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22 mars 2020 : Le pardon et l’oubli – Evangile : prendre sa croix – L’origine d’une vocation

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CHANTS

« Chants du Grand Carême » par le choeur du monastère de la Sainte Rencontre à Moscou – 2004.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Le pardon et l’oubli

« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé. » Nous répétons ça à chaque Notre Père. Ce qui est quand même assez fréquent ! Mon confesseur demande toujours, juste avant de donner l’absolution : « Vous n’en voulez à personne ? » pour s’assurer qu’on peut vraiment aller communier. Mais que disons-nous, quand nous disons que nous n’en voulons à personne ? J’ai souvent entendu dire : « Je ne lui en veux pas, je ne lui ai jamais fait aucun reproche. Mais je n’oublie pas ! » Et ce « je n’oublie pas ! » sonne comme une condamnation implacable. L’oubli et le pardon sont des notions qui s’interpénètrent.  Je me souviens de la fameuse scène dans le film « Andreï Roublev » du grand Tarkovski, où Roublev a une vision de Théophane le Grec qui est déjà mort, et ils ont une longue conversation. Roublev a tué un Tatare qui voulait violer une jeune femme simplette, et depuis, il a arrêté de parler et renoncé à peindre. Théophane l’encourage à reprendre la peinture, mais il lui dit : « Dieu t’a pardonné, mais toi, ne te pardonne pas. » Ainsi l’oubli est lié au pardon, mais pas dans les deux sens. Nous pouvons oublier le mal qu’on nous a fait, mais nous ne devons pas oublier celui que nous avons fait. Et c’est le pardon de Dieu qui nous permet de continuer à vivre avec ce souvenir accablant. Dieu transforme notre remords en contrition, qui n’est pas l’oubli, mais qui est la certitude d’avoir été pardonné.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

3ème dimanche de  Carême  « Prendre sa croix » (Marc 8, 34 – 9, 1)

En ce temps-là, Jésus appela la foule avec ses disciples et leur dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à soi, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive, car celui qui veut sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi et du Bon Message de l’Évangile la sauvera. En effet, que sert à quelqu’un de gagner le monde entier et de se condamner à perdre sa vie ? En effet, que peut donner quelqu’un en échange de sa vie ? Et celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération infidèle et pécheresse, le Fils de l’Homme aura également honte de lui lorsque, avec ses saints anges, Il viendra dans la gloire de son Père. » Et Jésus leur dit : « Amen ! Je vous le dis, il en est parmi ceux qui sont ici avec moi qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venant avec puissance ! »

*         *          *
Homélie : Pendant le grand Carême, et pendant toute l’année, le dimanche est toujours la célébration de la Résurrection. Le Christ est ressuscité. La Résurrection est un avenir pour chacun d’entre nous, mais, pour le Christ, elle est déjà accomplie. Le cycle liturgique annuel, comme le cycle hebdomadaire, et la grande quarantaine de Pâques elle-même, sont des modes d’assimilation par les croyants, sur le registre chronologique, de ce qui est accompli sur le registre du temps absolu, cette sorte de méta-temps, présent permanent du « tout est accompli ». La vie dans l’Église, la vie liturgique et communautaire, et notre vie sociale également, consistent, pendant cette période, à rejoindre la réalité du mystère pascal, à communier à la Pâque réactualisée du Verbe. Elles consistent à nous approprier la démarche des catéchumènes qui est, elle-même, une appropriation de la mort et de la résurrection du Christ. Nous ne sommes pas seulement des imitateurs du Christ et de ses disciples : nous nous unissons personnellement à l’événement divino-humain de victoire sur la mort. C’est pourquoi, la méthode mystagogique que propose l’Église dans les offices vénérables qu’elle célèbre, est fondée sur la glorification du Seigneur de gloire. En ce troisième dimanche de Carême, nous vénérons la sainte et vivifiante Croix ; nous nous prosternons devant elle ; nous l’embrassons avec amour ; nous nous en signons ; et nous présentons notre adoration, non au bois matériel, mais à celui qui, sur elle et par elle, a fait et fait triompher l’amour sur la haine, la connaissance sur l’ignorance, la foi sur l’incroyance, l’humanité sur la méchanceté et la déshumanité. Le saint Carême est un temps de célébration, de louange, d’hommage rendu au Vainqueur de la mort ; les baptisés et les catéchumènes à leur suite y chantent le triomphe de la foi, de la beauté et de la bonté. « Devant ta croix, nous nous prosternons, ô Maître ! Et ta sainte résurrection, nous la chantons ! » Et nous découvrons que la glorification du Ressuscité est le fondement de tout repentir. C’est bien parce que le Seigneur est si beau, si grand, si bon, si vrai, si vivant, si humain et si divin, que nos péchés nous apparaissent dans toute leur folie et leur horreur. Le repentir naît de la manifestation de l’amour divin. Il est une blessure de la conscience qu’illumine la beauté de la Croix. Le repentir ne naît pas d’une introspection ou d’une confrontation à soi et à l’image qu’on se fait de soi-même ; il n’est pas lié à l’amour narcissique de soi. « Prendre sa croix » consiste à « suivre le Christ » jusqu’à sa propre Croix à lui, pour que sa Croix illumine la nôtre et que naissent les larmes d’un cœur désolé d’avoir si mal suivi le Maître, si mal aimé l’Amour en personne ; douloureusement désolé d’avoir gâché la grâce baptismale, d’avoir perdu le temps donné par le Seigneur, de s’être continuellement préféré soi-même à tout et à tous, sans connaître l’amour pour Dieu et pour le prochain. Le repentir est la désolation d’un cœur qui voit qu’il s’est privé de l’allégresse des saints et qui n’ose espérer qu’une possibilité lui soit encore offerte de se relever et de reprendre la voie que lui indique le Sauveur. Nous n’osons croire que l’amour soit encore pour nous. Nos péchés nous rendent vulnérables au plus grand des péchés : le découragement. Or, le repentir est l’inverse du découragement : terrassé par la confrontation de sa vie à la lumière divine, le pécheur repentant trouve dans la lumière même de la Croix, lumière de miséricorde et de pardon, triomphant amour divin, la force de se relever. Puisque l’amour a vaincu ; puisque la mort a perdu son pouvoir ; puisque le péché est vaincu, j’ose croire que, moi aussi, je peux me relever, prendre ma croix, suivre le Christ en nouveau catéchumène, en nouveau disciple, et participer à la jubilation des invités au Banquet !

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

L’origine d’une vocation

Jean Moschos était très lié à abba Palladios qui lui raconté bien des miracles et autres faits édifiants. Un jour, Jean Moschos lui a demandé de parler de lui. Ecoutez bien :

« ‘‘Par charité, Abba, dis-nous d’où tu viens et pourquoi tu as embrassé la vie monastique ?’’ Abba Palladios répondit : ‘‘Je suis originaire de Thessalonique. Et c’est là que j’ai été témoin d’un prodige qui m’a donné la vocation. A l’extérieur des murs de la ville, à environ trois stades (c’est-à-dire 600 m) se trouvait un reclus venu de Mésopotamie. Il s’appelait David et était parfaitement vertueux, miséricordieux et maître de lui. [Le souvenir de ce David, chers auditeurs, est parvenu jusqu’à nous, grâce à la petite église Hosios David, à Thessalonique. Ce reclus faisait partie des moines qui ont importé en Grèce le monachisme qui était né en Egypte et en Syrie. Reprenons notre récit.] David, dit Abba Palladios, resta reclus dans cette cellule environ 80 ans. Or les murailles de la ville étaient gardées jour et nuit à cause des barbares. Et voilà qu’une nuit les soldats qui gardaient les remparts du côté de la cellule de David voient des flammes s’échapper par sa fenêtre. Ils pensent que ce sont les barbares qui y ont mis le feu. Au petit jour, les soldats sortent de la ville et vont vers le refuge du reclus. A leur grande stupéfaction, ils le trouvent sain et sauf et sa cellule intacte. La nuit suivante, même scénario, la cellule est de nouveau la proie des flammes. Mais cette fois, ça dure très longtemps. Au matin, comme la veille ils ne trouvent aucune trace de l’incendie. La nouvelle se propage. Les habitants de la ville et des environs l’apprennent. Tant et si bien qu’un grand nombre de personnes passent la troisième nuit et contemplent l’incendie du haut des remparts. Et ce phénomène se poursuivit ainsi jusqu’à la mort d’abba David. Moi-même j’ai vu ce prodige, non pas une fois, ni même deux fois, mais à plusieurs reprises. Et c’est alors que je me suis dit : ‘Si dans ce monde-ci Dieu gratifie d’une telle gloire ces serviteurs, quelle sera leur gloire dans le monde à venir, quand leurs visages resplendiront comme le soleil ? Voilà pourquoi, mes enfants, je me suis tourné vers la vie monastique.’ ’’ »

Abba Palladios était un homme hors du commun, mais il a surtout rencontré des personnages vraiment extraordinaires !

Commentaires

  1. Ce qu’il faut, c’est revérifier l’hypothèse de la religion, et pour cela, lire, à mon avis, : « Le Message Retrouvé » de Louis Cattiaux.

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