• Spiritualité
Dimanche à 8h33 331 podcasts

Les ouvriers de la Vigne – Evangile du Jugement dernier – Pèlerin russe : l’apparition du starets défunt

27.02.22
Voir +

Réécouter l'émission

Les ouvriers de la Vigne – Evangile du Jugement dernier – Pèlerin russe : l’apparition...

Lumière de l'Orthodoxie 00h03

CHANTS

« La Liturgie de St Jean Chrysostome » par Sir John Tavener, par Europa Singers, sous la direction Clive Wearing – Ikon Records – 2000

Nous recommandons la série télévisée « The Chosen ». Pour se procurer le DVD, cliquez ici.

INTRODUCTION  de Cécile Loupan

Les ouvriers de la Vigne

Une vieille dame qui avait perdu la foi depuis de nombreuses décennies me disait : « La seule chose qui pourrait me faire croire en Dieu, c’est le sentiment de justice qui habite tous les hommes, alors que RIEN sur terre ne justifie un tel sentiment. » Elle-même, jouissant d’une fort bonne santé, regardait ses amies très décrépies avec un sentiment de honte devant une injustice aussi flagrante. Oui, la justice est sans doute le besoin qui nous fait le plus souvent sortir de notre apathie. Mais, avant d’aller plus loin, il faut se poser la question de Koestler (si je me souviens bien) à Sartre parlant du prolétariat : « Précisez, s’il vous plaît. »  C’est LA question par excellence ! Qu’entend-on par justice ? Ou plus précisément quelle est la place de la justice dans notre rapport à Dieu. Dans l’Ancien Testament, on ne parle pas de saints, mais de justes. Joseph, époux de Marie, jointure entre les deux Testaments est qualifié de « juste ». Est juste celui qui adhère parfaitement au dessein de Dieu sur lui. Or ce dessein peut paraître très injuste. Marthe se rebelle en voyant sa sœur lui laisser tout le boulot. De même le frère aîné du fils prodigue. Et tant d’autres ! La cohorte des gens outrés devant l’injustice est composée à peu près de toute de l’humanité. Souvenons-nous du succès inouï, en 2010, du livre de Stéphane Hessel « Indignez-vous ! ». Mais la sagesse de Dieu est folie pour les hommes, nous dit St Paul. Et avec la parabole des ouvriers de la onzième heure qui reçoivent le même salaire que ceux qui ont travaillé toute la journée, Jésus enfonce le clou définitivement : « Ton œil sera-t-il mauvais parce que, moi, je suis bon ? » conclut Notre Seigneur. Oui, nous devons revoir notre sentiment de la justice à l’aune de St Joseph dans l’obéissance sereine à la volonté de Dieu.

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Le Jugement dernier (Matthieu 25, 31-46)

En ce temps-là Jésus dit : « Lorsque le Fils de l’Homme viendra dans sa gloire, escorté de tous les anges, alors Il siégera sur le trône de sa gloire, et seront rassemblées devant lui toutes les nations. Alors Il mettra à part les uns des autres, comme le pasteur met à part les agneaux des chevreaux ; et Il placera les agneaux à sa droite et les chevreaux à sa gauche. Puis le roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car J’ai eu faim et vous m’avez nourri ; J’ai eu soif et vous m’avez désaltéré ; J’étais étranger et vous m’avez recueilli ; nu et vous m’avez vêtu ; J’étais malade et vous m’avez rendu visite ; J’étais en prison et vous êtes venus me voir.’ Alors les justes lui répondront et lui diront : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et t’avons-nous nourri, ou avoir soif et t’avons-nous désaltéré ? Quand t’avons-nous vu étranger et recueilli, ou nu et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous venus te voir ?’ Le roi leur dira en réponse : ‘Amen, Je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’ Puis Il dira à ceux qui sont à gauche : ‘Allez loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car J’ai eu faim et vous ne m’avez pas nourri ; J’ai eu soif et vous ne m’avez pas désaltéré ; J’étais étranger et vous ne m’avez pas recueilli ; nu et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison et vous ne m’avez pas rendu visite.’ Et eux aussi répondront : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim ou soif, être étranger, ou nu, ou malade, ou en prison et ne t’avons-nous pas assisté ?’ Alors Il leur dira en réponse : ‘Amen, Je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’ Et ils s’en iront, eux vers le châtiment éternel, mais les justes vers la vie éternelle. »

*          *           *

Homélie : Après les dimanches annonçant sur tous les tons la miséricorde divine, chez Zachée, près de la Cananéenne, auprès des paires paradoxales du pharisien et du publicain, de l’idolâtre et de l’orthodoxe, l’évangile de ce jour résonne de façon effrayante. Qu’est devenu ce Père, ce dieu miséricordieux, si bon, si patient, aimant chacun pour lui-même, exempt de jugement, loin de toute image de père fouettard et de dieu punisseur ? Avouons-le : il y a de quoi désorienter les meilleures volontés ! Il y a de quoi justifier la répulsion pour le christianisme de tant de personnes heurtées à jamais par certains passages où les pécheurs sont condamnés. Qu’allons-nous dire à ceux qui commençaient à s’approcher parce que nous leur avions prêché un christianisme de miséricorde ? Quel argument trouver pour ceux qui pensent ou qui croient que tous seront sauvés ? Mais, en même temps, que répondrons-nous à ceux que scandalisent un pardon proposé aux assassins, aux violeurs, aux fauteurs de génocides et de crimes contre l’humanité ? Pardonner à Hitler, à Staline ? – jamais !, disait une dame interrogée à la radio. « J’ai toute liberté », dit pourtant l’Apôtre, oui, mais écoute l’évangile de ce jour ! En écoutant bien la Parole, il semble que ce soit assez clair. La miséricorde paternelle est sans limite, rien ne la borne, rien de la fatigue. Mais, de notre côté se trouvent les limites : l’impénitence et l’orgueil de l’un, la revendication d’un autre, la dureté de cœur et l’inhumanité de tant d’entre nous les hommes, constituent autant d’impasses. L’homme, par sa propre attitude intérieure ou extérieure, peut se rendre imperméable à toute miséricorde et à tout amour, infinis pourtant. Le péché met une borne à ce qui n’en a pas. Le péché fabrique un enfer pour l’impénitent. La miséricorde n’est pas n’importe quoi ; la liberté n’est pas n’importe quoi. Nous voudrions que tous soient sauvés. Dieu nous répond avec miséricorde que tous peuvent être sauvés. Et, dans la page eschatologique de ce jour, Il nous dit que sa miséricorde éternelle est une extrême responsabilisation, un appel à être, nous aussi, miséricordieux, si nous voulons jouir de sa miséricorde. Ce n’est pas un calcul : la réalité est que le miséricordieux a un cœur ouvert non seulement aux hommes mais à Dieu lui-même. L’évangile de ce jour est un magnifique appel à communier à la miséricorde divine par toute notre vie, par nos actes et nos pensées. Notre vie ecclésiale et sociale, notre vie personnelle, ne sont pas inconséquentes. Dieu prend les hommes pour des adultes et Il les invite à vivre à son image et pour lui ressembler, Lui le Miséricordieux !

SAGESSE DES PERES par Cécile Loupan

Pèlerin russe : l’apparition du starets défunt

Grâce à la Philocalie, le Pèlerin russe a expliqué au garde forestier ascète que la crainte de l’enfer et le désir d’une récompense céleste sont des attitudes d’esclave et de mercenaire. Seule la présence de Dieu sans cesse dans notre esprit et la prière de Jésus répétée sans fin dans notre cœur peuvent nous libérer des pensées mauvaises et des tentations pécheresses. Le Pèlerin se retire ensuite dans la vieille cabane à moitié démolie, heureux comme un roi. Il relit toute la Philocalie, pénétré de la sainteté et de la profondeur de ce livre. Mais tant de sujets y sont traités qu’il n’arrive pas, comme il le voudrait, à se concentrer seulement sur la prière perpétuelle. Voici la suite, écoutez bien :

« Je veux vraiment me concentrer sur la prière spontanée et perpétuelle à l’intérieur du cœur, raconte le pèlerin russe. Comme l’a dit St Paul aux Corinthiens : ‘‘Cherchez les dons les plus parfaits.’’ Mais j’ai beau réfléchir, je ne sais que faire. La Philocalie est trop touffue pour moi. Je n’ai pas assez d’intelligence ni de compréhension, et je n’ai personne pour m’aider. Bon, je m’en vais ennuyer le Seigneur à force de prières et peut-être voudra-t-il éclairer mon esprit ! Je passe la journée à prier sans m’arrêter un instant. Le soir, mes pensées s’apaisent, je m’endors. Et voilà qu’en songe je me vois dans la cellule de mon défunt starets. Et il m’explique la Philocalie en disant : ‘‘Ce saint livre est rempli dune grande sagesse. Cest un trésor mystérieux denseignements sur les desseins secrets de Dieu. Il nest pas accessible en tout endroit et à quiconque. Mais il contient des maximes à la mesure de chacun : profondes pour les esprits profonds, et simples pour les esprits simples. Cest pourquoi, vous, les gens simples, vous ne devez pas lire les livres des Pères à la suite, comme ils sont placés ici, dans un ordre qui convient aux théologiens. Pour les gens simples, voici les chapitres quil faut lire.’’ Et mon starets énumère les textes où se trouve l’enseignement complet de la prière intérieure du cœur. ‘‘Et, si tu veux un texte encore plus compréhensible, ajoute-t-il, prends dans la quatrième partie, le modèle abrégé de prière de Calliste patriarche de Constantinople.’’ Je cherche dans la Philocalie sans le trouver. Mon starets tourne alors les pages : ‘‘Le voilà, je vais te le marquer !’’ Et ramassant un charbon par terre, il fait un trait sur le côté de la page face au passage indiqué. J’écoute attentivement les paroles de mon starets pour les fixer dans ma mémoire avec fermeté et en détail. Puis je réveille. Comme il ne fait pas encore jour, je reste étendu me remémorant mon songe. Dieu seul sait si c’est l’âme de mon starets qui m’apparaît ou si ce sont mes propres idées qui prennent cette forme. Tout à coup, je me lève. La lumière du jour commence à pénétrer dans la cabane et je vois, sur la pierre qui me sert de table, la Philocalie ouverte à la page indiquée par le starets et marquée d’un trait de charbon, exactement comme dans mon rêve. Et le charbon lui-même est encore à côté du livre ! Je me rappelle soudain que le livre n’était pas sur la pierre, la veille. Je l’avais placé, fermé, à côté de moi avant de m’endormir et je sais bien qu’il n’y avait aucune marque dans le livre puisque je venais de relire entièrement. »

Nous verrons la fois prochaine l’effet de ce petit miracle sur le Pèlerin russe.

Réagir à l'émission