « Mon fils, tes péchés te sont remis. » Or il y avait là, assis, quelques scribes, et ils pensaient en leur cœur : « Comment celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème ! Qui a le pouvoir de remettre les péchés, si ce n’est Dieu ? » Connaissant aussitôt en Esprit ce qu’ils disaient en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi une telle pensée dans vos cœurs ? Qu’est-ce qui est le plus facile, dire au paralytique « tes péchés te sont remis » ou dire « lève-toi et marche » ? Afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a le pouvoir sur terre de remettre les péchés, Je te le dis, dit-Il au paralytique : Lève-toi, prends ton grabat et rentre chez toi ! » Celui-ci se leva et, aussitôt, prenant son grabat, il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient stupéfaits, louaient Dieu et disaient : « Jamais nous n’avons vu quelque chose de semblable ! »

En ce temps-là, Jésus dit : « Moi, Je suis la Porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il ira et viendra et trouvera pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr. Moi, Je suis le bon pasteur ; le bon berger offre sa vie pour les brebis. Le mercenaire, qui n’est pas le berger, à qui n’appartiennent pas les brebis, dès qu’il voit venir le loup, abandonne les brebis et s’enfuit, et le loup les attrape et les disperse. Le mercenaire s’enfuit parce qu’il est mercenaire et n’a pas souci des brebis. Moi, Je suis Le Pasteur, le bon, et Je connais les miens et les miens me connaissent, comme le Père me connaît et que, Moi, Je connais le Père ; et J’offre ma vie pour les brebis. Mais J’ai d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là, il faut que Je les conduise : elles écouteront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul berger. »

*          *           *

Homélie : Les deux passages du saint Évangile que nous venons d’entendre manifestent la présence personnelle du Fils unique et Verbe de Dieu dans son Église. Cette présence est particulièrement gratifiante en ce temps de Carême. Nous cheminons vers Pâques, quelquefois laborieusement, menacés par le découragement, la paresse ou la distraction. Mais le Christ présent parmi nous s’adresse à nous. Il est Celui qui, au milieu de son Israël saint, son peuple choisi, dit Je. Dans toute la Bible, Dieu est celui qui dit Je ! Il le dit de façon éminente à Moïse dans le buisson du désert ; et Il le dit aujourd’hui à nous, que nous soyons catéchumènes, comme c’est le cas si fréquemment en ce temps béni, ou que, déjà baptisés, nous soyons en situation de renouvellement de la grâce de notre immersion. Le Christ se montre comme le Sujet suprême de son monde, de sa Création et de son Église : « tes péchés sont remis ! » ; « Je te le dis : lève-toi ! ». Et c’est bien parce qu’Il parle comme Sujet suprême qu’Il peut se dire le Pasteur suprême : « Je suis la Porte ! Je suis le Pasteur, le bon ! » Sur un certain plan, celui de la chronologie et de l’anamnèse, nous nous dirigeons vers Jérusalem, vers Gethsémani, le Golgotha et le tombeau du Jardin des oliviers ; et, sur un autre plan, celui de l’accomplissement, dans chaque célébration eucharistique, nous rencontrons le Christ ressuscité, nous l’entendons nous parler, nous le voyons nous voir, et nous le contemplons à la tête de son corps, l’Israël-Église dont nous sommes les membres. Le Pasteur, et le bon, conduit ses brebis en leur parlant : « Je suis ! Je suis ! Je suis ! », leur dit-Il, comme Il le dit à Moïse, cet autre pasteur de brebis et de chèvres dans le désert, qui le préfigure. « Je-suis ! » – c’est son Nom – est à la Tête du Corps, pour pardonner, pour libérer, pour relever, pour guider, pour initier en mystagogue, au banquet de son amour et de sa sagesse. Il nous conduit vers l’amour du Père dont Il est la voix pleine d’amour : « mon fils ! » Est-ce que ce n’est pas magnifique d’être appelé ainsi par Dieu ? Est-ce que ce n’est pas déjà la fête, que Celui qui « connaît le Père » nous fasse entendre sa voix ? Nous sommes déjà dans la familiarité du Père ! Nous goûtons déjà à la saveur du banquet préparé pour nous par le Père, celui où le Fils en personne s’offre et se distribue en sacrifice et en aliment divino-humain à ses invités : Heureux ceux pour qui le Fils et Pasteur offre sa vie par amour !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

La supplication d’une veuve et la colère d’un paysan

Voici deux récits, très différents, rapportés par Jean Moschos. Le premier est fort étonnant, écoutez bien :

« Lors d’un séjour à Alexandrie, raconte l’abba témoin de cette scène étrange, j’entre dans un martyrium pour prier. [Un martyrium est le tombeau d’un ou plusieurs martyrs.] Je vois une amie du Christ, vêtue comme une veuve et accompagnée de garçons et de filles. Elle s’adresse au saint martyr en tenant fortement les barreaux : ‘‘Tu mas abandonnée, Seigneur ! Aie pitié de moi, Maître de clémence !’’  Ses lamentations et ses pleurs sont tels que j’abandonne ma prière. Je suis extrêmement affecté par les larmes et les plaintes de cette malheureuse. Dans un premier temps, je pense qu’elle est veuve et accablée par quelqu’un. Comme je connais le lieutenant de l’augustale, j’attends la fin de sa prière pour lui offrir mon aide. Quand elle se tait, je fais signe à un de ses serviteurs : ‘‘Appelle-moi ta maîtresse.’’ La femme vient vers moi, et je lui dis ce que j’ai pensé. Elle se remet aussitôt à crier, en pleurant et en disant : ‘‘Ne sais-tu pas ce qui marrive Père ? Dieu ma abandonnée ! Il ne ma pas visitée ! Ca fait trois ans aujourdhui que je nai pas été malade ! Ni aucun de mes enfants ! Ni un serviteur, ni aucune personne de ma maison ! Je crois que Dieu sest détourné de moi, à cause de mes péchés. Voilà pourquoi je pleure ! Pour que Dieu ait pitié de moi et me visite sans tarder !’’ Admirant cette âme pleine de sagesse, conclut le Père, je priai pour elle et me retirai en glorifiant Dieu. »

Eh oui, les chrétiens des premiers siècles, nourris spirituellement par les ascètes du désert, étaient d’une autre trempe que nous !

Voici le second récit. C’est l’higoumène du monastère d’abba Constantin qui l’a raconté à Jean Moschos :

« Nous étions quelques moines à voyager avec un saint abba. Voilà que nous perdons notre chemin et, sans le vouloir, sans même savoir où nous allons, nous nous retrouvons au milieu de champs semés et piétinons quelques plantes. Dès qu’il nous aperçoit, un paysan qui travaillait dans un des champs, nous dit avec colère : ‘‘Vous êtes des moines ? Et vous craignez Dieu ? ! Si vous aviez la crainte de Dieu devant les yeux, vous ne feriez pas ça !’’ Le saint abba nous ordonne de nous taire et dit au paysan : ‘‘Tu as raison, mon fils, car si nous avions peur de Dieu, nous naurions pas fait ça.’’ Mais dans sa colère, le paysan continue à nous invectiver. L’ancien reprend : ‘‘Tu dis vrai, mon fils. Si nous étions de vrais moines, nous naurions pas fait ça. Mais, par le Seigneur, pardonne-nous.’’ Le paysan se tait, stupéfait. Et tout à coup, il se jette aux pieds de notre saint abba en suppliant : ‘‘Jai péché, pardonne-moi ! Et, par le Seigneur, prenez-moi avec vous.’’ Le paysan nous suivit et, arrivé au monastère, il prit l’habit. »

Commentaires

  1. Bonjour Victor, encore une louange pour votre émission d’aujourd’hui!
    Mais expliquez moi SVP en quoi l’état de maladie est considéré comme un état de grâce par la pauvre veuve ?
    Merci d’avance FAA

  2. Chère Madame,
    La maladie est une épreuve. Or le sens des épreuves est de nous rapprocher de Dieu. Certains pères du désert demandaient explicitement des épreuves à Dieu, dans ce but. La tentation, tout comme la maladie est une épreuve, qui nous incite à rejeter Dieu soit en succombant au vice, soit en Le maudissant pour le mal qui règne dans le monde. Mais Notre Seigneur nous a montré au désert, ainsi qu’à Gethsemani et au Golgota comment affronter l’épreuve en nous appuyant sur Lui et sa Parole. Nous savons bien que c’est dans l’épreuve que notre capacité de nous dévouer parvient à supplanter notre égoïsme… C’est alors que le Royaume arrive déjà ici-bas et que la vie triomple de la mort. Je vous recommande tout particulièrement les chroniques de Bertrand Vergely des prochaines semaines, elles approfondissent ce thème.
    Bien à vous,
    V. L.

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