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25 mars 2018 : L’ascèse du silence – Evangile de l’annonce de la Passion et Annonciation – Le silence du soldat Jean

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CHANTS

« Chants du Grand Carême » par le choeur de moines de la Laure  de la Sainte Dormition de Potchaïev – Editions de la Laure  de Potchaïev – 2012

INTRODUCTION de Victor Loupan

L’ascèse du silence

« Grand est l’homme qui s’est habitué à n’être plus qu’à l’intérieur de son âme, s’émerveille St Isaac le Syrien. Si tu mets, sur le plateau d’une balance, toutes les œuvres de la vie monastique, et, sur l’autre plateau, le silence, tu verras que celui-ci pèse plus lourd. » [fin de citation] Quel prix saint Isaac donne au silence ! Et quelle leçon pour nous ! Le but du Grand Carême est de nous rapprocher de Dieu, le silence doit nous y aider. Comme le dit Maurice Zundel : « Toute notre existence est comprise dans cette alternative : je suis en moi ou je suis en Dieu. C’est l’un ou l’autre. Quand je cesse de me rencontrer, c’est que Dieu est présent. Quand je ne me vois plus, c’est que je regarde Dieu. Quand je ne m’entends plus, c’est que j’écoute Dieu. Quand le silence total s’établit en moi, la Présence divine remplit l’espace engendré par le retrait du moi. »

Eh oui, le silence est une ascèse. Et l’ascèse est un moyen. L’ascèse nous aide à nous débarrasser de tout ce qui nous alourdit, de tout ce qui paralyse notre vie spirituelle, de tout ce qui entrave notre prière. C’est dans le silence qu’on s’aperçoit que le bavardage ne fait que dilapider les trésors de l’âme. Comme disait le pseudo-Denys l’Aéropagite : « Face à Dieu, face à cette réalité qui est au-delà de tout, face au mystère, nous sommes conduits à cette ténèbre lumineuse du silence qui emplit de splendeur les intelligences qui savent fermer les yeux. »

Parler du silence à la radio est une gageure, mais c’est possible sur Radio Notre Dame !

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

 5ème dimanche de Carême  (Mc 10, 32-45) et Annonciation (Luc 1, 26-38)

En ce temps-là, les disciples étaient en route montant vers Jérusalem et Jésus les conduisait, et ils étaient remplis de stupeur, et ceux qui suivaient avaient peur ; Jésus prit de nouveau à part les Douze, et commença à leur dire ce qui allait lui arriver : « Voici que nous montons vers Jérusalem et le Fils de l’Homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux nations : celles-ci se moqueront de lui, elles lui cracheront dessus, elles le feront fouetter et mettre à mort et, après trois jours, Il ressuscitera. » Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchèrent de lui et lui dirent : « Maître, nous voulons que Tu fasses pour nous ce que nous allons te demander. » Jésus leur dit : « Que voulez-vous que Je fasse, Moi, pour vous ? » Ils lui dirent : « Accorde-nous de siéger dans ta gloire, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche. » Mais Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez ; pouvez-vous boire la coupe que Je bois ou être baptisés du baptême dont Je suis baptisé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que Je bois, vous la boirez et le baptême dont Je suis baptisé, vous en serez baptisés. Mais siéger à ma droite ou à ma gauche, cela ne m’appartient pas de l’accorder ; c’est à ceux pour qui c’est préparé. » Les dix entendirent et commencèrent à s’irriter contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous savez que ceux qui passent pour chefs des nations les tiennent sous leur pouvoir et que les puissants d’entre elles disposent d’elles. Il n’en est pas ainsi parmi vous : que celui qui veut devenir grand parmi vous soit votre serviteur, et que celui qui veut être le premier parmi vous soit l’esclave de tous. Car le Fils de l’Homme est venu, non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

*          *          *

Homélie : il est aujourd’hui une occurrence providentielle. Nous célébrons la divine incarnation du Fils de Dieu dans l’annonce angélique faite à la Mère de Dieu ; et ce cinquième dimanche de Carême est dédié à une grande pénitente, sainte Marie l’Égyptienne. Quel peut bien être le message divin en ce jour ? Que signifie cette rencontre du Dieu-Homme, de sa Mère très pure et de la débauchée convertie ? L’antithèse des deux Marie est impressionnante. Nous savons, par la vie de la Pénitente, qu’elle fut sauvée par la Mère de Dieu, à qui elle avait adressé cette prière : « Vierge Souveraine qui as enfanté Dieu dans la chair, je sais que ne devrais pas regarder ton icône, toi qui es pure d’âme et de corps, car, débauchée que je suis, je dois t’inspirer le dégoût. Mais, puisque le Dieu né de toi est devenu homme pour appeler les pécheurs au repentir, viens à mon aide ! Permets-moi d’entrer dans l’église pour me prosterner devant sa Croix ». La place de la Mère de Dieu au sein du Carême est centrale. Comme Marie l’Égyptienne, nous osons nous approcher d’elle et nous attendons d’elle l’accès à son Fils et son Dieu, l’accès au Salut par la Croix miséricordieuse. Le miracle accompli en ce jour dans le sein de la Vierge modifie complètement les paramètres de la condition humaine. Au lieu de passer sa vie loin de Dieu, plus ou moins asservi à des illusions, englué dans des habitudes mortifères et asservi aux passions, l’homme, comme la Pénitente, peut s’approcher de son Prototype, le Verbe, à l’image duquel il a été créé. Or il va vers le Sauveur grâce à Marie sa Mère très pure, celle qui, sur l’icône, le désigne comme la Voie. Marie nous montre Jésus Christ, son Fils et son Dieu. Elle est celle qui Le connaît le mieux parce qu’elle a accepté qu’Il fût humainement conçu en elle. Le tropaire de l’Annonciation le dit : « Aujourd’hui, c’est l’aurore de notre Salut, où se manifeste le mystère éternel : le Fils de Dieu devient le Fils de la Vierge ! » Oui, aujourd’hui, tout commence pour l’humanité et pour l’entière Création. Aujourd’hui, le Verbe se fait chair pour habiter parmi nous et pour que nous voyions sa gloire. Grâce à Marie qui s’est librement gardée de tout péché, nous pouvons, nous aussi, comme Marie, cette « fille prodigue », qui librement s’adonna d’abord au péché, puis librement revint vers le Christ, être purifiés, affranchis et conduits à une vraie expérience de repentir et de lumière. « Passe le Jourdain », dit Marie à Marie, « tu trouveras le repos » : rejoins l’eau et la grâce de ton baptême, entre dans le désert du silence et de la retraite du carême, et tu retrouveras la liberté de l’Esprit dont tu fus oint ! Les deux Marie, la vierge rendue mère par l’Incarnation, et la débauchée rendue vierge par cette même purification de la chair et par son repentir, nous accompagnent, l’une à notre gauche, l’autre à notre droite, vers la Pâque du Fils de Dieu et Fils de l’Homme, en prophétesses de la Résurrection !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le silence du soldat Jean

« Il y avait à Alexandrie un soldat nommé Jean, qui menait une vie très particulière. Toute la journée, de l’aurore à la neuvième heure [c’est-à-dire quinze heures pour nous, l’heure de la mort du Christ] le soldat Jean restait assis dans son monastère, près de l’escalier de l’église Saint-Pierre, seul. Il portait un manteau rugueux, il tressait des paniers d’osier et gardait le silence. Il ne disait jamais le moindre mot à personne. Il restait assis, occupé à son travail manuel. Puis il chantait ce verset du psaume 18 : ‘‘Seigneur, purifie-moi des fautes cachées, afin que je n’aie pas honte de t’adresser ma prière.’’ Après avoir chanté ce verset, il se taisait une heure durant. Puis, au bout d’une heure, il le chantait de nouveau : ‘‘Seigneur, purifie-moi des fautes cachées, afin que je n’aie pas honte de t’adresser ma prière.’’ Et sept fois ainsi au cours de la journée, il lançait sa supplication, sans prononcer un seul autre mot. A la neuvième heure, ayant une dernière fois adressé sa supplique au Ciel, il retirait son manteau rugueux et revêtait son uniforme militaire pour regagner son bataillon. Je suis resté avec lui pendant huit ans, conclut abba Palladios, et j’ai été grandement édifié par son silence et par sa conduite. »

Cette histoire fait écho à ce dont nous avons parlé en début d’émission. Elle nous montre non seulement l’importance du silence dans la vie spirituelle, mais aussi qu’il n’est pas réservé aux moines. Nous pouvons tous le pratiquer, plus ou moins, quel que soit notre état de vie.

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