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21 octobre 2018 : « 11 000 ans avant le présent » – Évangile du possédé gadarénien – La religion du progrès – Le frère et son or (3/3)

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CHANTS

« Saint Amour, Musique sacrée russe du XVIII au XX siècles – Holy Love, Russian Spiritual Music of XVIII-XX centuries  » par le chœur de la Cathédrale du Saint Sang dédiée à tous les saints russes, sous la direction de Yevguény Yazykov.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

« 11 000 ans avant le présent »

Cet été, quelque part dans le sud de la France, on m’a rapporté que, dans une exposition sur la préhistoire, un squelette d’animal, mort lors de la dernière ère glaciaire, était présenté par le panneau suivant : « Mammifère mort 11 000 ans avant le présent ». Pas « 9000 ans avant Jésus-Christ », non, nous devons renoncer à cette insupportable référence chrétienne. Mais ce panneau révèle beaucoup plus que cela.  Car l’auteur n’a pas adopté la formule qu’affectionnent les universitaires américains « 9000 ans avant l’ère commune ». Non, nous sommes ici bien au-delà de l’antichristianisme ordinaire. L’auteur de ce panneau n’a pas dit non plus « Il y a 11 000 ans », car il a des prétentions scientifiques. Il veut nous donner un nouveau point de référence. Or le présent, par définition, n’est pas un point fixe. Aucune chronologie ne peut être bâtie sur un point mouvant.  Cette anecdote révèle la quintessence de la nouvelle idéologie qui veut asservir nos âmes.  Le sigle LGBT est devenu incontournable, mais la nouvelle appellation gender fluid n’est pas encore très connue en France. Voici la définition officielle : « Est gender fluid une personne dont l’identité de genre n’est pas fixe, celle-ci changeant régulièrement selon les circonstances » Autrement dit ce sont ceux qui se disent homme le matin et femme le soir, ou le week-end, etc. En 2017, la Californie a autorisé ses habitants à se déclarer « non binaire » autre appellation de gender fluid. Nous sommes entrés dans l’ère des sables mouvants. Notre responsabilité devant nos enfants est énorme, nous sommes les seuls à leur transmettre des points fixes.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Évangile du possédé gadarénien (Luc 8, 26-39)

En ce temps-là, Jésus abordait au pays des Gadaréniens qui est en face de la Galilée : comme Il descendait à terre, de la ville vint à sa rencontre un homme qui avait des démons ; depuis longtemps il ne portait pas de vêtements, et demeurait, non pas dans une maison, mais dans les tombeaux. Voyant Jésus, il se mit à vociférer, tomba à ses pieds et dit d’une voix forte : « Que me veux-Tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’en prie, ne me tourmente pas ! » Jésus en effet commandait à l’esprit impur de sortir de cette personne. Car bien des fois il s’était emparé de lui ; et, pour le garder, on le liait avec des chaînes et des entraves, mais il brisait ses liens et le démon l’entraînait vers les déserts. Jésus l’interrogea : « Quel est ton Nom ? » – « Légion », répondit-il, car beaucoup de démons étaient entrés en lui ; et ils suppliaient Jésus de ne pas leur ordonner de s’en aller dans l’abîme. Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne ; les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans les porcs. Et Jésus le leur permit. Ils sortirent donc de la personne, entrèrent dans les porcs et, du haut de l’escarpement, le troupeau se précipita dans le lac et s’y noya. Voyant ce qui était arrivé, les gardiens prirent la fuite et proclamèrent la nouvelle dans la ville et dans les campagnes. Et les gens sortirent voir ce qui s’était passé. Ils s’approchèrent de Jésus et trouvèrent la personne dont étaient sortis les démons, assise aux pieds de Jésus, habillée et dans son bon sens : et ils furent saisis de frayeur. Ceux qui avaient vu comment le possédé avait été sauvé le proclamèrent. Et toute la population du territoire des Gadaréniens demanda à Jésus de s’éloigner d’eux, car une grande frayeur s’était emparée d’eux. Jésus remontait dans la barque et repartait, quand l’homme dont les démons étaient sortis le pria d’être avec lui ; mais Jésus le renvoya en disant : « Retourne chez toi et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi ». Il s’en alla et publia par la ville entière tout ce que Jésus avait fait pour lui.

*          *          *

Homélie : L’évangile de ce jour rapporte un évènement réel : Gadara est une ville de la Décapole, à 10 kms au sud-est de la mer de Kinnérèt, « en face de la Galilée », dit l’évangéliste. Le Créateur du ciel et de la terre se manifeste au milieu du temps et de l’espace qui existent par sa volonté. C’est une théophanie : nous y voyons le Seigneur, non seulement du visible, mais également de l’invisible et de tous les esprits qui s’y meuvent. Même les démons, innombrables esprits inférieurs, le reconnaissent comme Fils du Dieu Très-Haut par la bouche du possédé. Ils savent qui est Dieu, mais ils n’ont pas l’amour, et leur connaissance est donc inférieure. À Dieu appartiennent la vérité, la sagesse et la connaissance suprêmes, parce qu’Il est amour, et seul l’amour est connaissance parfaite de la vérité. Par amour le Fils de Dieu exorcise le possédé et entend la supplication des démons. Le Prince des démons lui-même, le Satan, le Diable, pourrait être sauvé s’il suppliait le Seigneur. Qu’il descende de son trône usurpé, siège de l’orgueil et du pouvoir illusoire sur les démons inférieurs, sur les hommes et sur les bêtes, qu’il s’humilie devant Dieu et lui adresse une prière, le Seigneur l’écoutera. La conversion de Satan n’est impossible que de façon relative. Le Diable et sa légion d’acolytes peuvent, comme toutes les créatures, être sauvés par l’amour, par la vérité de l’amour et l’amour de la vérité, si toutefois ils s’ouvrent à cet amour par une supplication. « Demandez et vous recevrez » : cette annonce faite aux hommes est vraie pour toute créature, y compris les anges révoltés et déchus par orgueil. « Priez et vous serez exaucés », anges, démons, créatures visibles et invisibles ! Mais alors, dira un ami des bêtes, choqué par leur souffrance, comment l’amour, qui veut sauver même les démons, sacrifie-t-il un troupeau innocent et l’envoie-t-Il se noyer dans le lac ? – Sache que les bêtes souffrent en raison de nos péchés : notre impureté rend impurs les porcs et les fait mourir. Le monde décrit par l’Évangile est le monde déchu. Pense également que le Dieu Homme, quand Il monta sur la Croix, prit la place des animaux qui étaient sacrifiés dans le Temple. Il est l’Agneau immolé pour toutes les créatures visibles et invisibles. Le sacrifice non sanglant présenté à l’autel par le Christ, et où le Verbe s’offre lui-même, est offert pour le salut de la Création entière.

CHRONIQUE de Victor Loupan

La religion du progrès

L’Eglise catholique vient de canoniser le pape Paul VI. Nous n’avons pas ici l’habitude de commenter les affaires qui concernent d’autres Eglises que la nôtre. Mais le pontificat de Paul VI a concerné les orthodoxes à plus d’un titre.

Tous ceux qui s’intéressent au christianisme et à son histoire, connaissent l’épisode de la rencontre historique entre le pape de Rome Paul VI et le patriarche de Constantinople Athënagoras. Il n’y avait pas de commune mesure entre l’importance réelle des deux prélats. Paul VI était le chef incontesté d’une Eglise catholique romaine planétaire, riche d’un milliard de fidèles. Alors que Athënagoras dirigeait effectivement une toute petite structure, le patriarcat de Constantinople, mais dont l’importance symbolique et historique lui conférait le droit de se considérer comme l’égal du pape. Cette rencontre eut lieu en 1964, pendant le pèlerinage de Paul VI en Terre Sainte, premier pèlerinage de ce type effectué par un pape. Le pape Jean XXIII avait désiré cette rencontre, mais il était mort avant de pouvoir la réaliser. C’est donc Paul VI qui avait pris l’initiative, en plein concile Vatican II, de rencontrer à Jérusalem, dans la basilique du Saint Sépulcre, le patriarche de Constantinople Athënagoras I. Ce pèlerinage et cette rencontre symbolique marquent le début de la réconciliation entre Églises d’Orient et d’Occident après dix siècles de schisme.

Ce n’est pas par hasard que je viens de citer le Concile Vatican II, car ce concile historique marque l’entrée de l’Eglise catholique dans la modernité. C’est ainsi que ce concile est toujours interprété par ses commentateurs. Dans le langage qui est le nôtre, l’idée de modernité est synonyme de l’idée de progrès. La rencontre entre le pape et le patriarche s’inscrit donc dans cette idée de progrès qui englobe aussi l’idée d’ouverture, donc d’ouverture d’esprit.

Or qu’apprend-on en lisant les grands médias qui commentent la canonisation de Paul VI ? On apprend qu’il fut un pape, je cite, « controversé ». Son progressisme, apparemment évident, fut terni par, je cite encore, « les réticences de Paul VI face à la contraception ». Car, je le rappelle, nous sommes alors à l’époque de l’apparition de la pilule contraceptive, dont l’utilisation se généralise rapidement, dans la société occidentale.

Nous voyons à cet exemple que l’Eglise, je parle ici de l’Eglise en général, de l’Eglise du Christ, l’Eglise ne se modernisera jamais assez aux yeux de ceux pour qui le progrès est une religion. La religion de progrès, qui n’est rien d’autre qu’un paganisme moderne, contamine aujourd’hui bon nombre de chrétiens fidèles qui pensent qu’il faut être moderne, sans toujours prendre la peine de clarifier ce que contient, en réalité, ce mot-tiroir.

Il m’arrive à moi-même, assez souvent d’ailleurs, de me dire qu’il faut être moderne. Mais, cet énoncé du problème est absurde. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut échapper à la modernité. Chaque époque à la sienne. Jean-Baptiste Colbert, premier-ministre de Louis XIV et grand modernisateur de la France, pensait que la société de son époque avait atteint le sommet du progrès technique et qu’il fallait juste entretenir les choses, car il n’y avait rien de plus à inventer. Colbert fut le grand progressiste de son temps.

Aujourd’hui, le progrès technique a des côtés indéniablement vertigineux, fascinants, et je suis le premier à m’en émerveiller. Mais il a aussi ses actes de foi qui s’appellent le  transhumanisme, le post-humain, l’intelligence artificielle, etc. Or, l’idée même d’intelligence artificielle implique l’existence d’une intelligence réelle, basée sur autre chose que les algorithmes, les calculs mathématiques et le binaire informatique.

Le grand penseur français, Paul Virilio, décédé récemment, disait que la catastrophe était le corolaire du progrès. Un accident de TGV ou d’avion de ligne fait plus de victimes qu’un accident de charrette à cheval. Un accident de centrale nucléaire est plus grave que l’incendie d’une centrale à charbon. Sans parler du fait que la mort nucléaire est invisible.

J’ignore les raisons exactes de la réticence de Paul VI face à la pilule contraceptive. Je pense qu’il a dû y voir une manifestation de l’orgueil éternel de l’homme qui se prend pour Dieu. Entre temps, la pilule contraceptive est devenue abortive, l’avortement s’est généralisé, l’eugénisme considéré un temps comme idéologie nazie a été intégré à l’idée de progrès, la lutte pour la légalisation de l’euthanasie, qui n’est rien d’autre qu’une mise à mort d’un vieux ou d’un malade, a remplacé la lutte pour la légalisation de l’avortement. Pour ne pas donner l’impression d’être obsédé par le sociétal, je voudrais ajouter au corolaire du progrès la pollution, l’arme nucléaire, les armes chimiques et bactériologiques, les allergies, l’hyperactivité de enfants, les drogues dures, etc. La liste est longue.

Tout au long de son histoire, l’Eglise s’est souvent trouvée opposée à la folie orgueilleuse de l’Homme. Le monde préchrétien déjà, en était conscient. Le mythe d’Icare en est un exemple. La construction de la Tour de Babel en est un autre. L’horizon indépassable de l’homme sans Dieu, c’est la mort. Il le sait, en a peur, et essaie de conjurer le sort, ce qui est impossible. D’où la folie religieuse du progrès, alors que le progrès technique est indéniable, car il marque l’histoire de l’humanité. L’invention du savon est, de mon point de vue, beaucoup plus importante que celle de la fusion nucléaire. Et cette dernière ne fut possible que parce que l’uranium existait à l’état de minerai, tout comme le fer et l’aluminium. Et aussi parce que l’Homme était doté d’intelligence.

Pour un chrétien, les minerais, comme toute la nature, font partie de la merveille de la création. Et l’intelligence humaine vient du fait que l’homme fut créé à l’image de Dieu. Mais il n’est pas Dieu. Son intelligence a des limites. Pour moi, le culte ou la religion du progrès, marque les limites de l’intelligence humaine.

L’orgueil n’est pas qu’un péché, c’est aussi une bêtise. Tout homme intelligent sait à quel point son ignorance est abyssale. Tous ceux qui, à l’instar du Don Juan de Molière, jettent un défi à Dieu, finissent dans le crime. Car le péché d’orgueil est le plus grave des péchés.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le frère et son or (3/3)

Achevons le récit commencé, voici deux semaines. Vous vous souvenez, un homme fortuné était entré au monastère. Au moment de demander la tonsure, il avait donné son or à l’higoumène, refusant de le distribuer lui-même aux mendiants. L’higoumène avait gardé l’or voulant d’abord voir les progrès du nouveau moine. Effectivement celui-ci avait fini par rechigner et rappeler sans cesse l’or qu’il avait donné. Un jour, l’higoumène l’avait emmené au bord du Jourdain, lui avait rendu l’or en lui disant qu’il devait quitter le monastère. Voici la suite écoutez bien :

« Le frère se jette aux pieds de l’higoumène en disant : ‘‘Pardonne-moi, je suis venu donner cet or à Dieu. Je ne le reprendrai pas.’’ – ‘‘Mon enfant, répond l’Ancien, Dieu n’en a pas besoin. Tout lui appartient. Mais Il veut le salut de notre âme. Il est impossible que je garde cet or plus longtemps.’’ Le frère continue de se prosterner devant lui en suppliant : ‘‘Je ne me relèverai pas, tant que tu ne m’auras pas donné ta parole de ne pas me forcer à reprendre cet or.’’ Voyant qu’il s’obstine ainsi, l’higoumène lui dit : ‘‘Relève-toi, mon enfant, fais-moi confiance. Je ne te forcerai pas à reprendre ces pièces et je ne les garderai pas non plus.’’ Le moine se relève, l’abba ouvre le sac et le lui tend : ‘‘Mon enfant, voici tes pièces d’or.’’ Le frère s’écrie : ‘‘Comme tu me l’as promis, ne me parle plus de cet or !’’ L’Ancien sourit et dit : ‘‘Non, mon enfant.’’ Et, en prononçant ces mots, il jette les pièces dans le fleuve. Puis il déclare : ‘‘Le Seigneur nous a appris à mépriser tout cela, mon fils. Viens donc au monastère et efforce-toi d’accomplir avec tes frères tout le service qui te sera confié, de manière irréprochable, au nom du Christ, et en te souvenant du Seigneur qui disait : ‘Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude.’’’ Comprenant la pieuse intention de l’higoumène, et pénétré de la crainte de Dieu, le frère regagne le monastère avec lui. Il atteignit ensuite à une grande humilité et fut d’une grande obéissance envers tous. Et, par la grâce de Dieu, il mourut dans ce monastère, après être devenu un ‘vase d’élection’ comme il est dit dans les Actes des Apôtres. »

Commentaires

  1. « avant le Présent » est une traduction de « Before Present » (BP), manière de dater utilisée par les spécialistes (archéologues, géologues, …) qui travaillent sur des périodes très anciennes, c’est-à-dire ce que nous appelons la Préhistoire. Elle a été établie après la Seconde Guerre Mondiale, par les chercheurs anglo-Saxons, car il n’était pas pratique de dater des vestiges très anciens (plusieurs dizaines ou plusieurs centaines de milliers d’années) en utilisant « avant J.-C. » ou « avant notre ère ». Cette façon de dater est aussi liée à la technique de datation au Carbone 14 alors, à cette époque, en plein développement.
    Cela signifie qu’un événement daté de 50.000 BP est égal à 50.000 – 1950 soit 48050 av. J.-C., car l’an 1 de cette nouvelle manière de dater a été fixé à l’année 1950.
    Pour conclure, je ne sais pas si les responsables de ce musée ont un objectif anti-chrétien dans la manière de dater les restes de ce mammifère (même si cette tendance existe comme vous le dites justement : certains utilisent « avant » ou « après notre ère » et non plus « avant » ou « après J.-C. » pour dater des événements historiques). Dans ce cas précis, il aurait fallu écrire très justement que le « mammifère était mort il y a 11.000 ans ».
    Bien cordialement et félicitation pour votre émission.
    G. Poccardi

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