Lumière de l'Orthodoxie

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22 septembre 2019 : Crise et pardon – Evangile de la pêche miraculeuse – Un coeur pur

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CHANTS

« La Nativité de la Mère de Dieu » par la Chorale Saint Jean Damascène, sous la direction de Serge Sorret –  Fa Dièze Production 1999.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Crise et pardon

En cette période de crise dans l’Eglise, une chose est certaine : nous avons tous quelque chose à nous faire pardonner… et sans doute aussi quelque chose à pardonner. Le pardon est la clef de la sortie du marasme, comme il est au cœur de la prière du Seigneur, le Notre Père. St Grégoire de Nysse, dans son homélie sur la béatitude Bienheureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde, dit ceci : « Si l’Ecriture appelle Dieu le Miséricordieux, si la véritable béatitude est Dieu lui-même, il est évident, par conséquent, qu’un homme qui se fait miséricordieux devient digne de la béatitude divine, car il est parvenu à ce qui caractérise Dieu. La miséricorde est donc la mère de la bonté, le gage de l’affection, le lien de toute amitié. Que peut-on imaginer de plus sûr, dans la vie, que cette sécurité-là. » [fin de citation]

Mais le pardon ne peut pas n’être qu’un acte rituel, prononcé du bout des lèvres. Dieu sonde les cœurs et les reins, comme dit le prophète Jérémie. Et le Christ lui-même a rappelé à ses disciples que Dieu connaît nos cœurs. Dès que nous regrettons vraiment, et dès que nous pardonnons sans réserve, nos cœurs se transforment. Il ne s’agit pas d’effacer l’ardoise et de faire comme si rien ne s’était passé. Le pardon n’est pas l’oubli. Se souvenir du mal que nous avons fait, nous rappelle que nous en sommes capables et renforce notre humilité. Et savoir pardonner nous incite à la charité envers celui qui peine à reconnaître ses torts.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

La pêche miraculeuse (Luc 5, 1-11)

En ce temps-là Jésus se tenait au bord du lac de Génésareth et la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu. Jésus vit deux barques sur la rive : les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets. Jésus monta dans l’une des barques, qui appartenait à Simon, et pria celui-ci de s’éloigner un peu du bord. Jésus s’assit dans la barque et se mit à enseigner la foule. Quand Jésus eut fini de parler, Il dit à Simon : « Avance la barque à un endroit où l’eau est profonde, puis, toi et tes compagnons, jetez vos filets pour pêcher ». Simon lui répondit : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre. Mais puisque Tu me dis de le faire, je jetterai les filets ». Simon et ses compagnons jetèrent donc leurs filets et prirent une si grande quantité de poissons que les filets commençaient à se rompre. Ils firent alors signe à leurs compagnons qui étaient dans l’autre barque de venir les aider. Ceux-ci vinrent et ils remplirent les deux barques de tant de poissons qu’elles enfonçaient dans l’eau. Quand Simon Pierre vit cela, il se mit à genoux devant Jésus et il dit : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! » Simon, ainsi que tous ceux qui étaient avec lui, étaient en effet saisis de stupeur, à cause de la grande quantité de poissons qu’ils avaient prise. Il en était de même des compagnons de Simon, Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Mais Jésus dit à Simon : « Rassure-toi ; dès maintenant, ce sont des êtres humains que tu prendras. » Ils poussèrent alors leurs barques à terre, laissèrent tout et suivirent Jésus.

*          *          *

Homélie : Le saint évangile annonce en ce jour, comme du reste à chaque page, le mystère de la générosité divine. Le Fils de Dieu vient dans le monde et renouvelle l’image que nous nous faisons de la Divinité. Le saint Évangile est la révélation la plus complète de Dieu qui ait jamais été faite aux hommes. Dieu se fait homme pour se faire connaître aux hommes. Dans l’histoire entière de l’humanité, et dans les diverses traditions, le Seigneur s’est continuellement fait connaître, surtout dans la tradition biblique, la plus évoluée de toutes. Mais, au point culminant de cette tradition, aboutissement de tout le témoignage des prophètes, le Seigneur s’humanise et se montre tel qu’Il est : Dieu de miséricorde et ami des hommes, Dieu généreux et amour illimité. Et la générosité, encore appelée magnificence divine, est communicative. Disciple du Seigneur, du Fils unique et Verbe de Dieu, connecté par celui-ci avec le Père céleste, et rempli de l’Esprit jailli de la Source unique de la divinité, le baptisé, à son tour, montre la générosité divine et l’amour divin. L’apôtre Paul,  dans l’épître de ce jour, le dit bien : « Dieu a le pouvoir de vous accorder en abondance toutes sortes de biens, afin que vous ayez toujours tout ce qui vous est nécessaire et qu’il vous reste encore bien assez pour toutes les œuvres bonnes. Comme l’Écriture le déclare : ‘ Il a semé largement, Il a donné aux pauvres ; sa justice demeure dans les siècles des siècles’ (Ps. 111, 9). Dieu qui fournit de la semence au semeur et du pain pour se nourrir, vous fournira toute la semence dont vous avez besoin et la fera croître, pour que votre générosité produise beaucoup de fruits » (2 Co 9, 6-11). La foule, dans tous les temps et tous les lieux, se presse autour de la Parole de Dieu en personne pour entendre la parole. L’humanité fait preuve de générosité par une présence et une écoute surabondantes. La Parole multiplie par sa puissance le nombre de ceux qui l’écoutent. Elle attire les hommes en grand nombre. Elle leur communique sa propre générosité. La parole de Dieu en effet est pleine d’énergies divines et créatrices, et elle est également une lumière, la Lumière qui attire les hommes en grand nombre. Ne méprisons pas le nombre ou la quantité. Si Dieu ne fait pas nombre, Lui la Divinité tri-unique, les hommes quant à eux, et toutes les créatures, comme les poissons de ce jour, font nombre et se multiplient en réponse à la puissance de Dieu qui les attire à lui par son saint Esprit. Dieu « sème largement » et suscite Lui-même une quantité d’auditeurs qui ont faim et soif de lui, ainsi que l’abondance de la terre qui réclame la semence divine. Il multiplie continuellement les créatures visibles et invisibles. La quantité est belle quand elle montre la générosité. Le Créateur multiplie les hommes, ses disciples et bientôt ses fils ; Il multiplie les pains et les poissons. L’amour multiplie et fait croître ; il appelle continuellement de nouveaux êtres, depuis le non être ou depuis un moindre être, à participer à la générosité de son propre être multiplié en ses énergies divines et créatrices : gloire à lui, Amour créateur, généreux et vivifiant !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Un coeur pur

Nous parlions en début d’émission de nos cœurs que Dieu connaît. Et voici, à ce sujet, un récit de Jean Moschos qui se termine de façon abrupte et qui donne à réfléchir. Il s’agit d’un moine du monastère Saint-Macaire de Scété qui est le plus vieux monastère du monde, bâti au IV siècle pour protéger les moines des hordes berbères. C’est encore aujourd’hui un monastère immense, avec 130 moines et un domaine agricole de 500 hectares, qui est situé dans le désert de Ouadi Natrum entre le Caire et Alexandrie, et qui contient les reliques de Saint Jean Baptiste. Ecoutez bien :

« Un jour, un Ancien du monastère St Macaire se rend à Alexandrie pour y vendre sa production artisanale. Il voit tout à coup un jeune moine entrer dans une taverne ! L’Ancien, accablé, décide d’attendre la sortie du moine afin de lui parler. A peine le jeune moine est-il sorti que l’Ancien le prend par la main, l’emmène à l’écart et lui dit : ‘‘Frère, ne sais-tu que tu portes le saint habit ? Ne sais-tu pas que tu es jeune ? Ne sais-tu pas que nombreux sont les filets tendus par le diable ? Ne sais-tu pas que c’est par les yeux, par l’ouïe, par les gestes, que les moines se font du mal, quand ils vivent dans les villes ? Et toi, en entrant dans les tavernes, tu entends ce que tu ne veux pas entendre, tu vois ce que tu ne veux pas voir et tu fréquentes des femmes aux manières déshonorantes. Je t’en prie ; fuis plutôt dans le désert où tu peux être sauvé, comme tu le veux.’’ Et voilà que le jeune moine lui répond : ‘‘Va, noble Ancien, Dieu ne réclame rien qu’un cœur pur.’’  Alors l’Ancien tend les mains vers le ciel et s’exclame : ‘‘Gloire à Toi, Dieu Tout-Puissant, voilà cinquante ans que je vis à Scété et je n’ai pas encore un cœur pur ; et lui, qui fréquente les tavernes, a déjà un cœur pur.’’ Puis se tournant vers le jeune frère, il lui dit : ‘‘Que Dieu te sauve et ne me rende pas honteux de mon espoir.’’ »

Et le récit se termine sur cette exclamation : « Que Dieu te sauve et ne me rende pas honteux de mon espoir. » Est-ce de l’ironie ? Mais cela ne sied pas vraiment à un starets. Ou a-t-il vraiment l’espoir que le jeune moine ait un cœur pur en fréquentant les tavernes ? Cet espoir illustre notre ambivalence. Au fond de nous, nous avons le désir de voir le miracle de la pureté au milieu de la fange. Et en même temps nous ne supportons pas de voir un autre obtenir facilement ce que nous peinons tant à atteindre. Oui, le cœur de l’homme est complexe…

Commentaires

  1. Quelle joie de retrouver votre émission « Lumière de l’Orthodoxie » aussi cette rentrée!!!
    Quel enrichissement pour nous, catholiques chaque dimanche.
    Il est si vrai que nous devrions tous respirer par de nos deux poumons oriental ET occidental…
    Félicitations au Père Marc-Antoine Costa de Beauregard pour ses homélies qui sont des réelles catéchèses.
    Que votre émission puisse durer en longtemps et pourrait être diffusée sans « télescoper » avec notre messe dominicale…
    Bravo!

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