Lumière de l'Orthodoxie

Podcasts

24 mars 2019 : La persévérance, vertu cardinale du Carême – Évangile du paralytique – Deux moines aux prises avec des malfaiteurs

20161102_124322

CHANTS

« Calvaire russe – 1ère partie – Dédié aux nouveaux martyrs de la foi » par le choeur de Valaam – RCD 1994.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

La persévérance, vertu cardinale du Carême

La persévérance est sans doute la vertu principale à exercer pendant le Grand Carême. C’est d’elle que découlent toutes les autres : la tempérance alimentaire, la patience envers autrui, la constance dans la prière, le renoncement de l’aumône. Comment tenir tous ces engagements dans la durée, sans la persévérance ? Car il ne s’agit pas de tenir un jour, mais quarante ! Ou plus exactement quarante-six avec la Semaine Sainte…

Ecoutons St Jean Chrysostome nous parler de la persévérance :

« Je n’ai pas persuadé mon auditeur aujourd’hui ? dit St Jean Bouche d’or. Mais peut-être le ferai-je demain, ou dans quelque temps. Le pêcheur qui a inutilement jeté ses filets pendant un jour entier prend quelquefois, au moment de partir, le poisson qu’il n’avait pas pu prendre pendant le jour. Le laboureur continue de cultiver ses terres, même s’il n’a pas eu de bonne récolte pendant plusieurs années, et à la fin, une seule année répare souvent et abondamment toutes les pertes antérieures. Dieu ne nous demande pas de réussir, mais de travailler. Le Christ savait bien que Judas ne se convertirait pas et pourtant jusqu’à la fin il essaya de le convertir, en lui reprochant sa faute dans les termes les plus touchants : ‘‘Ami, pourquoi es-tu venu ?’’ Ainsi le Christ a travaillé, jusqu’à la fin, à la conversion d’un homme désespéré. » Eh oui, chers frères et sœurs en Christ, la persévérance est ce que Dieu attend de nous, quand Jésus nous dit de tambouriner à la porte, sans relâche.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Évangile du paralytique (Marc 2, 1-12)

En ce temps-là, Jésus rentra à Capharnaüm quelques jours après la guérison d’un lépreux. On apprit qu’Il était chez lui, et l’on s’y rassembla en si grand nombre qu’il n’y avait plus de place, même devant la porte ; et Jésus leur disait la Parole. On vint lui amener un paralytique porté par quatre hommes ; comme ceux-ci ne pouvaient pas le lui présenter à cause de la foule, ils découvrirent le toit au-dessus de l’endroit où se trouvait Jésus, firent une ouverture et descendirent le grabat où gisait le paralytique. Voyant leur foi, Jésus dit au paralytique : « Mon fils, tes péchés te sont remis. » Or il y avait là, assis, quelques scribes, et ils pensaient en leur cœur : « Comment celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème ! Qui a le pouvoir de remettre les péchés, si ce n’est Dieu ? » Connaissant aussitôt en Esprit ce qu’ils disaient en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi une telle pensée dans vos cœurs ? Qu’est-ce qui est le plus facile, dire au paralytique « tes péchés te sont remis » ou dire « lève-toi et marche » ? Afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a le pouvoir sur terre de remettre les péchés, Je te le dis, dit-Il au paralytique : Lève-toi, prends ton grabat et rentre chez toi ! » Celui-ci se leva et, aussitôt, prenant son grabat, il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient stupéfaits, louaient Dieu et disaient : « Jamais nous n’avons rien vu de semblable ! »

*          *          *

Homélie : Ce deuxième dimanche du grand Carême est si riche ! L’évangile du jour est une allégorie du temps béni dans lequel nous nous trouvons ; nous faisons mémoire de saint Grégoire de Thessalonique, le théologien de la grâce divinisante qui agit à la faveur de notre repentir pour le renouveau de notre vie chrétienne ; et nous fêtons déjà la glorieuse Annonciation, le devenir homme et le devenir chair du Créateur du ciel et de la terre et de tout ce qu’ils renferment ! Les quatre hommes qui portent le paralytique figurent les quatre dizaines de jours qui forment la sainte Quarantaine : quatre colonnes, quatre fondements du Salut, quatre chapitres de prière, d’intercession, de repentir, de confession de nos fautes, de réconciliation avec le Seigneur et avec nos frères ; quatre stages ascétiques et théologiques où se renouvelle la grâce du saint baptême ; quatre cures de jouvence de la foi et de l’amour ; quatre temps de remise à niveau de notre vie chrétienne et de mise à jour de nos connaissances bibliques et catéchétiques. Ces quatre piliers du Carême portent le paralytique que nous sommes en présence du Seigneur Jésus : nous sommes généralement incapables de nous mouvoir par nous-mêmes, les habitudes nous rendent infirmes, nos passions empêchent le mouvement naturel de nos membres, de notre âme et de notre esprit. La sainte Quarantaine nous propulse vers le Créateur : la vie naturelle est en nous restaurée par le pardon des péchés, que seul Celui qui nous a créés peut, par la grâce incréée et divine dont Il a le secret, cette grâce déifiante dont parle saint Grégoire, mettre en œuvre. « Lève-toi et marche ! », nous dit, au cours ou au terme des quatre dizaines de jours consacrés, Celui qui se fait homme dans le sein de la Vierge. Le Carême prolonge ainsi l’Incarnation ; il en montre le but : Dieu se fait homme pour montrer combien Il aime l’homme. Il lui pardonne et Il le guérit de la paralysie de son âme pour lui témoigner son amour. C’est pourquoi les quatre personnages qui apportent l’infirme devant la face de son Créateur figurent également l’Évangile de l’amour divin. Lisons-le ! Faisons en ce temps une lecture ou une relecture complète des quatre évangiles, ces quatre fleuves qui aujourd’hui conduisent l’homme au salut. Lisons ces  quatre versions de la Parole qui sauve et laissons-nous porter par elles du Paradis perdu, d’où sourdent ces quatre rivières jusqu’au Royaume où elles se déversent comme des fleuves dans l’Océan de bonté. Prions les quatre évangélistes qui nous conduisent au Christ : saints et glorieux apôtres et évangélistes Mathieu, Marc, Luc et Jean, priez le Seigneur afin qu’Il nous pardonne nos péchés, qu’Il nous rende la mobilité naturelle de notre âme et qu’Il nous accueille avec sa Mère très pure et tous ses saints ! En ce « début de l’universelle jubilation », Adam est conduit, non seulement au Paradis, mais au Royaume. C’est l’itinéraire du saint et grand Carême – du Paradis au Royaume, Adam le Paralytique retrouve toutes ses facultés de connaître le Seigneur, de le louer, et de l’aimer à l’infini dans le monde qui vient !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Deux moines aux prises avec des malfaiteurs

Voici deux récits, rapportés par Jean Moschos, qui montrent deux moines à l’opposé l’un de l’autre et, tous deux, aux prises avec des malfaiteurs. Ecoutez bien, voici le premier récit :

« A Arsinoé, qui est une ville de la Thébaïde, un homme est arrêté pour meurtre. Il est longuement torturé, puis condamné à la peine capitale. On l’emmène en dehors de la ville au lieu même où il a commis son crime. Un moine marche derrière lui pour voir la décapitation. En chemin, le condamné remarque le moine qui le suit et lui demande : ‘‘Vraiment, messire abba, n’as-tu pas de cellule ni de travail ?’’ Le moine répond : ‘‘Naturellement, frère, j’ai une cellule et de quoi m’occuper.’’ – ‘‘Et pourquoi, reprend l’homme, n’es-tu pas assis dans ta cellule à pleurer sur tes péchés ?’’ – ‘‘En vérité, frère, lui répond le moine, c’est que je néglige complètement mon âme. C’est pour cela que je viens voir comment tu vas mourir, afin que ce spectacle au moins m’inspire de la componction.’’ – ‘‘Va-t-en, messire abba, lui dit le meurtrier, retourne dans ta cellule et rends grâce à Dieu notre sauveur. Car, depuis qu’Il s’est fait homme et qu’Il est mort pour notre salut, l’homme ne meurt plus d’une mort éternelle.’’ »

Et voici le second récit : « Près d’Alexandrie, un moine appelé Addas qui était originaire de Mésopotamie, s’était installé dans le tronc d’un platane. [Cette pratique, chers auditeurs, était typiquement syrienne. Ces ermites, appelés dendrites, au lieu de s’isoler en haut d’un pilier comme les stylites, s’enfermait dans un arbre. Arbre se dit dendron en grec, d’où leur nom de dendrite.  Je reprends.] Abba Addas avait creusé, dans l’écorce, une petite fenêtre qui lui permettait de s’entretenir avec ses visiteurs. Quelque temps après, les barbares, venus piller tout le pays, traversent cet endroit et passent devant l’arbre du reclus. L’un des barbares aperçoit abba Addas penché à sa fenêtre. Il dégaine son épée et lève la main pour le frapper. Mais voilà que son bras reste dressé et immobile. Impossible de le baisser. Les autres barbares assistent à la scène, médusés. Quand ils comprennent ce qui est en train de se passer, ils tombent à genoux devant l’ermite et le supplient de guérir leur compagnon. Par une prière, l’ancien soigna l’homme et les renvoya en paix. »

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *