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23 février 2020 : Devenir comme un enfant – Evangile du Jugement dernier – Le pieux hérétique (2/2)

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CHANTS

« L’Athos du Nord » par le choeur de moines de Valaam – Bacar Records 1995.

Nous recommandons le nouveau site de la cathédrale orthodoxe russe de la Sainte Trinité, près du pont de l’Alma à Paris, qui a fait peu neuve. Pour le découvrir, cliquez ici.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Devenir comme un enfant

« Je vous le dis, en vérité, si vous ne changez pas et ne devenez pas comme les enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. » Eh oui, le Christ aime l’enfance. Il a Lui-même été enfant. Mais c’est plus que ça : Il fait de l’enfance un idéal vers lequel nous devons tendre. Il enjoint aux adultes de devenir comme des enfants. Seuls ceux qui auront réussi cette mutation seront dignes d’entrer dans le Royaume des cieux. On pourrait croire que notre société atteinte de jeunisme effréné est prête à y entrer. Mais nous savons bien que cet infantilisme n’est qu’une de ces « anciennes vertus chrétiennes devenues folles » dont parle Chesterton. Alors, de quoi s’agit-il ? St Grégoire le Grand s’est penché sur la question et voici ce qu’il en dit : « Il ne s’agit pas pour nous de revenir aux jeux de l’enfance, ni aux maladresses des débuts, dit St Grégoire, mais de prendre à l’enfance quelque chose qui convient aux années de la maturité, c’est-à-dire le rapide apaisement des agitations intérieures, le prompt retour au calme, l’oubli total des offenses, la complète indifférence aux honneurs, la sociabilité, le sentiment de l’égalité naturelle. »

C’est vrai que ces qualités sont essentielles. Et au lieu de nous évertuer à les acquérir par nous-mêmes, il serait bon d’observer les enfants et de nous inspirer de cette apparente insouciance qui est surtout une pulsion de vie consciente de sa vulnérabilité et alliée à une grande faculté d’émerveillement.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Le Jugement dernier (Matthieu 25, 31-46)

En ce temps-là Jésus dit : « Lorsque le Fils de l’Homme viendra dans sa gloire, escorté par tous les anges, Il siégera sur le trône de sa gloire, et seront rassemblées devant lui toutes les nations. Alors Il mettra à part les uns des autres, comme le pasteur met à part les agneaux des chevreaux ; et Il placera les agneaux à sa droite et les chevreaux à sa gauche. Puis le roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car J’ai eu faim et vous m’avez nourri ; J’ai eu soif et vous m’avez désaltéré ; J’étais étranger et vous m’avez recueilli ; nu et vous m’avez vêtu ; J’étais malade et vous m’avez rendu visite ; J’étais en prison et vous êtes venus me voir.’ Alors les justes lui répondront et lui diront : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et t’avons-nous nourri, ou avoir soif et t’avons-nous désaltéré ? Quand t’avons-nous vu étranger et recueilli, ou nu et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous venus te voir ?’ Le roi leur dira en réponse : ‘Amen, Je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’ Puis Il dira à ceux qui sont à gauche : ‘Allez loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car J’ai eu faim et vous ne m’avez pas nourri ; J’ai eu soif et vous ne m’avez pas désaltéré ; J’étais étranger et vous ne m’avez pas recueilli ; nu et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison et vous ne m’avez pas rendu visite.’ Et eux aussi répondront : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim ou soif, être étranger, ou nu, ou malade, ou en prison et ne t’avons-nous pas assisté ?’ Alors Il leur dira en réponse : ‘Amen, Je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’ Et ils s’en iront, eux vers le châtiment éternel, mais les justes vers la vie éternelle. »

*          *          *

Homélie : L’évangile dit « de la fin des temps » est lu en ce dimanche de pré-carême, c’est-à-dire, paradoxalement, au début des temps ! La pédagogie liturgique indique le terme dès le début, afin que l’on assume la tension eschatologique de l’existence ! Nous apprenons ainsi que toute notre vie, et toute la vie de l’humanité, sont orientées vers un jour ultime, « quand le Fils de l’Homme viendra dans sa gloire, escorté par tous les anges ». Le Symbole de la Foi ne dit rien d’autre, mais il le dit au présent : « et, de nouveau, Il vient, avec gloire, juger les vivants et les morts, et son règne n’aura pas de fin ! » Le Fils de l’Homme, Jésus Christ, à la fois vient et viendra : le jour du Seigneur est à la fois arrivé et à venir. Chaque journée de notre vie s’inscrit dans ce jour déjà là, dans cette présence invisible du Verbe par le saint Esprit dans son monde, dans son peuple, l’Israël ancestral et renouvelé par lui, et dans toute l’humanité. Chaque jour anticipe au présent le jour qui vient ; le présent est rempli du futur ; tout est déjà là et tout s’accomplira. Cette « parousie » s’inscrit dans les fresques orthodoxes romanes ou byzantines comme confession de la foi. Nos églises iconographient le dogme et traduisent de façon impressionnante au tympan de leur portail ou dans les christs en gloire de leur sanctuaire ce qu’enseigne le Verbe incarné Lui-même en ce jour : Il viendra et Il est déjà venu, pour juger tous les hommes. Notre époque n’aime pas trop cela ; elle n’aime pas l’idée d’un Dieu qui juge ; les chrétiens ont peut-être trop joué de la menace des châtiments ; on a peut-être abusé de façon terrifiante de la perspective d’un « tribunal redoutable du Christ », selon les termes de la divine liturgie. Pourtant, on ne saurait faire l’économie de cette fresque redoutable, ni mettre le Dieu de miséricorde en contradiction avec lui-même. Nous aimerions pouvoir croire que tous soient sauvés, le Seigneur fermant les yeux sur tous les actes qui nous ont éloignés de lui ou opposés clairement à sa volonté. Nous voudrions bien que la sainte et vivifiante Croix, dans sa puissance incompréhensible, ait déjà résolu définitivement la question de la rétribution des actes. Si le Christ a déjà payé pour nous, pour tous, qu’est-ce qui reste de la facture ? Toutes les dettes de l’humanité n’ont-elles pas été réglées par le grand Payeur ? Une réponse se trouve peut-être dans l’évangile du débiteur impitoyable (Mat 18, 25) : le maître a remis toute la dette mais son ancien débiteur ne veut pas faire de même ! Le Seigneur a fait miséricorde de façon totale ; Il a tout accompli. Mais ceux à qui Il a fait miséricorde ne se montrent pas tous miséricordieux ; pour cela, il y a, après celui de la Croix, un second et ultime jugement.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le pieux hérétique (2/2)

Achevons le récit commencé la semaine dernière. Vous vous souvenez, abba Théodule remplaçait l’hôtelier d’un refuge pour pèlerins et y avait trouvé un pauvre moine très pieux, qui récitait des psaumes jour et nuit, et qui ne mangeait que du pain. Le dimanche venu, Théodule lui avait proposé d’aller à l’église pour la divine liturgie, et le moine avait refusé révélant qu’il était sévérien, c’est-à-dire celui qui refuse de reconnaître la double nature du Christ, vrai Dieu et vrai homme. Bouleversé de voir un homme aussi pieux être un hérétique, Théodule s’était enfermé dans sa cellule et, prosterné devant Dieu, il L’avait supplié, en pleurant, de lui révéler où est la foi belle et juste : chez ceux qui appartiennent à l’Eglise ? Ou chez les sectateurs de Sévère ?   Au bout de trois jours, une voix s’était fait entendre: « Va, Théodule, et tu verras sa foi. »  Voici la suite, écoutez bien :

« Je passe encore la nuit à remercier Dieu, poursuit abba Théodule. Puis le lendemain, je me relève, je sors de ma cellule et je vais vers le moine sévérien. Je m’assieds devant lui, m’attendant à voir quelque chose, selon ce que m’avait prédit la voix entendue pendant ma prière. Le temps passe. Une heure s’écoule. Je suis toujours assis en face du moine, les yeux fixés sur lui. Il est debout, à psalmodier en syriaque. Et tout à coup, mes enfants, (aussi vrai que devant notre Seigneur !) je vois une colombe perchée au-dessus de la tête du sévérien. Cette colombe est toute noircie comme au sortir du four. Elle est abimée et répand une odeur fétide. Cette colombe, c’était la foi de l’hérétique. » Jean Moschos, très impressionné par ce récit, conclut en disant : « Voilà ce que l’âme bienheureuse d’abba Théodule nous a raconté, aussi vrai que la Vérité, avec beaucoup de larmes et de gémissements. »

Quand on sait que l’hérésie de Sévère a sans doute influencé Mahomet, ce récit, chers frères et sœurs en Christ, nous donne la clef pour avoir la bonne attitude face aux musulmans pieux. Nous pouvons admirer l’abondance de leur prière, et la vigueur de leur jeûne. Et s’ils sont vraiment bons et sincèrement horrifiés par les crimes commis au nom d’Allah, nous pouvons penser que la parole du Christ est aussi pour eux : « Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné ; mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pas pardonné ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir. » Mais, comme Théodule, nous devons pleurer sur ceux qui rejettent le Christ.

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