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22 novembre 2020 : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (2/3) – Evangile du riche insensé – Le vision du patriarche Euloge

Victor

CHANTS 

« Chants folkloriques chrétiens de Serbie » par l’Ensemble Stoupovi – Bibliothèque Nationale de Serbie.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (2/3)

Poursuivons notre réflexion sur la phrase du Christ : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Vous vous souvenez St Hilaire de Poitiers disait que le denier est la monnaie de César, tandis que « la monnaie de Dieu, c’est l’homme lui-même sur lequel Dieu a empreint son image. » C’est aussi ce que dit le psaume 4 : « La lumière de Ton visage, Seigneur, a laissé sur nous Ton empreinte. » Mais ce qu’il y a aussi de remarquable dans cet épisode de l’Evangile, c’est la prudence sans pareille du Christ. Il évite le piège de ses ennemis en leur posant une question aussi sage qu’habile. Les pharisiens veulent le coincer en lui demandant s’il faut payer l’impôt à César ou le refuser. S’il dit qu’il faut le payer, il va s’aliéner tout le peuple juif qui en a complètement marre des Romains ; s’il dit qu’il ne faut pas le payer, les pharisiens pourront le dénoncer à l’occupant, comme fauteur de trouble. Non seulement Jésus déjoue leur piège, mais il nous montre sa justice. Il dit ouvertement la vérité : oui, il faut payer les impôts à César. C’est aussi ce que dit St Paul : « Il est nécessaire d’être soumis, dit St Paul, non seulement pour éviter la colère, mais encore pour obéir à la conscience.  C’est pour cela aussi que vous payez des impôts : ceux qui les perçoivent sont des ministres de Dieu quand ils s’appliquent à cette tâche. Rendez à chacun ce qui lui est dû : à celui-ci l’impôt, à un autre la taxe, à celui-ci le respect, à un autre l’honneur. » [fin de citation] Nous voyons là qu’il ne s’agit pas que d’argent. Suivons donc St Paul, surtout en cette période d’étrange épidémie où les autorités ne paraissent pas toujours très cohérentes. Soyons-leur soumis, mais pour l’amour de Dieu.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Le riche insensé (Luc 12, 16-21)

En ce temps-là, le Seigneur dit la parabole suivante.

Il y avait un homme riche dont les terres avaient beaucoup rapporté ; et il se demandait en lui-même : « Que vais-je faire ? Car je n’ai pas où loger ma récolte. » Puis il se dit : « Voici ce que je vais faire. Je vais abattre mes greniers, j’en construirai de plus grands, j’y serrerai tout mon blé et mes biens, et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, réjouis-toi ! »

Mais Dieu lui dit : « Insensé ! Cette nuit même on va te redemander ton âme ; et ce que tu auras amassé, qui l’aura ? » Ainsi en est-il de celui qui thésaurise pour lui-même, au lieu de s’enrichir en vue de Dieu.

*         *         *

Homélie : En ce troisième dimanche du jeûne de la Nativité, il est impressionnant de constater la convergence du saint Évangile et de l’Actualité. Notre civilisation, comme le personnage de la parabole, capitalise. Ses biens lui ont « beaucoup rapporté ». Quelquefois, la richesse est telle que notre contemporain ne sait pas où la stocker, où l’investir, ni où la mettre en sûreté ! On doit concevoir des espaces plus vastes. Chacun reconnaît cette surabondance de biens qui décrit nos sociétés d’abondance et de surabondance. Chacun reconnaît cette manie de capitaliser, très mauvaise méthode, au lieu d’investir et de faire fructifier. L’homme contemporain cherche le confort, la sécurité, une garantie enfantine contre la mort, il veut mettre tout ce qu’il possède en sécurité pour pouvoir se dire à lui-même : « repose-toi, mange, bois, réjouis-toi ! » Est-ce qu’on entend une autre philosophie que celle-là autour de soi, dans les médias, dans la publicité, sur les réseaux sociaux ? Est-ce que nous proposons à nos jeunes un autre idéal que d’être de bons petits capitalistes, de bons petits producteurs et de bons petits consommateurs ? Remettons-nous en question : quel projet avons-nous pour nous-mêmes et pour nos enfants en dehors d’une place confortable dans la société de consommation ? Savons-nous leur proposer autre chose que cet idéal matérialiste ? Dieu nous avertit : c’est insensé ! Notre monde capitaliste est insensé ; notre obsession de thésauriser ou celle de gagner toujours plus d’argent, et même de nous mesurer les uns aux autres par l’argent que nous gagnons, est une folie. Nous ne pensons pas à la mort. Semblables au Bûcheron de la Fontaine ou au Roi sans divertissement de Giono, il nous faut buter sur la mort, ou comme dans le poème de Baudelaire, sur une charogne, pour que notre conscience s’éveille. Tel est notamment le bienfait de l’actualité que nous vivons. Le fléau, la mortalité planétaire, la décapitation ou l’égorgement de certains de nos concitoyens, secoueront peut-être la torpeur de notre âme : « Insensés ! », nous dit le Seigneur. Santé, vacances, jeunesse, argent, loisirs, jeux, distractions, plaisirs faciles, quelquefois plaisirs et paradis artificiels – notre société est celle de grands enfants inconscients. Quelquefois, la maladie, le chômage, la perte de tous nos biens, la découverte de la faim et de la mendicité, nous sont apportés à la faveur de la grande crise économique, comme des remèdes. Peut-être, si nous écoutons le message divin, saurons-nous, en nous réveillant de nos songes matérialistes et hédonistes, retrouver une humanité véritable, une relation authentique avec les autres hommes et avec la Création. Rien ne nous y oblige. Le Seigneur nous parle à travers sa parole et à travers les évènements qui surgissent autour de nous : Il nous parle et nous avertit ; Il nous appelle ; mais Il ne nous force pas. C’est à nous de nous lever, d’écouter l’appel de l’Esprit et la voix du Verbe, et d’opérer une véritable « crise de la conscience » planétaire. Nous pouvons repenser, non seulement notre vie, non seulement la vie de notre famille, non seulement le mode de fonctionnement de notre communauté ecclésiale elle-même, mais la civilisation. « Insensé », nous dit le Seigneur, réveille-toi, et réfléchis à ta vie et au monde. Il ne suffit pas d’ « amasser » pour être heureux. L’évangile de ce jour nous invite à investir dans les biens divins, à nous « enrichir en Dieu », acquérir sa sagesse, capitaliser son discernement, dépenser son amour, monnayer sa révélation dans le témoignage de la foi, vendre nos biens matériels pour acquérir les biens supra célestes, comme le dit saint Basile le Grand. Tout acte de générosité, toute prière pleine de tendresse pour les hommes, reçoivent le salaire de la grâce, de la joie et de la liberté dans l’Esprit. Faisons de généreux placements dans le trésor du Royaume !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le vision du patriarche Euloge

Jean Moschos a rendu visite à son ami abba Ménas qui était cénobiarque, c’est-à-dire père de 200 moines, au monastère de Tougara dans l’Ennaton. L’Ennaton était une région monastique en Egypte, non loin d’Alexandrie, qui a connu son apogée entre le V et le VII siècles, elle a duré jusqu’au XV siècle, puis a disparu. C’est abba Ménas qui a raconté à Jean Moschos cette vision du patriarche Euloge. Ecoutez bien :

« Une nuit, le patriarche Euloge était en train de dire son office particulier dans l’oratoire de l’évêché. Et voilà que se dresse devant lui l’archidiacre Julien. Le patriarche est surpris et troublé que l’archidiacre soit entré ainsi sans prévenir. Mais il ne dit rien. Il achève le psaume et se prosterne en une métanie. L’homme qui lui est apparu sous les traits de l’archidiacre, en fait autant. Le patriarche se relève, mais l’homme reste prosterné. Le patriarche l’observe, puis il lui dit : ‘‘Jusqu’à quand vas-tu rester ainsi, sans te relever.’’ Mais l’homme répond : ‘‘Si toi-même ne me tends pas la main et si tu ne me relèves pas, je ne pourrai pas me redresser.’’ Alors le patriarche lui tend la main, le remet debout et reprend son office. Quand il a terminé, il se retourne et ne voit plus personne. Il appelle alors son camérier et lui demande : ‘‘Pourquoi ne m’as-tu pas indiqué l’arrivée de l’archidiacre Julien ? Pourquoi est-il entré sans être annoncé ? Et de nuit encore !’’ Le camérier dit qu’il n’a vu personne, et encore moins quelqu’un entrer chez le patriarche. Mais Euloge est sceptique. Il fait appeler le portier et lui demande si l’archidiacre Julien est venu cette nuit. Mais le portier affirme sous serment que Julien n’est ni venu, ni ressorti.  Au lever du jour, arrive l’archidiacre Julien qui vient s’incliner devant le patriarche. Lequel lui demande : ‘‘Pourquoi n’as-tu pas respecté la règle, archidiacre Julien, en venant me voir cette nuit sans prévenir ?’’  Mais Julien répond : ‘‘Par les prières de mon maître, je ne suis pas venu ici et je viens seulement de quitter mon logis.’’ Le grand Euloge comprend alors que c’est St Julien le Martyr qui est venu cette nuit l’exhorter à reconstruire son église. En effet, avec le temps, l’église St Julien s’était fortement détériorée et menaçait de s’écrouler. Alors le vénérable Euloge, ami des martyrs, mit la main à l’ouvrage avec beaucoup d’ardeur et releva l’église St Julien, en la reconstruisant à partir de ses fondations, et en la décorant de toutes sortes d’ornements, comme il convient à un saint martyr ! »

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